23 juillet 2021

Durban 2 ou une farce dangereuse annoncée

Le 1er mars à Paris des intervenants de premier plan réunis à l’initiative d’Africa International et de l’Institut Français de l’Intelligence Economique ont passé au crible les pièges et enjeux de Durban 2. Des travaux qui ont démontré que cette Conférence onusienne, qui fait suite à la Conférence de Durban 1, censée combattre le racisme dans le monde ne traitera pas des vrais problèmes  mais représentera en réalité un danger pour la démocratie. Sans que médias ou dirigeants européens ne semblent s’en émouvoir alors que nous sommes à moins de deux mois avant la tenue de Durban 2 à Genève. Alors que les Etats-Unis, après avoir assisté à des réunions préparatoires, allant « de mal en pis, » selon un officiel américain, font savoir qu’ils ne participeront pas à la Conférence en l’état actuel des choses. Le Canada et Israël ayant d’ores et déjà annoncé qu’ils seront absents de ce qui ne sera qu’une sinistre farce totalement déconnectée des droits de l’homme et ayant des buts tout autres. Avec, à nouveau, une focalisation sur une islamophobie occidentale supposée, une stigmatisation de l’Occident et la diabolisation / délégitimation d’Israël.

DURBAN I

Ce qui devait être une Conférence internationale de lutte contre le racisme organisée par les Nations unies à Durban en Afrique du Sud en 2001 se transforma en Grand Guignol. Ce qui devait déboucher sur « un monde plus apaisé, » rappelait Fodé Sylla, membre du Conseil Economique et Social, qui assista à la Conférence et apportait son témoignage, fut « une déferlante de violence, de haine et de cynisme. » Un « tribunal anti-occidental, » résumait Yves Kamami. Les discriminations diverses bien réelles de par le monde n’y furent pratiquement pas examinées, ce qui était pourtant le but affiché de cette Conférence. On y fit fi « des peuples en souffrance, des déplacements de population, des droits des minorités, » ajoutait Fodé Sylla qui soulignait d’ailleurs que cette Conférence totalement détournée avait eu lieu deux jours avant les attentats du 11 Septembre. On y fit, en effet, haro sur Israël, seul pays visé, totalement diabolisé et donc délégitimisé;  un antisémitisme éhonté y eut libre cours; traite et esclavage ne furent condamnés que s’ils étaient transatlantiques et totalement occultés lorsque contemporains – voir article esclavage en Mauritanie-, trans-sahariens ou pratiqués en océan indien. Or l’esclavage contemporain existe bel et bien déplorait Yves Kamami. Il n’y eut que quelques avancées concernant les Roms ou Gitans. Quant aux droits des femmes, le mot d’ordre y avait été « touche pas à ma Charia »….Bref, une sinistre parodie.

Il y a eu, en effet, « hold up complet sur la Conférence…on a insulté la population africaine, » notait le philosophe Abdoulaye Barro qui soulignait le caractère aberrant de ce qui s’est passé à Durban au nom des droits de l’homme sans avoir le moindre rapport avec ces droits. Population africaine souvent très discriminée en Afrique même et l’universitaire camerounais Jean-Emmanuel Pondi en donnait des exemples éloquents, citant la manière dont sont parfois traités des Africains noirs dans les pays d’Afrique du Nord par lesquels ils doivent transiter lorsqu’ils veulent partir pour l’Europe. Ainsi certains Africains sont arrêtés puis conduits et abandonnés dans le désert où ils sont condamnés à périr. Le droit international, la simple humanité, comme le soulignait Jean-Emmanuel Pondi, y étant totalement bafoués sans que quiconque ne s’en émeuve. Tout cela fut occulté à Durban I où certains dirigeants, certaines ONG prétendirent parler au nom de populations qu’ils ne représentaient pas.

Compte tenu de la manière de travailler en groupes régionaux utilisée à Durban, il n’est guère étonnant qu’il « n’y ait pas eu une seule miette pour l’Afrique, » expliquait en effet l’historienne Malka Marcovich qui a participé à la Conférence de Durban I. Ainsi, comment croire que « le groupe Afrique, composé de 53 pays puisse être homogène… » notait-elle, dénonçant par ailleurs la « stigmatisation d’un groupe accusé de tous les pêchés du monde, à savoir l’Occident. » Et que dire de « cet autre groupe qu’est l’Organisation de la Conférence Islamique dirigée par le Pakistan, pays où il y a une région réservée aux Talibans… » Durban 1, monde à l’envers, donc, où des pays racistes notoires faisaient la leçon à des démocraties prônant et appliquant les droits humains.
Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là.

