Donnez-moi ma dose !

Ne me privez pas maintenant, ce serait fatal pour moi. Au point où j’en suis maintenant, je suis incapable d’affronter le monde réel. Je l’ai trop refusé. J’ai trop voulu m’en protéger. Je n’ai pas les armes.
Même si que je sais que je m’accoutumerai à nouveau à des doses plus fortes, même si je sais que l’augmentation des doses me sera fatale, que l’overdose est inévitable, je vous prie de ne pas me laisser tomber…de ne jamais me laisser tomber. Il est trop tard, je n’aurai jamais dû toucher à la première dose…Je ne savais pas. On ne m’a pas prévenu ou alors je n’ai pas voulu entendre…

Cette complainte, ce n’est pas la complainte d’un drogué. La dose dont il s’agit ici, c’est la subvention aux producteurs, l’aide sociale aux ménages ou encore la bourse aux étudiants. La dose, c’est l’assistance, c’est le revenu accordé sans contrepartie. C’est le « repas gratuit », le « droit à » qui est un détournement du « droit de ». En effet, la subvention, l’aide ou la bourse sont pareilles à une drogue. Autant on se renforce avec l’expérience et la compétence accumulée en gagnant de l’argent en travaillant. On s’ouvre dans le même temps à la réalité, on s’intègre et on se construit peu à peu.
Autant on s’affaiblit continuellement avec l’aide. Elle n’est jamais suffisante. On en veut plus, plus, toujours plus…et l’on ne peut plus s’en passer. Si on la supprime du jour au lendemain, on condamne son bénéficiaire ; mais si on continue à lui verser, on le condamne aussi. Il n’aurait jamais dû y toucher. On n’aurait jamais dû lui proposer. Sans doute, il ne savait pas. Pourtant les économistes avaient prévenu. Mais restent-ils des économistes au pays du mieux-disant social et du pacte démagogique ?

P
ratiquement toute l’économie du pays est aujourd’hui sous perfusion : les entrepreneurs demandent des aides pour innover ou pour embaucher ; les familles sollicitent des allocations pour faire des enfants ; les étudiants demandent des bourses voire même un salaire-étudiant pour étudier ; les associations se tournent vers des subventions dont elles dépendent intégralement ; les agriculteurs vivent de l’aide européenne ; les intermittents du spectacle n’envisagent même plus l’art et la culture sans l’aide de l’Etat…

La star-académisation du politique, qui rabaisse la fonction politique elle-même, conduit les responsables politiques à aller toujours plus loin (plus bas ?) dans la promesse démagogique, faisant des élus de véritables promoteurs de l’Etat-dealer. D’habitude, les hommes d’Etat se rencontrent à l’occasion de sommets ; mais sitôt plongés dans la campagne électorale, ils sondent les abysses les plus profonds.

Et nous ne voyons plus que ces aides illusoires nous maintiennent dans la dépendance, faisant de chacun de nous un fardeau pour les autres (au nom d’une solidarité bradée) au lieu d’être un citoyen actif et un acteur de la vie économique et sociale.

Perpignan, le 27 février 2007
http://caccomo.blogspot.com/

PS : voir ma chronique reprise sur le site parisien Economie-Matin in http://www.economiematin.com/article.php3?id_article=5046&var_recherche=impot

Jean-Louis Caccomo 28/2/2007

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