Justice à la carte

Je parlerais certainement de ses conditions de détentions et peut-être de la façon dont il est mort en prison ou dont on l’aura éventuellement suicidé comme je vous parle maintenant de ce qu’a subis Bertrand Cantat au centre pénitentiaire de Muret. Un peu moins de 3,5 ans de prison pour meurtre qui lui a donné l’occasion d’organiser un petit concert en Lituanie à la prison de Lukiskiu. Un transfert au bâtiment des libérables dès son arrivée à Muret, là où l’on peut circuler librement entre 7 heures du matin et onze heures du soir avec la clé de sa cellule dans la poche comme le signale Le Parisien.

Le matin l’homme qui massacre sa femme peut répondre à des dizaines de lettres de fans, l’après-midi il reçoit au parloir quelques-unes des 40 personnes qui ont obtenu un permis de visite. Il faut aussi prévoir deux fois par semaine l’organisation d’un concert avec les détenus libérables et la préparation des nouveaux albums de son groupe « Noir Désir » – nom prédestiné -. Pour Noël 2006 ce traitement inhumain a pu cesser un moment car il a obtenu une permission de sortie pour fêter la Nativité en famille.

On dirait bien que les prisons de ce que Cantat considère comme un système gangrené par l’ultralibéralisme ont été clémentes à son égard, Claude Duviau lui ne reçoit pas de lettres, très peu de visites et croupi dans une sordide geôle.

Il faut dire que ces deux personnages se situent aux antipodes, Claude Duviau n’a jamais rien eu facilement, et le peu qu’il obtenait on a voulu lui arracher ; Bertrand Cantat a passé son temps à exiger, à jouer les gourous gauchistes, il a obtenu tout ce qu’il voulait et celle qui ne lui a pas cédé il l’a tué à coups de poings dans la gueule.

L’un est une ordure l’autre est un honnête homme, mais cela la justice « ultralibérale » ne le voit pas, elle est aveugle mais pas sourde aux chants de l’archétype gauchiste.

L’homme qui battait les femmes (Richard Martineau) = « On peut caresser des idéaux sans s’éloigner d’en bas. » Bertrand Cantat (Noir Désir), À l’envers, à l’endroit.

Bertrand Cantat était ce qu’on appelle un chanteur engagé. Toujours prêt à monter aux barricades pour défendre les grandes causes: la justice avec un grand J, la solidarité avec un grand S, la liberté avec un grand L. Lorsqu’il était temps de parler, Cantat ne gardait jamais la langue dans sa poche. Toujours prêt à dénoncer les inégalités qui régnaient à l’autre bout du monde, les injustices commises aux quatre coins de la planète, le sang versé, les vies fauchées.

Dans L’Europe, une chanson que l’on retrouve sur l’album Des visages, des figures, Cantat pourfend le matérialisme. Dans Un jour en France, il critique le Front National.
Dans L’Homme pressé, il condamne les rois du capitalisme.
Et dans sa chambre à coucher, Cantat battait ses blondes.

D’un côté, il donnait des leçons sur la façon de diriger le monde. De l’autre, il n’arrivait même pas à respecter les femmes qu’il aimait.
Militant dans sa vie publique, tyran dans sa vie privée.
Une fois que les projecteurs s’éteignaient et que la foule se dispersait, Cantat-le-frère-d’armes devenait Cantat-le-salaud. Facho de salon, dictateur de cuisine, viens que je te foute une baffe si tu ne fais pas comme je veux, si tu ne te soumets pas à ma loi, si tu oses défier ma volonté.
Impatient de délier les chaînes qui asservissent le monde. Incapable de dénouer les liens qui assombrissent son coeur et terrorisent ses proches.

Facile d’aimer l’humanité lorsqu’elle est loin et abstraite. Mais la personne qui est à nos côtés, comment la traite-t-on ?
Comment un homme peut-il se dire défenseur de la liberté et de la justice s’il n’est même pas capable de respecter les gens qu’il côtoie sur une base régulière ?
Cantat voulait changer le monde, mais il ne pouvait même pas nettoyer son propre jardin. Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Le poing levé sur la scène, le poing sur la gueule dans la chambre. Qui est le vrai Bertrand Cantat ? Le chanteur engagé ou le batteur de femmes ?

C’est comme Karl Marx. Dans ses écrits, l’auteur du Capital dénonçait l’exploitation sous toutes ses formes. Mais dans sa vie privée, dixit Paul Johnson dans Les Grands Mensonges des intellectuels, l’ami des ouvriers traitait sa femme de chambre comme de la merde et refusait même de la payer.

Un détail ? Je ne le crois pas. Après tout, il est facile de parler. Comme disent les anglos: « Talk is cheap« . C’est à la lumière de ses actes que l’on devrait juger un homme, pas à la lumière de ses écrits.

L’un est une brute arrogante, comme tous les despotes qu’il s’évertuait à dénoncer dans les disques qui l’ont rendu riche et célèbre, l’autre est un honnête homme, mais cela la justice  » ultralibérale  » ne le voit pas, elle est aveugle mais pas sourde aux chants de l’archétype gauchiste.

Le site ADEL http://libertariens.cjb.net

« Si quelqu’un voit en nous autre chose que des hommes, nous ne le regarderons pas non plus comme tel, mais comme un monstre et le traiterons pareillement. »

Max STIRNER

Xavier Collet 11/6/2007

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