6 février 2023
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Affaire Claude Duviau

Oui, vous pourriez connaître son sort car voici comment un certain Gérard Filoche, porte-parole de facto des inspecteurs du travail, et ex-militant émérite de la LCR reconverti dans « socialisme et démocratie », considère la liberté d’entreprise et le droit de disposer de sa propriété que vous défendez :
« Sans doute que le Medef voulant supprimer, comme il le dit, dans son université d’été, le Code du travail, finit par conditionner les esprits, … C’est la première fois dans l’histoire que le fanatisme libéral, anti-règle, anti-loi, anti-droit des salariés, aboutit à ce que deux inspecteurs du travail soient abattus comme des chiens… C’est la barbarie de la chienlit libérale qui se traduit là… Que l’on ne nous dise pas qu’il était “dérangé”, son acte était prémédité, en refusant le code du travail et un contrôle, il appliquait le programme ultra-libéral du Medef… »

Ainsi, cet inspecteur là ne vous aime pas, il mène ses inspections comme un préambule à la dictature du prolétariat. Et ne dîtes surtout pas à de tels furieux que le « travail au noir » est consenti par des immigrés clandestins ou des personnes sans trop de qualifications dont la productivité est trop faible pour que le recours à leurs services déclarés et taxés soit rentable. Bref que ce travail au noir est la soupape de sécurité de l’aberrant système social français, car ce marxiste se transformerait alors en garant des institutions, de l’ordre public social. Il vous parlerait du «patron qui esclavagisait (sic) des cueilleurs de prunes », des ateliers de machines à coudre à Chinois où les esclaves sont libérés au prix de la perte de leur gagne-pain et de leur expulsion. Belle libération que voila quand les vendangeurs se cachent dans les vignes de peur de ne pouvoir continuer à être exploités.

Coupables de violer, ou de méconnaître plus de 400 lois et plus de 8 000 décrets dont on en rajoute à la louche une centaine par an sans jamais rien abroger, voila qui sont les patrons pour ce marxiste chargé de les contrôler : « Que fait la République pour défendre le droit contre la fraude quand un patron sur deux est un délinquant et ne paie pas les heures supplémentaires au taux légal ? Des milliards d’heures supplémentaires passent ainsi à l’as, ce qui produit moins de cotisations sociales, moins de retraites, moins de santé, moins de salaire, plus de chômeurs.. »

Et voila qui sont les inspecteurs du travail, des Zorros (ou un terme à sonorité proche) qui considèrent que les cotisations sociales permettront de maintenir la retraite par répartition, de créer des emplois et d’augmenter les salaires. Oui, vous avez bien lu, si tous les inspecteurs du travail ont la formation économique de ce certain Filoche, ils doivent au moins servir de bouffons teigneux à ceux-là même qu’ils inspectent.

Mais revenons-en à l’affaire Duviau, elle n’est pas un fait divers nous l’avons dit. Mais qu’est-elle au fait pour un certain Gérard Filoche : « Ou est l’occasion de dire stop au délire libéral qui voudrait supprimer l’inspection du travail ? N’est-ce pas l’occasion d’expliquer au public ce qu’est ce métier, cette mission ? » Une occasion, donc. Si nous jouions aux délires à la Thierry Meyssan, nous pourrions aller jusqu’à nous imaginer que des inspecteurs en auraient tué d’autres pour attirer l’attention du public. Pour cela il faut s’emparer de l’affaire Duviau et mener cet homme à l’échafaud, crier à mort et c’est bien ce à quoi appelait ce triste sire : « Les organisations syndicales vont-elles laisser faire sans appeler à une mobilisation, des esprits, des salariés ? C’est la première fois dans l’histoire qu’un tel assassinat se produit, atteinte aux fonctions de l’inspection, pourtant protégée par l’Oit et chargée “d’alerter les gouvernements en place sur le sort qui est fait aux salariés”. »

