2 février 2023
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« Cachez cet antisémitisme que je ne saurais voir…. »

Pour des motifs divers mais rarement en raison de leur bonne foi, certains s’ingénient à nier que dans cette affaire-là il puisse y avoir quelque antisémitisme, sans, toutefois pouvoir rejeter qu’à l’évidence stéréotype il y a bien eu.
Crapuleux, certes, que ce kidnapping. Mais il a été fortement entaché d’antisémitisme, dès le départ. Et que dire du calvaire infligé à ce jeune homme qui fait que pour ses deux parents, divisés par ailleurs sur beaucoup de points, oui, l’horreur faite à leur fils est bel et bien antisémite.

Il y a eu des gros titres, des unes parfois en contradiction avec des articles publiés dans les pages intérieures d’un même journal, il y a eu des déclarations contradictoires dans les médias, il y a eu les déclarations du ministre de l’Intérieur et de celui de la Justice – que l’on peut supposer être bien informés -, minorées par des policiers, à ce que l’on nous dit. Enfin une valse hésitation qui tient le devant de la scène autour de cette question : le kidnapping et le meurtre de Ilan Halimi étaient-ils ou non antisémites ? Et la réponse est, hélas, oui. Sans l’ombre d’un doute. Se pose alors la question de savoir pour quelles raisons il semble y avoir doute, voire négation, pour certains.
Dans la masse d’écrits et de déclarations sur ce sujet il faut signaler l’émission particulièrement éclairante consacrée en grande partie à cette affaire d’ « Arrêt sur Images » programmée sur France 5 le dimanche 5 mars et que l’on trouve dans sa version intégrale sur http://www.france5.fr

On y assiste à un échange époustouflant sur la quantité d’antisémitisme qu’il peut y avoir dans un stéréotype – ici, celui de Juif = argent -. « Cessons d’ergoter » dit à un moment Michel Zerbib, directeur de l’information de Radio J, qui a enquêté en profondeur sur cette affaire. Il y a de quoi être excédé, en effet. Comment peut-on oser dire qu’il n’y aurait rien d’antisémite dans le choix de la personne que l’on enlève pour la monnayer contre rançon parce qu’elle est juive ? Sur le plateau de l’émission une vérité que l’on aurait crue évidente sera rappelée en fin d’émission : « tout stéréotype est au coeur du racisme. »

D’autant que l’on sait que sur les 6 cibles visées par ce sinistre gang 4 étaient juives. Michel Zerbib donne d’ailleurs des chiffres plus élevés de cibles et une proportion plus grande encore de Juifs parmi celles-ci.
Mais ces jeunes gens qui ânonnent que tous les Juifs sont riches, des Juifs pauvres ils en côtoient pourtant là où ils vivent. Oui mais, qu’à cela ne tienne, dira un membre du gang aux parents d’Ilan Halimi qui lui objectent qu’ils ne peuvent payer les sommes exigées, il faut lancer un appel à la synagogue pour que chaque Juif donne 1.000 €…Retour à la case stéréotype.
Ce qui renvoie au souvenir des images d’un reportage télévisé sur l’antisémitisme des banlieues lors d’événements antérieurs. On y voyait des « jeunes » affirmer : « les Juifs ça a de la marque, les Juifs ça a de la tune… »

D‘ailleurs, les pauvres, ce sont les Palestiniens, bien entendu, à en croire certaines associations, en fait fauteuses de haine, fauteuses de troubles. Et il ne faut pas perdre de vue que les enquêteurs ont retrouvé un bulletin de souscription « même pas rempli » – mais pas jeté non plus- pour une « oeuvre de bienfaisance pro-palestinienne », « même pas chez un membre du gang » mais dans sa famille. Proche, on peut l’imaginer, s’il y a eu perquisition.
Oeuvre de bienfaisance. Ah oui ! Qui est-elle ? Tiens donc ! Le « comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens, » puisque c’est de lui qu’il semble s’agir, est selon l’Institut du Renseignement, Centre d’Etudes du Terrorisme, a priori sérieux, ou d’autres, « est le représentant du Hamas en France. » Le Hamas, oui, ce parti qui vient de remporter des élections dans les Territoires palestiniens mais figure sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne. Et qui, d’ailleurs, revendique nombre d’attentats sanglants et énonce clairement dans sa Charte et son site Internet – en langue arabe- qu’il a pour objectif la destruction d’Israël.
Et on ouvre là le chapitre des organisations soi-disant « pro-palestiniennes. » Et on ouvre aussi un chapitre qu’elles taisent, celui de la pauvreté palestinienne causée par la corruption galopante de « responsables » palestiniens qui, aux dires mêmes de l’Autorité Palestinienne, après la victoire électorale du Hamas, a « découvert » que nombre d’entre eux ont puisé dans les caisses par millions de dollars…

