Les démocraties face au défi islamiste

C‘est donc pour replacer la situation française dans son contexte global que pour sa première journée débats, organisée avec le Center for Security Policy – CSP- l’ID2 avait invité « douze experts venus de sept pays, » comme le soulignait Pierre Aidenbaum, maire du IIIème arrondissement, qui recevait l’Institut en ce 13 mars 2006.

Quant au thème choisi, « les démocraties face au défi islamiste, » il reflétait bien les préoccupations de l’heure…Nelly Sayagh parlait même d’une véritable « offensive islamiste très corrosive. »
Alex Alexiev, vice-président du CSP, a tout d’abord dressé un tableau précis de la physionomie radicalement changée de l’Europe d’aujourd’hui. Changements qui vont s’accentuer dans les années à venir compte tenu de données démographiques incontournables : ainsi, de « 20 millions aujourd’hui les Musulmans seront 100 millions en 2050, » avec « une progression d’un minimum de 50 % tous les dix ans. » Par ailleurs, dans un même temps, le nombre d’Européens de souche passera de 480 millions à 280 millions.

Ce qui a des implications socio-économiques le plus souvent négatives car il y a, en parallèle, une « ghettosiation » due à un ensemble de facteurs ; une grande partie de la population de ces ghettos est « au chômage, n’a pas les critères nécessaires pour pouvoir être employée, dépend d’allocations, est coupée du reste de la société et donne dans la délinquance. » Parmi les faits constatés et pour prendre l’exemple de nos voisins d’Outre-Rhin, « 40 % des musulmans allemands nés en Allemagne ne parlent pas allemand. »

Or, « dans 20 ans 1/3 de la population européenne sera retraitée et les pensions seront payées par les jeunes… »
C’est sur ce terreau que prend l’idéologie née d’un Islam radical, prôné par Whahabistes et Salafistes, qui rejette « la culture européenne considérée comme barbare » – les exemples de ce rejet abondent – et assure par tous les moyens possibles la promotion de l’islamisme. Le tout étant financé par l’Arabie Saoudite, qui dépense « quatre milliards de dollars par an » à cet effet, construisant mosquées, collèges islamiques et centres culturels.

Une endoctrination qui fonctionne. Par exemple, en Grande-Bretagne, « 13 % de musulmans sondés défendent le terrorisme, 26 % n’éprouvent aucune loyauté envers » leur pays…Et on ne peut oublier les attentats sanglants perpétrés dans le métro de Londres par des citoyens britanniques apparemment sans histoires.
« Dans l’islamisme il n’est pas question de religion, » souligne Alex Alexiev, « mais de sédition politique. » Un rappel qui sera fait plusieurs fois au cours de cette journée. Car le propre des Islamistes est aussi de se réfugier derrière le voile de la religion, en soi respectable.

Si le tableau dressé est sombre il y a cependant des solutions : « une réforme de l’immigration, une interdiction des organisations islamistes, l’arrêt du financement d’organisations ou établissements venu de l’étranger, l’interdiction de prêches qui incitent à la haine, le soutien des groupes musulmans non islamistes. »

A cet égard, Salim Mansour, professeur en sciences politiques à l’université canadienne de la Western Ontario, « authentique musulman modéré, » évoquait d’ailleurs « une guerre civile interne au sein de l’Islam dont les premières victimes sont les musulmans eux-mêmes. » Quelques exemples: « l’illettrisme au Pakistan ou en Afghanistan touche entre 80 et 90 % d’une population qui ne connaît pas son histoire, est sous-informée, désinformée, n’est pas habituée aux débats, ce qui est un phénomène courant au coeur de l’islamisme. » Ce que, selon lui, « les musulmans sont les seuls à pouvoir combattre. »

Pour Frank Gaffney, Président fondateur de CSP, « la Turquie sera un test » pour les décisions qui seront à prendre pour l’Europe. La Turquie, cette « démocratie traditionnellement laïque mais où le pouvoir est graduellement pris par les islamistes dans le domaine de l’éducation ou du judiciaire. Islamistes qui utilisent des institutions démocratiques, comme la Cour européenne des Droits de l’Homme. » Il estime, par ailleurs, que la promesse faite au régime d’Ankara, d’une possible entrée de la Turquie au sein de l’Europe empêche les militaires turcs de se débarasser des islamistes.

D’où l’importance de « la manière dont on traite Frères musulmans ou Hamas, » soulignait le journaliste Alexis Lacroix. Et Joël Fishman,historien, directeur de recherches au « Jerusalem Center for Public Affairs, » mettait en garde l’Europe contre ses « faiblesses, » dont certaines viennent d’un « sentiment de culpabilité qui résulte de la colonisation. »

Pourtant, l’islamisme a indéniablement un aspect fascisant, que décrivit Mathias Küntzel, professeur en sciences politiques. Car, comme les fascistes « le gouvernement iranien et le Hamas ou Ben Laden, haïssent les Juifs et se pensent investis d’une mission de purification. » Et, par ailleurs, il y a bien « des passerelles possibles entre ultra-gauche et islamistes, » confirmait Alexis Lacroix. Pour Kebir Jbil, Président de « l’Union des Familles Laïques Strasbourg, » en effet, « il y a convergence d’intérêts entre gauche et islamistes en quête de légitimité. » A ce propos Nelly Sayagh citait l’ouvrage de C aroline Fourest « La tentation obscurantiste. »