C’est bien d’ailleurs ce qui s’est passé… Les excités ne se situaient pas du côté de la défense, mais du côté des 400 syndicalistes qui comptaient se porter partie civile et se sont massés dans et devant le tribunal de Périgueux. Les sans-grades du syndicalisme aux marches du palais, les pontes à l’intérieur, tel Gérard Aschieri, secrétaire général de la très à gauche FSU, lequel a déclaré aux journalistes “Je suis là en solidarité et pour demander une prise de conscience du gouvernement et de la population concernant la difficulté du métier d’inspecteur du travail”, un autre représentant a aussi su capter toute l’attention des jurés et des média, en pleurant littéralement devant la caméra. Dominique Maréchaux de la FSU précise qu’il attendait « que la décision soit suffisamment explicite pour donner un signal à toute la France ». Le congrès national de la FSU avait d’ailleurs émis une motion sous forme d’injonction à l’appareil judiciaire : « nous attendons de la cour d’assises une condamnation exemplaire de l’assassin, qui permettra de contribuer à la reconnaissance et à la défense des services de contrôles du droit du travail et de leurs agents et par delà, de tous les agents chargés des contrôles (PAC, santé animale…) qu’aucun des ministres de ce gouvernement n’a su leur assurer. »

Claude Duviau ne sera donc pas un individu jugé équitablement mais un cas dont certains veulent faire un exemple. Injonction entendue, puisque de hauts fonctionnaires des ministères de l’agriculture et du travail étaient aussi présents, indiquant l’inclination du gouvernement. L’avocat d’un syndicat partie civile a d’ailleurs fort justement interprété leur présence : (celle-ci) « a peut-être joué sur l’avocat général,.. Il ne pouvait pas requérir autre chose que la perpétuité. C’était un meurtre sur deux agents chargés d’une mission de service public».
La mobilisation avait d’ailleurs sombré dans le rapport de force dès le début de l’affaire, voici en effet ce que l’on peut trouver texto (fautes incluses) sur le site « Socialisme et Démocratie » :

« Ces crimes sont l’apogée du diktat grandissant du MEDEF avec main mise sur des médias qui baissent la tête et tournent le regard…c’est inadmissible. Pétitions, rassemblements,…tout doit être fait pour que ces crimes ne soient pas mis dans “les faits divers”. J’appelle la solidarité de tous les salariés français …de tous ceux qui croient encore comme moi aux valeurs sociales de notre démocratie, à préparer des actions, partout en France, pour marquer ces meurtres comme un coup de poignard sur notre démocratie. Dès demain, je rencontrerais mon organisation et proposerais dans un premier temps à appeller les salariés à porter un brassard noir au travail. Ne laissons pas ces crimes passer inaperçus. Dès maintenant, envoyez des SMS à tous : “2 inspecteurs du travail assassinés. Brassard noir demain au boulot.” Merci Webmaster…voici l’évolution de mon côté : SMS, Internet..etc….employons nous à l’info rapide….même un dimanche ! ! !

Je viens d’opérer par SMS aussi…toutes les forces sont appellées..toutes confédérations confondues, tous les travailleurs du Pays..toutes les pensées…tous les pouvoirs sociaux ! ! ! ! Salut maman…ton fils prends certaines initiatives…….Y abasta…..tu as créé un petit Che Guevara Français,…Nos deux inspecteurs étaient sans arme contre un fanatique du medef qui sans doute s’est cru intouchable. Il a délibérément tué avec préméditation nos 2 Inspecteurs en service au sevice de notre Nation. Que font nos ministres, ils écoutent radio Bagdad et le grand sachem et surtout le medef qui a peur de la rebellion des salariés. Le medef sait que si nos Inspecteurs sont touchés dans leur chair et dans leur famille, il risque l’émeute. N’ayons pas peur de dire que les médias sont à la solde du medef et du gouvernement. Quel gachis de notre nation, de nos valeurs républicaines. Vous devrez vous Rappeler lors d’un vote de la mort de ces deux Inspecteurs. Faites le bon choix, voter pour des vrais valeurs, celui de la justice. »

