2 février 2023
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L’insoutenable légèreté de l’être

Pourtant, comment peut-on établir la moindre comparaison entre l’idéologie nationale-socialiste porteuse des pires abominations à force de vouloir faire de l’Etat, incarné par un commandant suprême – le führer en Allemagne ou le Duce en Italie – l’organe central de l’organisation de toute la société, et la philosophie de la liberté dont le principe fondamental est la séparation des pouvoirs en vue précisément de protéger la société civile de l’Etat et de ses égarements ? Certains créateurs succombent facilement à la pensée la plus médiocre lorsqu’ils exploitent la compassion, confondant la réflexion intellectuelle avec la caricature cinématographique. Telle est l’exception culturelle française : chaque année, on n’échappe pas à la grosse « cannerie »… Heureusement, le film n’aura pas retenu l’attention du jury.

A Marseille, des enseignants déprogramment les chansons de Faudel et Enrico Macias prévues à l’occasion d’une fête officielle de l’école sous prétexte que ces artistes se sont affichés avec le candidat Sarkozy devenu aujourd’hui le Président de la République Française. Ces mêmes enseignants n’avaient pas manqué d’exprimer leur indignation lorsque des municipalités lepénistes (à Orange ou Vitrolles) avaient voulu faire le ménage dans certaines bibliothèques municipales. L’on pourrait hélas multiplier les exemples d’indignation à deux vitesses à volonté[2].

Si la tête du pays a changé, suscitant un formidable espoir, sa base administrative et son infrastructure institutionnelle (syndicats, médias, éducation) restent imprégnées par la pire dialectique anti-libérale alors même que les représentants politiques anti-libéraux ont été pourtant sévèrement sanctionnés par les urnes. On ne fera pas disparaître d’un coup de baguette magique trente années d’entrisme et de copinage qui ont permis à la gauche la plus sectaire de prendre les positions clés de la société civile, conformément aux enseignements de Lénine et de Gramsci. Les gouvernements de droite n’ont jamais osé pratiquer la chasse aux sorcières initiée par François Mitterrand ; aussi ont-ils dû s’accommoder d’un système qui les empêchait ouvertement de gouverner. Un gouvernement d’ouverture pourra-t-il contourner ce blocage structurel ? Une ouverture est-elle jouable avec ceux qui ont l’intention de vous empêcher de gouverner ?

L’Etat central n’a pas la moindre idée de ce qui se passe à la base. Alors que le ministre de l’éducation parle de restaurer le vouvoiement dans les classes, la plupart des enseignants dénigre la droite durant leur cours tandis que les programmes officiels d’histoire ou d’économie présentent les partis de gauche comme des partis progressistes moteur de l’histoire et du progrès et les partis de droite comme des partis archaïques et conservateurs qui n’arrivent au pouvoir qu’en flattant les extrêmes.

Á l’université, les carrières sont gouvernées par les centrales syndicales au point que l’université est devenue un lieu de conformisme au lieu d’être une pépinière d’originaux et d’aventuriers. La recherche se passe désormais ailleurs et seule une véritable autonomie de nos universités est de nature à nous libérer de ce carcan qui explique une grande partie de nos retards en matière de recherche et de valorisation de la recherche (brevet, innovation).

Pourquoi croyez-vous que les syndicats s’opposent à cette autonomie légitimement revendiquée ? Pour la même raison qu’ils défendent le monopole de la sécurité sociale ou qu’ils imposent la négociation collective comme le cadre obligé des relations entre employeurs et employés dans toutes les entreprises de France.

Les leaders de la CGT ou de FO se disent rassurés. Devons-nous comprendre que les carcans seront maintenus au risque de vivre les mêmes déceptions ? Les électeurs n’ont-ils pas envoyés un autre message ? Pendant des années, les taux d’abstention élevé ont suscité des inquiétudes au point que certains responsables politiques, à l’instar de Fabius, préconisaient de rendre obligatoire le vote, transformant ainsi un droit en devoir. Mais les électeurs sont rationnels : comme des consommateurs qui se détournent des produits médiocres, ils ne votent plus s’ils estiment que cela ne change rien, constatant que le pouvoir est ailleurs ou que les blocages sont trop forts.

Pourtant, il s’est passé quelque chose de nouveau à l’occasion de ces élections. Les français ont voté massivement, exprimant un vote d’adhésion à un homme et son projet. Nicolas Sarkozy a demandé aux électeurs de lui faire confiance ; il n’a pas à demander aux syndicats l’autorisation de respecter ses promesses.

Le pays ne peut se payer le luxe d’une déception de plus. L’attente est trop forte, l’enjeu est trop grand.
Perpignan le 29 mai 2007
http://caccomo.blogspot.com/

Notes


[1] O. Seguret, Libération du 19 mai 2007.
[2] Alors que je lisais un album de Tintin avec mes fils, j’ai pensé à la polémique farouche qui était née de la sortie de « Tintin au pays des Soviets », Hergé étant à l’époque accusé de faire de l’anticommunisme alors que « Tintin en Amérique », qui réduisait l’Amérique à Al Capone, n’avait suscité aucune passion. Il est toujours de bon ton de fustiger l’Amérique…

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