2 février 2023
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Al-Jazeera suscite l’indignation des chiites

Le parlement irakien a décidé d’attaquer en justice Al-Jazeera « pour avoir dénigré les Irakiens et leurs symboles religieux ». De son côté le gouvernement de Nouri al-Maliki a fait savoir par la voie d’un porte-parole qu’il attaquerait dorénavant toute chaîne qui s’attaquant à la religion des chiites et à leurs figures emblématiques.

A Téhéran, le président du Majliss Shourey Irâni (Conseil consultatif iranien) Ghalam Ali Hadad a déclaré que son pays interdisait aux journalistes de la chaîne qatarie arabophone d’entrer dans les locaux du Parlement pour couvrir les séances.

En Arabie saoudite, les dirigeants de la communauté chiite du royaume (10%) ont adressé une lettre à l’émir (prince) du Qatar, sheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani lui demandant de suspendre l’émission de Mansour et d’établir une commission d’enquête. « Ahmed Mansour a heurté les convictions d’un grand nombre des téléspectateurs d’Al-Jazeera », peut-on lire dans la lettre.

Si le chiisme ne représente que 15% de l’islam mondial, ses adeptes se concentrent dans la partie orientale du Moyen-Orient(4) , où le chiisme est sur-représenté, notamment dans les pays où il est majoritaire comme l’Iran, l’Irak et Bahreïn.

L’Iran étant banni par les pays arabes et dits arabes et leur fantaisiste Ligue dominé par les monarques sunnites d’Arabie, le contact entre le sunnisme arabe et le chiisme perse est très faible. D’autre part, l’Egypte, premier pays sunnite dans la région, n’entretient pas de relations diplomatiques avec la République islamique depuis l’assassinat du président Anouar Sadate en 1981 par un jeune officier islamiste proche de Téhéran(5).

L’Irak a longtemps été dominé par la minorité arabe sunnite qui a écrasé les chiites et leur intifada (soulèvement) en 1991 sous la main de fer de Saddam Hussein, jusqu’à la libération du pays en avril 2003.

Le royaume de Bahreïn est gouverné par une dynastie sunnite. Les chiites de ce pays (70%) sont sous-représentés dans la fonction publique et quasi-exclus de la classe politique.

Toutes ces conditions ont contribué à l’isolement des chiites dans le « monde arabe », longtemps ignorés également par les orientalistes occidentaux. L’émergence de ce courant musulman minoritaire contribuera-t-il à plus de pluralisme dans une région longtemps dominée par un islam monolithique (sunnisme arabe et turc), ou au contraire accroîtra davantage les nombreuses tensions inter-ethniques et inter-confessionnelles qui déchirent la région ? Telle est la question qu’il convient de se poser aujourd’hui.

Notes

(1) Autorité religieuse suprême, dans le monde chiite duodécimain.
(2)Mouvement politique islamiste contestataire interdit par le régime de Hosni Moubarak.
(3)Avant d’être recruté par Al-Aljazeera, Ahmed Mansour travaillait pour le magazine koweïtien islamiste Al-Mojtamaa (En arabe : La société). Il s’est également rendu à Peshawar (Pakistan) pour soutenir les islamistes afghans dans leur guerre contre l’Union soviétique dans les années 1980.
(4)90% en Iran, 60% en Irak, 70% à Bahreïn, 10% en Arabie saoudite et aux Emirats Arabes Unis, 10% en Syrie, 30% au Liban, 25% en Turquie (partie orientale) et un peu plus de 50% au Yémen.
(5)Une rue à Téhéran porte le nom de Mohamed el-Islambouli, assassin de Sadate.

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