Misère des parents ?

Deux courants de pensée ont porté cette idée, après le deuxième conflit mondial. Le courant pédagogique novateur – Freinet, Montessori… – pose que l’efficience pédagogique est fonction de l’accord des différents éducateurs. L’idée que l’action de l’école est renforcée s’il y a accord avec les éducateurs premiers, les parents, s’impose. Elle est perçue comme positive. Ce qui autrefois allait de soi, sans même que les parents aient à colporter dans l’école les aspirations de la société. Chacun connaît l’histoire du petit Breton, puni pour avoir parlé breton en récréation et que les parents sermonnent ensuite. L’école républicaine était alors porteuse d’une conception de l’éducation très largement partagée, en particulier par les familles populaires.

C’est la place que la société fait à l’enfant – l’enfant-roi est en germe – qui a bouleversé cette situation. Il est alors apparu qu’il pouvait y avoir des conflits entre les familles et l’école. Le deuxième courant est le courant démocratique, c’est-à-dire celui de la cogestion. La notion de cléricature, un corps qui se voit assigner par la société une charge en toute autonomie, a été fortement contestée à partir de mai 68. Sur le plan institutionnel, ce droit des familles et des enfants à participer au contrôle du bon fonctionnement de l’école a été conforté depuis. À la notion de communauté pédagogique – enseignant et enseigné – s’est ajoutée celle, éducative, élargie aux familles.

Dans les établissements scolaires en difficulté, ceux qui doivent affronter des problèmes de violence, par exemple, il est clair que l’accord avec les familles rend plus efficient l’action des personnels. Mais il faut dire que cet accord s’opère quand les familles adhèrent largement aux principes de l’école. Jamais les professionnels de l’éducation, qui, eux, savent, ne se mettent sur les positions des familles. C’est toujours le contraire, et c’est ce qui fait que cet accord est positif. Par ailleurs, la présence des familles va dans le sens de la sécurité. Cela se vérifie totalement dans l’enseignement privé, où les parents ont un statut de clients et où leur pression est beaucoup plus forte. Elle s’exerce dans le sens d’une grande prudence face aux innovations pédagogiques, mais aussi pour que l’école prenne en charge des problèmes qu’elle n’aurait pas saisis par elle-même: conduites à risques des adolescents…

Mais, la déception des parents est profonde. Les années quatre-vingt ont marqué une certaine désillusion. L’intervention collective a marqué un recul au bénéfice de la carte individuelle. L’engagement militant, aujourd’hui, n’est pas dénué d’intérêts très individualisés. Il faut avouer que, dans les relations parents-enseignants, les choses n’ont guère bougé depuis quarante ans. Dans le meilleur des cas, la relation est courtoise, mais les parents restent des gêneurs dans l’école.

L’autonomie enseignante est sacro-sainte dans notre société. Et ne semble pas prête à être mise en cause. De plus, quand des reproches très fondés sont portés sur la nocivité de l’action éducative d’un enseignant, il n’y a rien à faire. Même avec des tas de précautions oratoires, si un représentant des parents soulève le problème en conseil d’école, vous assisterez à un front uni des enseignants, à une défense de corps, même si des désaccords existent entre eux. On comprend alors que l’engagement des parents soit limité.

Entretien réalisé par Dany Stive (article paru dans l’édition de l’Humanité du 22 octobre 2003)

29/1/2006

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