27 septembre 2022
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Opération Méduse: la volonté de l’O.T.A.N. mise à l’épreuve

L’intensité des combats a surpris certains membres de l’O.T.A.N. qui, cet été, ont hérité des Etats-unis le commandement militaire du sud de l’Afghanistan. D’autres épreuves viendront sans aucun doute. Les insurgés se regrouperont certainement en évitant d’engager directement les troupes occidentales et auront recours au terrorisme ad hoc perfectionné en Irak. Pour reprendre la dénomination de l’O.T.A.N., la Méduse a été blessée mais ses serpents sont toujours bien vivants.

La bataille dans le sud n’est pas un signe, comme certains pourraient le penser, que l’Afghanistan a été perdue. Avec la traque d’al-Qaida menée par les forces américaines à la frontière avec le Pakistan et la lenteur du gouvernement de Kaboul à affirmer son autorité, un vide politique et sécuritaire a émergé dans la région. Celui-ci a progressivement été occupé par les seigneurs de la drogue, les anciens combattants talibans et les chefs tribaux qui ont peu en commun mis à part un grand intérêt à ce que l’état d’instabilité continue.

L’argent de la drogue et la porosité de la frontière pakistanaise ont permis aux talibans de se réarmer et de recruter de nouveaux combattants. Certaines écoles pour filles, une grande réalisation dans l’Afghanistan post-talibans, ont été obligées de fermer. Des chefs locaux ont soutenu les talibans tandis qu’une population qui avait de grands espoirs pour l’avenir s’est retournée contre Kaboul et l’Occident.

En réaction, l’O.T.A.N. a doublé cet été le nombre d’hommes dans le pays – le portant à 20.000 – et s’est installée dans le pays. Sa première tâche a été de reprendre le terrain. Dans les sociétés tribales, les autochtones veulent savoir qui va gagner avant de choisir leur camp. Beaucoup d’Afghans ont douté de la volonté combative de l’O.T.A.N. . La conclusion de l’opération Méduse devrait contribuer à dissiper ces doutes.
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L’Afghanistan requiert de la patience et de la responsabilité, deux qualités rares au sein des capitales occidentales. Pourtant il convient de contrer le fatalisme dominant et d’affirmer l’évidence: les succès se suivent. Après 30 ans de guerre qui ont renvoyé l’Afghanistan au Moyen-âge, la plus grande partie du pays est désormais en paix. Le président Hamid Karzai est largement populaire et le gouvernement a été élu démocratiquement. Plus de quatre millions de gens qui avaient été forcés de fuir leur foyer en raison de la guerre sont revenus depuis que les Etats-unis ont défait les talibans fin 2001. La croissance économique a été de 14% en 2006. Six millions d’enfants sont scolarisés et 50 partis indépendants sont enregistrés.

Ces réalisations sont réelles, mais pas irréversibles. Les troubles dans le sud soulignent la menace que représente le narco-terrorisme émergent pour le gouvernement central. Les chefs mafieux locaux et les seigneurs de guerre veulent contrôler des morceaux du pays, considérant les régions tribales du Pakistan qui échappent au gouvernement d’Islamabad comme un modèle. De connivence avec la mafia de la drogue, qui ne veut pas de Kaboul sur son chemin, un petit nombre d’individus fortunés peuvent engendrer beaucoup de problèmes. Le général des marines James Jones, commandant suprême des forces l’O.T.A.N. , estime le noyau des combattants talibans à 4.000 hommes. Mais nombre de ceux tués durant les dernières semaines ne constituaient que de la chair à canon.

Le trafic de drogue en plein expansion, remarque le Général Jones, est “au coeur de tout ce qui va mal en Afghanistan.” Il est difficile d’argumenter contre cette analyse. On estime que la moitié de la richesse du pays provient de la drogue; 90%, et bientôt plus, de l’opium illégal dans le monde est originaire d’Afghanistan. N’importe quelle réponse sensée devrait commencer par un déploiement de policiers mieux payés et en plus grand nombre dans l’arrière pays, soutenus par des représentants du gouvernement moins corrompus et directement responsables devant Kaboul. L’expérience passée en Amérique latine montre que les opérations de répression, appuyées par les troupes étrangères présentes dans le pays, sont plus efficaces lorsqu’elles se concentrent sur les parrains de la drogue plutôt que sur les agriculteurs pauvres qui essayent de survivre.

Le changement est lent dans un pays aussi grand et arriéré. “La situation n’est en aucun cas perdue,” nous a affirmé hier Ashraf Ghanii, ancien ministre des finances et candidat au secrétariat général des Nations unies. “Mais un engagement de cinq à 15 ans est nécessaire” – ce qui semble constituer une éternité pour les politiciens occidentaux préoccupés par les prochaines élections. Il convient de garder à l’esprit que le projet de construction national en Bosnie est sur le point d’entrer dans sa 12ème année. Le monde dépense 679 dollars par an par Bosniaque, contre 57 dollars par Afghan.

La campagne militaire de ce mois-ci au sud a constitué la première bataille terrestre étendue de l’O.T.A.N. en 57 ans d’existence. La guerre du Kosovo en 1999 était limitée au domaine aérien et pourtant l’alliance a eu du mal à demeurer unie. Il est certain que la situation en Afghanistan sera plus difficile. Le Canada a déjà perdu 28 soldats cette année. Al-Qaida et les talibans connaissent nos points faibles, tels que sont Internet et la télévision: leurs attaques visent à diminuer le soutien populaire et à forcer les politiciens des pays démocratiques à retirer leurs troupes.

Les Canadiens, les Danois et les Britanniques ne cillent pas, mais d’autres gouvernements sont nerveux. Tandis que la bataille fait rage dans le sud, la France et l’Allemagne ont interdit à leurs troupes stationnées ailleurs en Afghanistan de prêter main forte. En réaction, le général Jones a lancé un remarquable appel afin de recevoir de l’équipement et 2.500 hommes en renfort.

Plus de soldats sont en chemin, grâce aux contributions des récents membres de l’O.T.A.N. que sont la Roumanie et la Pologne. Les faibles budgets de la défense des pays européens rendent d’autant plus difficile la fourniture des 18 hélicoptères et des 3 avions de transports C-130 demandés par le général. Les Afghans de tout bord observeront la rencontre des ministres de la défense de l’O.T.A.N. en Slovénie la semaine prochaine, qui étudieront formellement la requête, afin de déceler des signes témoignant de la volonté et de la puissance locale de l’Alliance. Le futur de plus d’un Afghan est en jeu. Tout comme la crédibilité du plus ancien bloc politico-militaire du monde.

Source: Alternative Stream

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