Et on peut supposer que ces bulletins de cette organisation qui représenterait le Hamas en France, selon cet Institut, sont donnés avec quelques explications à la clef, que ce bulletin de collecte est remis avec laïus adéquat et désinformation de rigueur. Dans un contexte travaillé par un endoctrinement bien huilé. Et l’on sait aussi que dans la vision du monde qu’ont les organisations de ce type le Juif n’est pas uniquement le symbole de l’argent mais aussi celui du mal sous toutes ces formes. Le tout livré dans un habillage politico-religieux. C’est par centaines de milliers que sont déversées les invectives antisémites dans les prêches du vendredi dans une trop grande partie du monde musulman et retransmis par voie de parabole jusque dans nos banlieues. Voir, entre autres, www.memri.org et www.pmw.org.il –

Il semble bien, par ailleurs, que des versets du Coran aient été récités lors d’appels reçus par la famille d’Ilan Hamili…Dans « Arrêt sur images » Esther Benbassa doute que le chef du gang ait pu lire ces versets en arabe. Mais est-il besoin de pouvoir lire dans le texte pour réciter ce que l’on aurait appris verbalement ? La tradition orale, ça existe aussi. Ce qui est d’autant plus facile si ce ne sont que des bribes, voire des bribes détournées, dévoyées que l’on vous a appris.

Tout cela, l’enquête l’établira de manière certaine.

Mais, versets ou pas, exacts ou dévoyés, qui peut prétendre que n’existe pas ce qu’Esther Benbassa appelle pudiquement «un climat» dans certains quartiers…Climat = violences, trafics en tous genres, surveillance des jeunes filles, avec « punitions » à la clef, s’il y a deviance ou deviance supposée par rapport à un ordre établi qui n’est pas l’ordre républicain. Et climat = antisémitisme aussi. Sans stygmatiser. Mais cela existe.
Car enfin, de quelques dizaines d’actes antisémites recensés par année à la fin des années 1990, nous sommes passés à près de mille l’an dernier – un « progrès » par rapport à 2004, avec une baisse de 50 % !- . Et la proportion de ces actes commis dans des banlieues est significative.

Il faut lire ce qu’écrit Barbara Lefebvre à propos des liens entre « barbarismes et barbarie » dans Le Monde du 8 mars.

Elle explique, notamment, que « déshumaniser l’Autre » participe du « climat » ambiant. Et, dans le cas présent, Juif =riche=marchandise de choix. Qui devient une marchandise encombrante dès lors que sa valeur pécuniaire a disparu. Il faut lire aussi l’ouvrage collectif, dirigé par Frédéric Encel et Eric Keslassy, auquel elle a contribué, : « Comprendre le Proche-Orient » Editions Bréal. Pour voir comment, au niveau de l’école, mais pas seulement, s’élaborent des sentiments et des haines confuses qui, par ricochet, nourrissent l’antisémitisme. Ce n’est pas pour rien que le sous-titre de l’ouvrage est « une nécessité pour la République. » Car un anti-sionisme primaire et omniprésent a bien donné un antisémitisme primitif.
Et il faut lire aussi ces Rapports pourtant officiels mais curieusement « oubliés » alors qu’ils tiraient une sonnette d’alarme incontournable, les Rapports Obin et Ruffin. L’antisémitisme y crève l’écran.

Qu’on ne nous dise pas alors, à l’instar de Piotr Smolar du Monde que rien ne prouve que l’antisémitisme soit partie prenante du meurtre d’Ilan Halimi. Et comment expliquer, selon lui, que cet être humain totalement sans défense qui ne connaissait même pas ses bourreaux ait été traité de cette manière inouïe puis tué ainsi après qu’il ait perdu sa valeur monétaire ? A ce propos le père d’Ilan a cette phrase terrible rapportée par Le Monde : « “Ilan a été torturé, ils lui ont infligé des horreurs gratuitement. Pourquoi ? Parce qu’ils étaient trop contents d’avoir entre les mains un petit juif’.”

D’aucuns diront que cela est dit sous le coup de l’émotion. Mais alors, que sont donc tous ces actes antisémites rapportés, ces centaines de « jeunes » – le plus souvent- qui se sont ainsi « défoulés » sur une personne juive ou supposée telle ? Sans compter tous les autres…car on ne porte pas plainte pour un crachat, une insulte, même s’ils sont répétés…Et que penser des actes antisémites commis le plus ouvertement du monde à Sarcelles ou Lyon après le retour de Côte d’Ivoire du chef du gang ?

Dans l’émission de France 5 le journaliste Piotr Smolar accuse d’ailleurs Michel Zerbib d’être un « pyromane » ! Révélateur. Serait pyromane celui qui dit les faits ? Or c’est justement le contraire qui est prouvé. Comme ce déni de la montée de l’antisémitisme en France par le gouvernement de gauche au pouvoir dans les années 2000 et, notamment le ministère de l’Intérieur qui avait alors Daniel Vaillant pour patron. L’antisémitisme n’existait paraît-il pas. Et c’est ainsi qu’il a pu croître et se multiplier, en toute tranquillité. Alors le déni, non. Vraiment non.

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