28 janvier 2023

La campagne présidentielle révèle les contradictions françaises

Tous, dans cette campagne, prétendent qu'elle est si "riche" grâce à leurs propositions que cela mériterait débat contradictoire permanent alors que le chemin électoral est toujours pavé de bonnes intentions et que les réelles questions touchant à la réforme de l'Etat, à la protection sociale, à la laïcité, à l'immigration, sont à peine mises au centre, sinon par quelques trouvailles, intéressantes, mais qui ne vont guère à l'essentiel. Les candidats, du moins les principaux, préfèrent plutôt labourer les sentiers battus en saupoudrant ici et là de milliards qu'ils n'ont pas, tout en alléchant par leur boniments, à l'instar de la succession de camelots qui s'égosillaient autrefois au devant des Galeries Lafayette parisiennes ou du Bazar de l'Hôtel de ville.

Tout serait à cause de l'Europe, des pays émergents, de l'immigration, de la Banque Européenne, du dollar, du déficit américain, bref du libéralisme, peu ou prou, selon les candidats, et ce de l'extrême gauche à l'extrême droite. Certes, certains font des propositions non négligeables. Mais le propos n'est pas là. Puisqu'une proposition, aussi intelligente et mesurée soit-elle, se heurtera au mur médiatique que les insurgés légaux arrivent à ériger à la moindre réforme allant précisément dans le sens de moins de précarité et plus d'égalité, par exemple en permettant des alliances privé-public à l'Université, dans la formation et le retour à l'emploi, dans la protection sociale et la mutualisation des risques lourds.

En un mot, les intérêts corporatistes sont masqués par les noms ronflants du service public et du peuple alors que ceux-ci n'ont jamais été si maltraités par des idéologues qui refusent obstinément de regarder "la France au fond des yeux" telle qu'elle souffre réellement parce qu'elle est organisée selon des critères d'un autre temps.

La justice, l'éducation, la laïcité, l'économie enfin, vont mal et même très mal, des bibliothèques entières d'articles, de livres, écrits par des spécialistes ultra-hyper-compétents le disent et pourtant rien n'y fait parce que la malédiction idéologique empêche toute avancée qui n'irait pas dans le sens d'un plus d'Etat alors que celui-ci n'a pas comme fonction de réguler la société ni même de la gouverner mais de veiller à ce que le jeu démocratique décidé en commun puisse se dérouler sans tricherie ni empêchement. Or, ce n'est pas le cas. Il suffit par exemple que la candidate socialiste parle de "première chance pour l'emploi" s'agissant de jeunes non formés (non éduqués, invivables, à l'état de nature en quelque sorte) pour que tout de suite quelqu'un, issu de ses rangs pourtant, parle de " connerie" puisque cela rappelle évidemment le CPE. Comme si entamer une politique spécifique envers une certaine frange de la population était d'emblée "discriminante" : il vaut mieux dans ce cas les laisser pourrir dans des emplois d'assistance en attendant qu'ils fassent le guet pour l'économie souterraine en pleine expansion mais cachez ce marché noir que je ne saurais voir dit-on dans cette "URSS qui aurait réussi" et qui s'effondre doucement et sûrement, même si cela ne se voit pas encore à l'oeil nu.

J'entendais ce vendredi 6 avril sur France Culture un débat sur les contraintes internes à l'administration policière qui empêche une réelle police de proximité avec par exemple une déconcentration, une régionalisation des services qui permettrait de ne pas remonter jusqu'au Ministère pour arbitrer. Et tous les services sont construits ainsi. Au lieu d'agir en aposteriori, que le Préfet ait plutôt un rôle d'arbitre qui supervise après coup et qui surtout cherche à comprendre pourquoi l'uniforme, du policier au pompier en passant par le chauffeur de bus, passe si mal dans certaines zones : comme si cet uniforme là exprimait paradoxalement à la fois l'empiètement de la loi sur la liberté et le fait qu'il est considéré comme source d'enfermement et de domination dans l'enseignement que l'on donne désormais depuis au moins les années 80.

Une jeune étudiante avait dit par exemple dans un reportage récent qu'elle a été très contente de pouvoir visiter une entreprise parce que ce qu'elle a vu n'avait rien à voir avec l'univers infernal et inhumain qui lui avait été décrit par ses enseignants. De même, il n'est pas étonnant que les enfants d'immigrés de troisième génération soient bien plus vindicatifs que leurs parents et grand parents parce qu'ils ont écouté des bribes de propos venant de l'école ou de l'animateur média à la mode leur disant que leurs pays d'origine c'était l'Eldorado et que le "racisme" serait l'unique cause des difficultés d'intégration ; oubliant que certains parents interdisaient à leurs enfants de "devenir français" dans l'âme puisque cela incluait évidemment de partager certaines valeurs allant à l'encontre de diverses traditions que l'on traiterait de réactionnaires ou du moins de dépassées si elles étaient chrétiennes ou d'origine paysanne, mais que l'on considère comme étant tout autant valables que toutes celles qui aident à l'affinement de soi puisqu'elles sont estampillées "multiculturelles" ; aussi ne faut-il pas s'étonner à ce que certains préfèrent les voir rester dans leur culture d'origine pour précisément qu'ils puissent correspondre à cette image d'Epinal qui fait désormais des cultures des monuments en péril qu'il s'agit de restaurer tout autant…

Mais ces débats, là, vous ne les aurez pas, ou alors par la bande, lorsqu'il est question d'identité nationale alors que l'éducation s'appelle nationale et que la fonction publique est uniquement ouverte aux "nationaux", ce qui montre bien que lorsqu'il s'agit d'intérêts concrets tout le monde sait bien ce que cela veut dire l'identité nationale que d'aucuns veulent réduire à l'évolution permanente alors qu'il existe aussi un même qui perdure se bonifie et en effet change de forme, car le même tout en étant autre n'est autre que le même, ce qui lui permet de perdurer en stance alors que tant de peuples ont disparu corps et âme. Concrètement cela voudrait dire par exemple qu'il faille envisager l'extension de la loi 228-2004 sur les signes ostensibles afin justement de mieux intégrer au lieu de diviser à l'infini parce que l'on réduit l'identité à la seule différence…

Comment faire pour que ce même reste cependant au faîte des faits du monde sinon en épousant l'esprit de son temps tout en y évaluant les formes pour y apparaître à son aise ?

Voilà la question, semble-t-il…

6 avril 2007

Lucien SA Oulahbib

https://en.wikipedia.org/wiki/Lucien-Samir_Oulahbib

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