BENOIT XVI SERAIT-IL AUTISTE ?

Par Jean-Yves Naudet,  23 Mars 2009

Le déchaînement médiatique contre Benoît XVI a quelque chose d’indécent. Ce n’est pas la première fois et on l’avait déjà vu à propos du discours de Ratisbonne sur l’Islam, où le Pape, à partir d’une citation ancienne, posait une vraie question sur le lien entre Islam et raison. On vient ces jours-ci de franchir un nouveau palier. Certes, chacun est libre en matière de croyance et chemine comme il peut vers la vérité. Mais ne pas être d’accord n’autorise pas la désinformation, qui est pourtant la règle vis-à-vis de ce pape. Que les professionnels de la contestation, de Mgr Gaillot au journal Le Monde (qui ose titrer à la une « Préservatif : Benoît XVI plus intégriste que Jean-Paul II ») tirent sur le Pape, on y est habitué : ils sont tous infaillibles, seul le Pape ne l’est pas. Comme le dit le cardinal André Vingt-Trois, président de la conférence des évêques de France, ils saisissent « l’occasion de se payer le pape ».

Mais voici que la classe politique s’en mêle (y compris certains ministres, qui feraient mieux de s’occuper des affaires de la France). Alain Juppé en est un bon exemple : « Ce pape commence à poser un vrai problème ». Il dénonce une « contre-vérité » venant après la levée  d’excommunication d‘un évêque « apôtre du négationnisme »  et « l’absence de charité extraordinaire » dans l’affaire de l’avortement d’une jeune brésilienne. Bref, M. Juppé a l’impression que le pape « est dans une situation d’autisme total ». Mon point de vue, c’est que c’est M. Juppé et de nombreux hommes politiques qui sont autistes et ne savent pas écouter le pape.

La levée de l’excommunication est-elle une absolution pour les propos et la doctrine des évêques concernés ?

Sur la levée de l’excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X, tout a été dit dans la belle lettre du Pape aux évêques. Les quatre évêques avaient été excommuniés non pour leurs idées, mais pour avoir été ordonnés [on dit : "sacrés"] sans l’accord du Pape. Leur supérieur a fait un pas vers l’Eglise et a demandé, pour entamer la discussion sur le fond (les questions de doctrine) que le Vatican fasse un geste en levant les excommunications, ce qu’a fait Benoît XVI. On n’en est qu’au début du processus. Ils n’ont aucune fonction au sein de l’Eglise pour l’instant. Le pape n’a en rien approuvé certaines de leurs idées en matière de doctrine et encore moins en matière politique ou historique, ce n’est pas le sujet. Il n’a donc pas levé l’excommunication « d’un évêque négationniste », mais de quatre évêques, parce que son rôle est d’éviter un schisme et d’être le gardien de l’unité. Pourquoi cette question des évêques est-elle si importante ? Parce qu’aucun schisme ne peut se développer et survivre durablement s’il n’y a pas d’évêques, puisque eux seuls peuvent ordonner prêtres et évêques. Il était donc essentiel de tout faire pour qu’ils reviennent vers l’Eglise. Cela n’a aucun rapport avec les propos abominables et surtout inexacts de Mgr Williamson.

Appel à la compassion pour la jeune brésilienne

Sur la question de la jeune brésilienne, d’abord elle n’a évidemment pas été excommuniée, comme on l’a dit partout, puisqu’elle est la victime innocente. Sa mère et les médecins l’ont été, a dit l’évêque du lieu, parce que l’avortement entraîne une excommunication automatique, « latae sententiae » selon la formule du droit canon. Le pape n’a rien dit lui-même,  seul un cardinal a rappelé la règle ;  les évêques du Brésil ont désapprouvé. Il faut replacer cela  dans le contexte de la pression énorme en faveur de l’avortement dans ce pays. Il n’en reste pas moins  que le pape n’est nullement en cause dans cette affaire. On peut soutenir, comme l’a fait le président de l’académie pontificale pour la vie, que la première chose à faire  aurait été de soutenir cette pauvre enfant, innocente en tous points ;  de condamner clairement le violeur ; et surtout de se taire : on ne fait pas un exemple,  surtout dans une campagne d’opinion délicate en raison du forcing des pro-avortement,  sur un cas extrême, qui appelle du silence ou des paroles d’amour et de compassion, plus qu’un rappel froid et sec de la règle, même si la règle doit être rappelée. Cet appel à la compassion a été repris par beaucoup  et notamment par de nombreux évêques.

La lutte contre le sida : affaire de technique ou de liberté humaine ?

Sur la question du préservatif, la désinformation est à son comble. On croirait que le pape a dit

« faites l’amour avec qui vous voulez, comme vous voulez, du moment que c’est sans préservatif, qui est le péché suprême ».

Il a d’abord parlé avec amour des malades, soulignant la compassion nécessaire, l‘action des organismes catholiques, et il en a d’ailleurs rencontré des responsables pendant son séjour. Il a même réclamé en Afrique la gratuité des soins pour cette maladie. L’Eglise est très présente dans la lutte contre le sida.

Il a ensuite rappelé quel était l’enseignement de l’Eglise. Tout le monde n’est pas obligé d’être d’accord,   mais c’est la doctrine de l’Eglise. L’Eglise condamne le vagabondage sexuel  et pense qu’un accent exclusif sur le préservatif  favorise ce vagabondage, sans apporter une sécurité absolue.  La sécurité absolue et la conception de l’Eglise de la sexualité  passent par la monogamie,  la fidélité,  et sinon l’abstinence en dehors du mariage.  C’est exigeant.  Mais que voulez-vous qu’un pape dise d’autre ? Tout le monde n’approche pas cet idéal. Tout le monde ne partage pas la morale catholique. C’est un fait. Et si l’on n‘y est pas fidèle, mieux vaut en outre ne pas risquer ou donner la mort. Mais le discours qui consiste à dire, avec le préservatif tout est permis, est également faux, médicalement faux,  car rien n’est sûr à 100%,  et moralement faux.

Tout ceci est compliqué, nuancé, délicat à expliquer. Cela ne se résume pas en 30 secondes à la télévision. La conférence donnée par le pape dans l’avion comportait de très nombreuses questions, y compris sur la crise économique et les réponses de la prochaine encyclique sociale. On a préféré retenir la seule question du sida et dans cette question la phrase sur le préservatif, écartant tout le reste. Le Pape n’avait pourtant fait que dire que la distribution systématique de préservatifs  ne permet pas de dépasser le problème du sida,  mais peut l’aggraver,  en donnant le sentiment que tout est possible, tout est permis.

Comme l’a déclaré le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la conférence des évêques de France,

« le pape a voulu se situer devant une alternative : la meilleure façon de lutter contre le sida est-elle d’avoir recours à un moyen technique ou la liberté humaine ? Il se situe dans la perspective la plus honorable, qui est de faire appel à la liberté humaine ».

La pensée de l’Eglise en général et de Benoît XVI en particulier est nuancée, complexe, riche. Elle ne se résume pas en deux ou trois slogans, reprenant des bouts de phrases sorties de leur contexte. Certes, personne n’est obligé d’être catholique ou d’avoir la foi et de partager les idées de l’Eglise. Mais tout le monde a un devoir d’honnêteté. Transformer le pape en bouc émissaire universel est une malhonnêteté. Prétendre l’opposer à Jean-Paul II est un mensonge. Quant aux catholiques, au lieu de crier avec les loups, ils feraient mieux de serrer les rangs et d’aider à faire connaître l’extraordinaire richesse de ce grand pape.

François Guillaumat 25/3/2009

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