Dans le chapitre solutions, Corinne Lepage, ancien ministre et Présidente de CAP 21, disait qu’il est essentiel, selon elle, de « mener les bons combats, » à savoir « l’application rigoureuse de la laïcité pour couper court au repli communautaire et le refus de la remise en cause des lois de la République. » Comme dans le cas des demandes de loi sur le blasphème, très en vogue actuellement. Ou celui « du refus de la mixité, » évoqué par Michèle Vianès, Présidente de « Regards de Femmes. »

Samia Labidi, Présidente du « Mouvement des indépendants laïcs » et de « D’ailleurs ou d’ici, mais ensemble, » dressait un état des lieux détaillé de l’islamisme en France, notamment celui des banlieues, « avec des milliers de jeunes en quête de reconnaissance et le retour du religieux qui remplace le manque d’autorité des familles, des institutions…la prolifération des prédicateurs, le prosélytisme, un CFCM, islamisme de France compte tenu de la présence de l’UOIF… » ou encore « un financement en pétrodollars ou grâce à des milieux mafieux, la drogue permettant de faire d’une pierre deux coups, les taxes imposées aux commerces, l’immobilier de luxe, les institutions comme MRAP et IMA – Institut du Monde Arabe-… » Et la mise en place de réseaux avec « des politiques différentes dans les différents pays car il y a adaptation. »

Pour Claude Moniquet, Président de « European Startegic and Security Center, » « le MRAP brouille les cartes, en effet. » Et il ne faut pas oublier, rappelait Rachid Kaci, Président de « La Droite Libre, » que « Mouloud Aounit, conseiller régional communiste, a bénéficié de ses prises de position en faveur des Islamistes. »

Constat de Christophe Deloire, journaliste au Point : il y a bel et bien « deshérance dans les quartiers. » Et « l’islamisme est d’autant plus dangereux qu’il peut être véhiculé par des personnes malheureuses de bonne foi et qui ont de bonnes intentions, comme cela a été le cas pour le communisme. » Mais, à la différence de Samia Labidi ou Claude Moniquet il ne voit pas dans cette offensive islamiste de stratégie concertée. Claude Moniquet souligne, pour sa part, que cette présence islamiste touche d’ores et déjà « plus de cent pays et est une stratégie au niveau national et international. »

Accord en revanche sur ce que Christophe Deloire appelait « les faiblesses européennes et plus spécialement françaises, vues dans l’affaire des caricatures, avec 50 % de personnes interrogées pour un sondage réalisé par le Centre d’Etudes de la Vie Politiques de Sceinces Po, qui disent avoir peur d’attentats terroristes, sur fond de politique arabe de Jacques Chirac. » S’ajoute à cela « une désolante tendance à essayer d’étiqueter les gens dans des communautarismes, » dénoncée par Rachid Kaci. Qui ajoute qu’il faut justement se garder de tout communautarisme, « désolante tendance pas seulement dans les partis politiques mais aussi dans les médias ou les écoles. » Des médias qui devraient « soutenir » le combat contre l’islamisme, comme le réclamaient à la fois Rachid Kaci et Kebir Jbil Un soutien que promettait Daniel Leconte, producteur de « Doc en Stock » et producteur-animateur de « De quoi j’me mêle » sur Arte, à condition que l’action menée soit unifiée. Promesse enregistrée par les intéressés.

Même mise en garde de Claude Moniquet contre « le communautarisme. » Il y voit « une forme de racisme » et ajoute que pour sortir de cette offensive islamiste il « faut une volonté politique et un consensus qui font défaut et il ne faut pas perdre de vue un principe de base : la République n’est pas faite de groupes mais de citoyens. » D’où son pessimisme quant à l’avenir de l’Europe.
Si le CFCM, qualifié de « masquarade, » a été rejeté par tous les intervenants, l’idée de l’équivalent d’un CRIF pour les musulmans de France, préconisée par certains, comme Claude Moniquet, est repoussée par Kebir Jbil qui estime qu’il faut « imaginer d’autres structures. » Il remarque, en effet, que « si l’on est laïque on ne peut manifester de manière communautaire. »

Rejoignant Frank Gaffney, Rachid Kaci soulignait également qu’il faut se souvenir que « la croyance religieuse est différente de l’islamisme politique et que la pratique religieuse est de l’ordre du privé. » Il dénonce aussi « des années de silence avec des femmes musulmanes enfermées alors que le mouvement du MLF était en pleine vogue, la polygamie et les excisions quasiment tolérées. » Silence « dont on subit aujourd’hui les conséquences… » Et de dénoncer « le caractère antisémite du meurtre d’Ilan Halimi. » Commentaire de Claude Moniquet : « cela commence, en effet, par la censure d’une pièce de Voltaire, pour continuer avec le foulard et cela aboutit au massacre d’Ilan. »
Sur le plan de la politique étrangère Claude Moniquet estime que « démocratiser le Moyen-Orient n’est pas vain car c’est là que sera gagné le combat. »

S’il y a bien prise de conscience, s’il y a convergence de vue sur l’existence d’une menace existentielle posée par l’islamisme aux démocraties, reste à savoir maintenant si les solutions proposées seront reprises et appliquées par les dirigeants concernés.

Pour en savoir plus : http://www.institut-defense-democratie.net/

Hélène Keller-Lind 26/3/2006

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