Outrances verbales passées (presque) inaperçues

Que Monsieur Le Pen s’acharne à banaliser des attentats qui ont tué des milliers d’innocents en temps de paix tout en condamnant les actions des Américains tant en Irak que par rapport à l’Allemagne nazie, c’est son affaire ; je ne connais pas le poids électoral des « négationnistes » qui font partie de la clientèle naturelle, si j’ose dire, du chef de file français de l’extrême droite.

Ce qui m’inquiète, c’est plutôt la banalisation de ce type de propos dans la France d’aujourd’hui. Il importe de préciser que c’est dans l’International Herald Tribune du 23, et non pas au sein d’un journal français, que j’ai trouvé l’information. Quant à la presse parisienne et de province, il n’a été que peu question de provocations soigneusement distillées comme peut l’être le venin et qu’il ne convient donc pas de qualifier de « dérapages ». Il s’agit d’appréciations proférées de propos délibéré ; l’homme politique avisé n’était aucunement « poussé à la faute » par tel ou tel journaliste à l’affût de « petites phrases » empoisonnantes.

Chassons le naturel, il revient au galop ; toute tentative de domestiquer la bête immonde est vouée à l’échec.

Pour quelles raisons certains Américains sont-ils apparemment plus sensibles et susceptibles que la plupart des compatriotes de Le Pen ? Ils se sentent peut-être visés par cet ennemi acharné de leur pays, extrémiste faussement assagi dont les haines recuites semblent rejoindre l’animosité des « altermondialistes » à l’égard du « libéralisme » ; la présence du judéophobe Dieudonné à la fête du Front National illustre à merveille ce type de convergence tout sauf paradoxale.

Le Pen minimise l’importance de la catastrophe du 11/09/01 en la ravalant aux dimensions forcément réduites d’un « incident » ; après « détail » , voilà un nouveau mot français que sa langue souille, le rendant suspect sinon inapte à l’utilisation. Je croyais que le terme « incident de parcours » voulait dire « péripétie » dépourvue de gravité, qui ne porte guère à conséquence ; il va falloir que je m’ingénie à trouver des synonymes pas encore contaminés.

D’une part, la sortie de Le Pen a occasionné un silence assourdissant dans l’ensemble de la classe politique ; moins on en parle, dirait-on, mieux on se porte… D’autre part, les réactions des lecteurs du Monde et de Libération sont dans la majorité des cas franchement inquiétantes ; d’aucuns donnent raison à un homme qui est censé avoir « vu juste avant tout le monde » dans certains domaines sensibles ; d’autres prétendent il dit tout haut ce que tout un chacun pense, mais n’ose pas assumer. Personne, à ma connaissance, n’a parlé du sympathisant inguérissable de la « peste brune » qui se sert de sa respectabilité acquise sur le tard en vue de faire avancer l’idéologie la plus rétrograde, celle qui fait effrontément l’amalgame entre Juifs, Américains, capitalistes et apôtres du libre d’échange tant d’idées que de marchandises.

Faute de bons contradicteurs français, le vieux « nationaliste » met dans le mille.

Jeffrey Arsham 27/2/2007

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