Oui, il y a des gens qui parlent et écrivent comme cela, des altercomprenants visiblement et je n’exagère rien car je suis sûr que chacun en connaît pas loin de chez lui. De quoi organiser des dîners de cons profondément affligeants, car nos futurs convives comme le ci-devant Filoche, auraient rêvé de faire asseoir sur le banc des accusés tous les défenseurs de la liberté d’entreprise. Ils parlent de « la barbarie de la chienlit libérale », de cette barbarie qui consiste en effet à remettre en cause les sources de revenus de ces gens. Comme il est barbare de se demander à quoi sert Filoche et de constater que c’est la réglementation du travail qui tue le travail et son application qui fait sombrer dans le délire.

Mais la mobilisation vengeresse ne s’arrête pas là, la télé d’Etat s’en mêle avec la diffusion en 2005 d’un documentaire sur France 2 : « Dans le secret de … inspecteurs du travail assassinés » réalisé par Jacques Cotta. Une pièce de théâtre est montée à la Cartoucherie, d’Ariane Mouchkine par Gérard Streiff sur l’affaire, l’inévitable inspecteur de classe Filoche en publie ce qui semble être un livre sous le titre délirant d’imagination : « On achève bien les inspecteurs du travail ».

Car que reproche-t-on à Claude Duviau, un homme rendu dépressif et suicidaire, sinon d’avoir craqué après 16 inspections en une année. Les conséquences ont été sanglantes puisqu’il a tué les deux inspecteurs du travail et s’est fracassé le menton avec la même arme. Quand on sait le nombre d’inspectés qui ont fini par se suicider car la présomption de culpabilité d’essayer de survivre repose toujours sur eux, que l’on apprend que c’était la première fois que des désespérés tournaient l’arme contre l’instrument de leur malheur, on peut statistiquement s’étonner.

Claude Duviau est devenu criminel, mais ce n’est pas un monstre. Ancien militaire, ancien assureur, il avait repris une petite exploitation viticole et fruitière. L’année avant le drame de septembre 2004, il avait été condamné à 600 euros d’amende avec sursis. Encaissant mal ce verdict et se débattant dans des difficultés financières, il entre dans une profonde dépression suite à un sentiment d’injustice : il ne comprenait pas qu’on le poursuive alors qu’il était de bonne foi.

Il lui était reproché la mise à disposition de saisonniers par la société d’intérim Cherif Belkeir, affiliée à la Mutualité Sociale Agricole. Saisonniers qui n’auraient pas été déclarés par la société Belkeir, ce qui sera l’objet d’une nouvelle procédure contre Claude Duviau en septembre 2005, laquelle aboutit à sa relaxe. Cette nième inspection qui a mal tourné devait donner lieu à une mise en garde de poursuite devant les juridictions pénales, la menace d’établissement de procès-verbaux est d’ailleurs une pratique courante et illégale des inspecteurs du travail. Gérard Filoche lui-même a dû répondre devant un magistrat de tels procédés.

On s’étonnera surtout de la disproportion des peines entre celles d’un Bertrand Cantat, des incendiaires de bus passagers compris et les 30 ans de réclusion criminelle de Claude Duviau.

Jamal Derrar, pour avoir brûlé vive Sohane avec préméditation : 25 ans. Les émeutiers casseurs de banlieues 6 mois de prison avec sursis. Entre nous soit dit je préfère croiser Claude Duviau la nuit au coin d’une rue sombre plutôt que Jamal Derrar ou un quelconque émeutier. Il faut croire pourtant que l’agriculteur crucifié est plus dangereux pour la sécurité de nos concitoyens et surtout pour l’Etat comme l’argumente l’avocat général qui n’hésite pas à avouer que c’est la première affaire pour laquelle il demande la perpétuité.

