6 février 2023
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Ou est donc passée l’école primaire communale ?

Le problème des affiches du métro nous dit que deux trains partent à la même heure, qu’ils vont se croiser, qu’un train parcourt la distance à une vitesse de 15 km heure et l’autre une vitesse de 10 km heure, et que les deux gares de départ sont éloignées l’une de l’autre de 5 kilomètres. J’ai sorti un papier et noté l’énoncé.
Une fois assis dans mon wagon de métro je me suis mis au travail.
J’ai résolu ce problème. Ce qui m’a le plus étonné, ce n’est pas que j’aie trouvé la solution sans difficulté particulière, c’est l’avertissement figurant sur l’affiche :

« si vous trouvez la solution à ce problème vous pourrez remercier le professeur qui vous a enseigné les mathématiques » ( problème qui est, je le rappelle : à quelle heure se croiseront les deux trains sachant qu’ils sont partis ensemble à telle heure ).

Personnellement, arrivé en classe de sixième, j’ai été un cancre en mathématiques.

Notre professeur de mathématiques nous ayant à peu près tenu ce langage pour débuter son premier cours de maths : « Messieurs, vous n’êtes plus à l’école primaire, désormais, ce n’est plus l’arithmétique que vous apprendrez à manier, mais les mathématiques. Vous devrez par conséquent, apprendre des choses que vous devrez admettre, même si vous ne les comprenez pas. Plus tard vous les comprendrez. Aujourd’hui, il vous faut admettre ! »

Rebelle, même en classe de sixième de l’année scolaire 1956-1957, j’ai fait un rejet ; je me suis livré silencieusement à une sorte de grève des Maths. J’avais un certain mérite dans ma rébellion muette ; notre professeur, ancien rugbyman, faisait plus que nous intimider et nous n’en menions pas large quand il nous invitait à monter au tableau pour prendre la craie et démontrer un problème ou réciter.
Je regrette aujourd’hui de n’avoir pas surmonté mon refus d’admettre sans comprendre. Je ne peux donc pas remercier mon professeur de mathématiques.

Comment ai-je donc pu résoudre le problème dont l’énoncé est affiché sur les murs du métro parisien, station République ?
La réponse n’est pas compliquée.
Je ne dois pas à un professeur de mathématiques d’avoir appris à résoudre les problèmes de trains et de robinets. Ces problèmes étaient ceux de l’Arithmétique que nous apprendra à résoudre notre maître d’école, Monsieur Diquélou, instituteur de classe de cours moyen deuxième année de l’école primaire communale de la rue Olivier Métra, une école d’un quartier ouvrier et populaire du vingtième arrondissement de Paris.

Les enfants de ma génération sont tous passés par là. Les « maths » n’avaient pas encore chassé l’Arithmétique.

La nouvelle pédagogie, arrivée dans les valises du collège unique de la réforme Haby, n’avait pas encore fait les ravages que l’on connaît, qui amènent aujourd’hui à laisser croire que résoudre un problème, qu’aurait résolu tout enfant de 10-11 ans des années cinquante, constitue un exploit dont il y a lieu de remercier son « professeur de mathématiques ».

Conclusion : les entreprises de soutien scolaire qui ne sont pas gratuites me semble-t-il, font leur miel de l’affaissement de l’école de la République, et cela grâce en premier lieu à l’appauvrissement continuel du contenu de l’enseignement primaire, suivi de la même évolution dans le secondaire. Ce dernier est devenu comme une école primaire prolongée, grimée au « collège » jusqu’en troisième, sans nécessairement apporter ce qu’apportaient les trois années des classes de fin d’études primaires où se retrouvaient les enfants des années cinquante n’ayant pas pu ou pas voulu passer l’examen d’entrée en classe de sixième.

Notes

* En classe de fin d’études, les classes préparant en trois au certificat d’études primaire revenaient sur ces problèmes. Les problèmes étaient rendus plus compliqués parce que l’on apprenait à calculer les volumes et que l’on intégrait dans le problème de robinet des variables découlant des volumes des récipients, baignoires généralement. J’en ai fais, souvent, en classe de fin d’études de l’école primaire de la rue Olivier Métra, ayant raté mon examen d’entrée en sixième en fin de CM2. L’année suivante, en 1956, je repasserai et réussirai cet examen qui me permettra d’entrer dans un cours complémentaire où, sauf les professeurs de langues (anglais et allemand) qui étaient agrégés, tous les professeurs étaient d’anciens instituteurs chevronnés ayant passé le concours leur ayant permis de devenir PEGC et enseigner dans les classes du secondaire jusqu’en troisième. Il ne se trouvait alors jamais de classes de sixièmes jusqu’à la troisième dans lesquelles les élèves avaient pour enseignants de tout jeunes gens à peine plus âgés qu’eux.

Après les classes de troisième, les établissements disposaient exclusivement d’agrégés. La réforme Haby a été suivie par la fermeture de écoles normales qui formaient les instituteurs hussards de la République. C’est toute l’armature de l’enseignement républicain, solide et efficace armature, que trente années de réformes, ou plutôt de contre réformes successives ont mis à bas. Il ne faut donc pas s’étonner si aujourd’hui des « marchands du temple » de l’instruction peuvent faire leur miel des effets de l’ignorance, organisée méthodiquement contre la population de ce pays, si l’on peut faire penser que résoudre des problèmes de trains constitue un exploit intellectuel.


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