6 février 2023
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France Soir, les excuses

Il n’aura même pas fallu 24 heures depuis la parution hier des dessins satiriques « Les visages de Mahommet » dans France Soir pour que son propiétaire, Raymond Lakah, présente des excuses et limoge le président et directeur de la publication Jacques Lefranc.

Mais c’est bien le propriétaire de France Soir dont nous pouvons déplorer l’attitude, car la décision de publier les caricatures doit rester tout à l’honneur du quotidien et représente une exception courageuse en France (« En France, le quotidien populaire France Soir est pour le moment le seul à avoir publié mercredi les 12 caricatures du prophète avec en titre de “Une”: “Oui, on a le droit de caricaturer Dieu”. » AFP 02/02/2006).
Rappelons aussi que Serge Faubert, dans son commentaire intitulé « Intolérance » paru hier en page 4 de France Soir, ne mâchait pas ses mots (reproduit ci-dessous), tout comme Arnaud Lévy, interviewé dans le journal de la mi-journée de France Culture du 01/02/06 en tant que rédacteur en chef de France Soir (site de France Culture, journal de la mi-journée du 1er février 2006 : www.franceculture.com).

Et n’oublions pas le contexte dans lequel survit France Soir, une très délicate situation financière. «… Impliqué financièrement dans de nombreuses autres affaires, Raymond Lakah a déposé une requête en suspicion au greffe du tribunal de commerce de Bobigny, dans laquelle il met en cause l’impartialité du président et où il demande le dessaisissement de ce tribunal. Si le jugement est délocalisé, comme le souhaite l’homme d’affaires franco-égyptien, les audiences seront encore repoussées de plusieurs semaines. Des semaines que France Soir ne peut assumer. Un geste qui ne va pas réhausser le peu d’estime que le personnel du quotidien avait pour son propriétaire. Sur un mur de la rédaction sont scotchées plusieurs dépêches et coupures de journaux qui rendent compte des déconvenues financières de Raymond Lakah. Un titre de une de France Soir y est juxtaposé : « Voleur ». « Il nous manque un certain nombre de millions pour terminer l’année et on apprend que ces millions sont partis sur le compte d’une holding. Est-ce que c’était judicieux ? Ils auraient peut-être été mieux dans les caisses de France Soir. En tout cas ils nous auraient permis de passer cette année », déplore Serge Faubert. … » . (9 janvier 2006, dossier consacré à France Soir, site de Radio France : www.radiofrance.fr ).

Les déclaration de monsieur Lakah n’en paraissent que plus déplacées : « M. Lakah indique avoir “décidé de révoquer M. Jacques Lefranc de sa fonction de président et directeur de la publication en signe fort de respect des croyances et des convictions intimes de chaque individu”. “Nous présentons nos regrets auprès de la communauté musulmane et de toutes personnes ayant été choquées ou indignées par cette parution”, ajoute-t-il. » (AFP 02/02/2006).

Et que dire des déclarations de monsieur Douste-Blazy : « La France ne saurait remettre en cause la liberté de la presse, après la publication de caricatures de Mahomet, mais souhaite qu’elle s’exerce dans “un esprit de tolérance”, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy. “Les caricatures publiées ce jour (mercredi) dans ce journal n’engagent que la responsabilité du journal”, a déclaré le chef de la diplomatie française qui était interrogé sur la publication des caricatures du prophète par le quotidien France Soir. “Le principe de liberté de la presse, que les autorités françaises défendent partout dans le monde, ne saurait être remis en cause”, a ajouté M. Douste-Blazy. “Il doit toutefois s’exercer dans un esprit de tolérance, dans le respect des croyances et des religions, qui est à la base même du principe de laïcité en vigueur dans notre pays”. » (AFP 02/02/2006). Voilà en tous cas un soutien courageux à France Soir, au Danemark, à la liberté d’expression!

« Intolérance » paru le 01/02/06 en page 4 de France Soir


Par Serge Faubert

« Il faut donc écraser à nouveau l’infâme, comme se plaisait à le répéter Voltaire. Cette intolérance religieuse qui ne supporte nulle moquerie, nulle satire, nulle raillerie. Nous voilà sommés, nous, citoyens de sociétés démocratiques et laïques, de condamner une douzaine de caricatures jugées offensantes pour l’islam. Et sommés par qui ? Par les Frères musulmans, la Syrie, le Jihad islamique, les ministres de l’Intérieur des pays arabes, la Conférence islamique… Que des parangons de tolérance, d’humanisme et de démocratie.
Ainsi, il devrait leur être présenté des excuses, parce que la liberté d’expression qu’ils refusent jour après jour à chacun de leurs citoyens, fidèles ou militants, s’est exercée dans une société échappant à leur férule. C’est le monde à l’envers. Non, nous ne nous excuserons jamais d’être libres de parler, de penser et de croire.
Puisque ces docteurs autoproclamés de la foi en font une question de principe, il faut être ferme. Clamons-le autant qu’il le sera nécessaire, on a le droit de caricaturer Mahomet, Jésus, Bouddha, Yahvé et toutes les déclinaisons du théisme. Cela s’appelle la liberté d’expression dans un pays laïque. Des fidèles sont choqués ? Peut-être. C’est la rançon de cette liberté qui permet justement à ces mêmes fidèles d’exercer leur culte à côté d’autres cultes, dans un Etat sans culte officiel.

Assez des leçons de ces bigots rétrogrades ! Il n’y a dans les dessins incriminés aucune intention raciste, aucune volonté de dénigrement d’une communauté en tant que telle. Certains sont drôles, d’autres moins, voilà tout. Et c’est pour le démontrer que nous avons choisi de les publier.

Protéger la liberté religieuse ne veut pas dire acquiescer aux principes d’une religion. Ce n’est pas parce que le Coran interdit la représentation de Mahomet qu’un non-musulman doit s’y soumettre.
C’est bien là le problème de fond. Ceux qui s’enflamment de l’autre côté de la Méditerranée sont incapables d’entendre cette vérité, tant ils sont prisonniers de leur dogme.
Pendant des siècles, l’Eglise catholique n’a rien eu à envier à ce fanatisme. Mais la Révolution française est passée par là, rendant à Dieu ce qui lui appartenait et à César ce qui lui revenait.
Cette révolution-là, l’islam se doit encore de l’accomplir. Des millions et des millions de musulmans de par le monde l’ont déjà accepté dans leur cœur. Raison de plus de ne pas céder devant de nouveaux inquisiteurs. Comme le martelait l’exilé de Ferney, « Dieu ne doit point pâtir des sottises du prêtre. » »

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