Il faut dire que Claude Duviau comparaissait pour « homicides volontaires sur personnes chargées d’une mission de service public », ce qui est bien plus grave que toutes les affaires que nous venons de passer en revue. Quant à la demande de pardon, aux circonstances atténuantes que l’on prend habituellement en considération il n’en est plus question quand on s’en prend à l’aristocratie d’Etat, il était dépressif soit, « il aurait dû se soigner » répond Jacquet, avocat général de son état.

Cela se passe en France en 2007 et cette justice là est rendue au nom du peuple !!! Elle n’est pas rendue en mon nom, pas en mon nom.

Pas non plus au nom de ceux que l’on n’entend que sur le net, parmi eux des gens qui, sur le forum de Libération, le lendemain du verdict s’expriment ainsi :

Pierre : « Des assassinats à petit feu

Tous les jours des fonctionnaires, dernière leurs missions de service public, assassinent les gens. Sans que cela paraisse, avec une précision d’horloger, de manière aussi abjecte et aussi lâche finalement. Ce sont des assassinats par récurrence. Une lettre d’injonction par ici, une menace par là, un huissier demain, un avis à tiers détenteur hier, c’est par là que des fonctionnaires minables s’octroient la puissance de l’état sans utilité pour les citoyens. Le régime de Vichy n’est jamais loin quand on a affaire à certains. Je ne connais pas les conditions de ce drame, mais tous les jours cela peut arriver. Les tribunaux condamnent plus aisément les tueurs de mort brutale, que les assassins de mort lente. Mais qui est le plus cruel? Samedi 10 Mars 2007 – 17:07 »

Bernard : « difficile d’être un homme et de devoir se prononcer vis-à-vis d’un autre homme quand la société est autant impliquée, qui l’a aidé à se forger cet odieux profil d’ancien militaire ? A-t-on assez jugés des divers responsabilités qui poussent un homme vers la mort pour lui et pour les autres ? Samedi 10 Mars 2007 – 16:48D

Charles : « 30 ans pour deux meurtres de fonctionnaires, je n’ai pas à me prononcer sur le verdict. Mais le juge d’Outreau qui a détruit plusieurs vies et familles, combien ? Les flics qui tabassent combien ? S’il est normal que les fonctionnaires soient particulièrement protégés, la contre partie c’est qu’ils exercent leurs responsabilités avec compétence et sens du service. C’est très généralement le cas, mais en cas de dérapage ou d’erreur, il faut être intraitable comme pour cet agriculteur. Samedi 10 Mars 2007 – 16:48 »

Mimi : « je ne conteste pas le caractère grave et horrible d une telle situation cependant les violeurs et meurtriers de nos enfants sont majoritairement condamnés a des peines beaucoup moins lourdes, je reste perplexe…. Samedi 10 Mars 2007 – 16:47 »

Ludhman : « Le crime suprême
On a touché à des fonctionnaires surtout … et comme on est jugé par des fonctionnaires … Samedi 10 Mars 2007 – 16:47»

Pablo : « Tous égaux ?
Si un homme tue deux fonctionnaires dans l’exercice de leur fonction, il a toutes les chances d’être plus lourdement condamné qu’un homme qui tue deux travailleurs du secteur privé en train de bosser. Techniquement cela se comprend, il faut défendre les piliers de la société. Moralement cela est nettement plus troublant. Samedi 10 Mars 2007 – 16:46 »

Pas au nom de la Coordination Rurale non plus qui émet le communiqué suivant :

« La Coordination rurale tient à rappeler que c’est la violence économique qui attire la violence physique irraisonnée contre autrui aussi bien que contre soi. La détresse économique et psychologique de toute une profession fait redouter à la Coordination rurale l’annonce par les médias d’un nouveau coup de folie lié au désespoir ».

Pour en savoir plus, allez sur le site ADEL http://libertariens.cjb.net

“Si quelqu’un voit en nous autre chose que des hommes, nous ne le regarderons pas non plus comme tel, mais comme un monstre et le traiterons pareillement.”

Max STIRNER

4 réflexions sur « Affaire Claude Duviau »

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