6 février 2023

Culpabilité occidentale et diabolisation d’Israël


Israël est diabolisé d’une manière sidérante dans un pays tel que la France du XXIème siècle.  Dans une conférence-débat organisée par France-Israël André Bercoff en a décrit les manifestations et surtout les raisons. Et il a apporté quelques réponses dont certaines se trouvent au sein du monde arabe lui-même. Mais il le fait sans se faire trop d’illusions. 

Tous ceux qui espéraient une révolution et un ordre plus juste, s’aveuglant au passage sur les  « béances soviétiques, » avant de devenir des déçus de l’URSS, tous ceux qui honnissaient les Etats-Unis du Vietnam, la colonisation en Indochine ou Algérie, en quête de symboles à la Guevara, durent se livrer un jour à « un transfert de culpabilité et d’espoir. Et le Palestinien symbole était arrivé. A une époque de nationalisme arabe et de refus d’Israël. » Et, remarque annexe d’André Bercoff « la religion jouait alors un rôle mais cela n’avait aucune commune mesure avec ce qui se passe aujourd’hui. »
Pour aggraver les choses aux yeux de ce « camp du bien » pour lequel « c’est la faute à l’Occident, » où l’on retrouve des Chomsky ou Jean Daniel, qui parlait récemment de « Taliban modéré (sic), » les « Etats-Unis colonisateurs » sont proches d’Israël…D’où un transfert de l’image du Juif. Avec, de surcroît, un Israël sorti victorieux de la Guerre des Six Jours en 1967 et qui avait « écrasé les armées arabes. » André Bercoff était alors à Beyrouth et a vu comment la défaite avait été transformée en victoire célébrée pendant trois jours de fête, Nasser ayant renoncé à démissionner comme il l’avait annoncé dans un premier temps. Le symbole était revenu. Thème du symbole toujours d’actualité, dit-il, évoquant Olivier Besancenot.
Et on constate le même aveuglement volontaire qu’au temps de l’URSS. Une manifestation en Algérie où l’on tue des milliers de personnes, les morts du Darfour, du Soudan, du Congo de Tchéchénie sont à peine mentionnés. Comme l’est le sort du « peuple Kurde qui mérite une nation, lui aussi. »
Cela va jusqu’à la publication d’éditoriaux récents dans lesquels, note-t-il, les auteurs « ne sont pas contents que les choses se passent bien en Irak… »
En même temps, en France, on diabolise Israël, avec, dit-il, « la participation et la complicité d’intellectuels. » Ce que l’on a pu constater à nouveau ces dernières semaines à l’occasion de l’Opération Cast Lead menée par Israël pour tenter de mettre fin aux tirs de roquettes du Hamas. Il y a alors  « une guerre des images, un flot de paroles ne s’arrêtant jamais. » Et la volonté de mettre Israël au banc des nations, comme avec Durban Iiqui s’annonce. André Bercoff s’étonne « comment les élites politico-médiatiques peuvent-elles ‘acheter ‘ cela? »
Cette guerre des images a un tel succès, hélas, qu’elle a des répercussions terribles sur le plan local. Le cas inimaginable de l’humoriste Arthur, empêché de jouer, pour cause d’antisémitisme est d’ailleurs évoqué. André Bercoff voit néanmoins dans certaines réactions à ces faits scélérats une petite lueur d’espoir. Ainsi Le Monde a-t-il publié un article de l’artiste  et Le Canard Enchaîné y a-t-il vu des relents nauséabonds. Devant l’énormité de la situation on peut néanmoins se demander si ces réactions, voire même celle du ministre de la Culture, Christine Albanel, qui a exprimé sa sympathie à Arthur et jugé les faits inadmissibles, sont à la hauteur de celle-ci.
Et, commentaire d’André Bercoff à propos des hommes politiques : Tout homme politique, quel qu’il soit, est dans la real politique….

Monde arabo-musulman

André Bercoff souligne par ailleurs que les télévisions arabes diffusent un message très clair à propos d’Israël. Les sites www.pmw.org.il/ et www.memri.org/ ou www.memri.org.french/ regorgent d’exemples de déclarations appelant à la disparition d’Israël. Déclarations liées le plus souvent à l’aspect religieux des choses. Cela allant de pair avec les madrassas qui essaiment à partir d’Arabie Saoudite. Une menace allant en réalité bien au-delà d’Israël, bien sûr. Et nombre de ces déclarations étendent d’ailleurs la menace explicitement bien au-delà de l’Etat hébreu. André Bercoff rappelle à ce propos une interview dans laquelle Bin Laden parlait de la  nécessité de reconstruire le Califat d’antan.
Autre aspect : celui du négationnisme arabo-musulman. Avec, par exemple, un « Ahmadinejad qui croit qu’il faut couper le cordon de la Shoa pour qu’Israël s’effondre. »
Et une formidable « non concordance de temps, des gens qui ne sont pas au même siècle et veulent retourner à la pureté supposée de temps anciens. »
Mais c’est aussi « le drame du monde arabe, » pris entre deux forces, avec d’une part une religion rigoriste et d’autre part le marteau des dictatures. »
C’est pourtant de ce monde-là que s’élèvent les voix de courageux intellectuels arabes souligne André Bercoff qui regrette qu’elles ne soient pas bien mieux diffusées et plus entendues ici. On en trouve des exemples dans les 2 sites cités ci-dessus.

Réponses

Pour faire face à cette marée il y a 3 réponses, nous dit-il, : éducation, laïcité et interprétation. Laïcité étant un mot qu’il rêve de voir inscrire aux frontons des Mairies, accolé à ceux de « liberté, égalité, fraternité. » Une laïcité respectant toutes les croyances qui doivent rester dans le domaine exclusif du privé. Quant à l’interprétation, il s’agit de celle du Coran, une interprétation semblable à celle qui a été faite pour d’autres textes religieux.
Mais André Bercoff n’est guère optimiste. Pour l’heure tout au moins.
En attendant, Charles Meyer, vice-président exécutif de France-Israël, propose pour lutter contre la désinformation le Colloque de l’Association France-Israël qui se tiendra en mars 2009. http://www.france-israel.org/

Hélène Keller-Lind

Dernière publication d’André Bercoff : « Précis de décomposition française, » chez Albin Michel

 

 

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