Vigilance & espérance

C‘est notamment en France une résistance de tous les jours pour éviter de tomber dans les clichés de la pensée formatée qui mine le climat intellectuel de notre pays, nous obligeant à nous réfugier dans le maquis que constitue cet espace de liberté sans précédent qu’est le réseau Internet. Car, à longueur d’ondes, nous subissons une omertà ambiante qui fige toute débat, diabolise tout contradicteur et encadre les discussions dans des formats qui nous sont imposés par la gauche la plus anti-libérale que la planète ait porté. A force de vivre dans un tel climat, on finit par devenir grincheux et certains de mes lecteurs étaient parfois découragés ou lassés par le pessimisme qui se dégageait de mes analyses. Aujourd’hui, alors que j’ai écris la semaine dernière ma première chronique d’espérance, on me reproche mon angélisme, ma fougue voire mon espérance. Pourtant, je suis à un âge où j’ai encore envie d’espérer. Mon père est mort de n’avoir plus cette espérance, s’abandonnant à une maladie dont la condamnation lui est apparue comme une libération. Il ne voulait plus vivre parmi ses contemporains.

Pour ma part, j’ai envie de croire en mes contemporains. J’ai le sentiment qu’ils vont tourner le dos à l’impasse pour ouvrir une espérance. Bien-sûr, croire n’est pas rêver et l’espérance n’empêche pas la vigilance. A mon sens, la France vit un moment historique. Je ne veux pas être de ceux qui se réfugient derrière le principe de précaution pour cacher leur inaction ou leur manque de courage. Je ne veux pas être de ceux qui ne savent pas choisir. Un libéral doit savoir prendre le risque. Une entreprise est un pari. Faire confiance, c’est aussi un pari !

On peut disserter à l’infini pour savoir si Sarkozy est libéral ou pas libéral ; mais c’est comme discuter du sexe des anges. D’ailleurs, on peut attendre longtemps. Déjà en leur temps, Frédéric Bastiat, puis plus tard Jacques Rueff, se désespéraient de trouver des hommes politiques vraiment libéraux parmi leurs contemporains. Et qui sera la référence ? Qui pourra décerner le label du « parfait libéral » alors que les intellectuels libéraux peinent à se mettre d’accord sur sa définition ? Cela me rappelle ce théoricien de la finance que j’ai bien connu mais qui était incapable d’acheter la moindre action en bourse.

Je ne crois pas à l’homme providentiel sinon que l’homme providentiel est en chacun de nous. Mais je crois aux circonstances exceptionnelles qui permettent les sursauts des peuples. Sarkozy a su créer une telle circonstance. Il a réveillé les Français endormis par les médias, empoisonnés par les experts en opinion publique et autres commentateurs de la vie politique qui passent leur temps à se tromper sans aucune sanction. De même que la Dame de fer a non seulement sorti l’Angleterre de l’impasse travailliste, mais du même coup modernisé la gauche anglaise, Sarkozy est en mesure aujourd’hui de sortir la France de l’impasse collectiviste tout en contraignant la gauche à se moderniser en prenant acte du score lamentable réalisé par les communistes et autres candidats anti-libéraux. C’est une chance historique à saisir. Et je ne veux pas être de ceux qui s’obstinent à la compromettre.

A ce propos, la calamiteuse affaire déclenchée par les propos de François Bayrou participe de cette tentative de déstabilisation proprement odieuse. M. Bayrou ne veut pas comprendre qu’il a été éliminé au premier tour dans les règles de l’art. Jamais les règles du scrutin présidentiel n’ont prévu un débat télévisuel avec un candidat éliminé. Il faut savoir se retirer avec élégance, et ne pas chercher à modifier les règles d’un jeu dont on est exclu en toute légalité à l’issue d’un score sans appel. Déjà, en 2002, les Français ont été privés du débat du second tour entre Chirac et Le Pen. Au premier tour, ils ont clairement exprimé leur désir de retrouver un débat de fond. Mais les média français s’obstinent dans leur travail de sape. Ils montrent qu’ils ne sont pas les relais de l’opinion publique mais qu’ils veulent en être les maîtres.

En effet, M. Bayrou a osé affirmer qu’il a des « certitudes » de pressions exercées par l’UMP mais qu’il n’en a pas la « preuve ». Un scientifique, comme un juriste savent que, lorsque l’on n’a pas de preuve, on se tait. On attendrait de médias plus scrupuleux qu’ils ne se fassent pas les relais de ces propos infondés destinés à empoisonner le débat serein d’entre les deux tours que souhaitaient les Français et que le candidat Sarkozy appelait de ses voeux. A mon sens, cette affaire ne fait que révéler le vrai visage des protagonistes de ce procès sans preuve. Ségolène Royal n’hésite pas à crier avec les loups en employant des arguments éculés qui ne lui font pas honneur, et qui ne sont certainement pas dignes d’un futur président de la république. Et en acceptant de se prêter à un débat avec un candidat éliminé, Me Royal a dévoilé l’archaïsme de sa pensée et de son programme.

Encore une fois, après avoir porté aux nues les anti-libéraux dont l’audience médiatique fut inversement proportionnelle aux résultats électoraux, les médias trahissent leur inclinaison naturelle, qui révèle dans la foulée leur manque flagrant de déontologie et de professionnalisme.

Jamais la participation n’a été aussi forte, et cette participation s’est portée sur Nicolas Sarkozy, tout en laminant les votes extrêmes et farfelus. Je ne peux m’opposer à l’homme qui a suscité ce mouvement profond. Dans l’histoire d’un pays, cela ne se présente pas deux fois. Ne pas choisir entre Royal et Sarkozy, c’est faire le choix de l’abandon à un moment crucial de la vie politique française. Je ne peux certainement pas m’associer à un vote anti-Sarkozy qui conduit à développer un discours caricatural, conformément aux méthodes traditionnelles de la gauche fondées sur l’invective et la diabolisation, comme l’illustre la vraie fausse affaire du débat Bayrou-Royal.

J’en appelle aux libéraux sincères mais indécis. Ne vous disqualifiez pas dans l’indécision chronique. Il y a un temps pour le débat intellectuel, il y a un temps pour l’action. Pour ceux qui doutent encore de la sincérité du candidat Sarkozy et de son libéralisme, je leur demande de lire son discours de Douai du 27 mars 2006 ou de revoir le meeting de Bercy dimanche 29 avril car, le moment venu, nous aurons besoin de toutes les forces libérales pour accompagner cette dynamique de renouveau politique susceptible d’arrêter enfin le déclin français.

[1] pour la France : http://www.action-liberale.org/ et http://www.reseau-liberte.org/journal/chroniques.php ; pour le canada : http://www.quebecoislibre.org/ ; pour la Suisse :
http://www.agefi.com/resultats_recherche.php?PHPSESSID=c80ab702f668f35aa07e93a4feefd1e1&recherche=caccomo&typesearch=1 ; pour l’Espagne : http://www.elconservador.com/num32.html

Jean-Louis Caccomo 30/4/2007

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