DURBAN 2

Du 20 au 24 avril 2009 à Genève doit se tenir, en effet, une Conférence dite d’examen de Durban ou « Durban 2. » Qui s’annonce comme devant être du pareil au même. Voire pire. Avec les conséquences que l’on peut imaginer. Pour l’Occident accusé d’Islamophobie, d’avoir été esclavagiste et devant donc réparation, pour Israël accusé de tous les maux et pour tous celles et ceux dont les droits humains sont allégrement piétinés sur la planète et dont la Conférence à venir se souciera comme d’une guigne. « On n’a tiré aucune leçon du passé, » constate en effet Fodé Sylla. Et Edwige Elkaïm, modératrice, mentor du B’nai B’rith Europe, soulignait que parmi les 20 Etats organisateurs il y a, par exemple, la Libye, Cuba, le Pakistan ou l’Iran…

L’un des thèmes principaux évoqués à Durban I et qui sera repris fut, en effet, celui de « l’islamophobie, expression devenue très utilisée après le 11 septembre, » notait Barbara Lefebvre, Chargée de mission au Conseil de l’Intégration et qui, entre autres, a codirigé « Pour une Approche Comparée des Génocides. » Réaffirmant l’importance de « laïcité et liberté d’expression qui sont corrélés, » elle déplorait qu’à Durban l’on « ait fait croire que la laïcité occidentale serait antimuslmane, » voulant donc imposer de « nouvelles normes. » Ainsi la loi française contre le port de signes religieux ostentatoires à l’école était-elle présentée comme une manifestation de « racisme anti-islamique. » Par l’Iran, notamment. Quant à l’antisémitisme, Malka Marcovich remarquait qu’à Durban 1 ce phénomène avait été présenté comme un racisme contre les Arabes considérés comme les véritables et seuls Sémites.
Cette notion d’islamophobie équivalant à un racisme, était dénoncée également par Yves Kamami. Car derrière cette notion se profile une volonté d’obtenir des lois sur le blasphème, ce qui serait un énorme recul pour les démocraties.
Or, compte tenu de ce que les réunions préparatoires de Durban 2 laissent clairement présager, pour Barbara Lefebvre il est évident « qu’il faut que les Etats démocratiques tiennent bon car la laïcité est la pratique du vivre ensemble. » Un Occident qui, pour la journaliste Marie-Roger Biloa, directrice du groupe Africa, « malgré ses difficultés reste le bastion du monde libre. »
Marie-Roger Biloa estime d’ailleurs également « qu’il ne faut pas abandonner le terrain à la manipulation. » Elle évoquait à ce propos les centaines de milliers de morts et de déplacés au fil des conflits en Afrique, les « divisions ethniques, régionales, tribales, linguistiques aux conséquences inimaginables. » Et qui rendent donc nécessaire un véritable travail de fond que ni Durban I ou 2 ne semblent prêts à entreprendre. Pas plus que ne seront examinés des thèmes aussi cruciaux qu’une « radicalisation en Afrique, une montée des intégrismes, un recul des libertés des femmes, notamment dans l’Islam mais pas seulement. »

L’une des aberrations de Durban I a été l’existence d’une Conférence parallèle des ONG. Avec des « milliers d’ONG comptant autant que les dirigeants qui n’étaient pas là, parfois avec seulement trois personnes et beaucoup de moyens, » rapportait Fodé Sylla. S’étant enquis de l’origine des fonds de l’une de ces ONG il s’entendit répondre qu’elle avait été financée par Khadafi. Ce même dirigeant libyen censé parler au nom de l’Afrique. Et qui est à la tête d’un pays où les droits de l’homme sont une notion inconnue. Ces ONG seront reconduites automatiquement à Durban 2.

Autre élément faussant tout, à Durban 1 comme à Durban 2 : l’influence démesurée des pays non-alignés due au découpage du monde en groupes. C’est ainsi que « les démocraties en dehors de l’Union Européenne sont prises en otage, à l’instar du Japon  qui est dans le groupe Asie ou l’Inde, prise entre pays islamistes et Chine, » soulignait Malka Marcovich.

Israël et les Etats-Unis avaient quitté Durban I en claquant la porte. L’UE était restée et avait obtenu que le langage de la haine soit supprimé de la déclaration finale. Piètre victoire car l’UE avait cédé en retour aux exigences de l’Organisation de la Conférence islamique qui obtint qu’Israël soit le seul Etat accusé de racisme. Pour Fodé Sylla il serait souhaitable que la France et l’UE ne participent pas  à ce u’Edwige Elkaïm qualifiait de «dévoiement. » Il y va « de la dignité humaine et nous sommes tous concernés, » concluait en effet Jacques Jacubert, Président du B’nai B’rith France.

Pour lire un état des lieux des négociations pour Duran 2 de Malka Malkovich : http://durban2-geneve.blogspot.com/

 COMMUNIQUÉ DE PRESSE
 
ONU ET DROITS DE L’HOMME
LA LICRA DEMANDE A LA FRANCE
DE SUIVRE L’EXEMPLE AMERICAIN
 
La LICRA salue la sagesse de la décision des Etats-Unis de se retirer du processus préparatoire de la Conférence d’examen de Durban qui se tiendra à Genève du 20 au 24 avril 2009.
 
La délégation américaine, envoyée par la nouvelle administration Obama, est venue (dans les réunions préparatoires informelles), a vu et en a tiré les justes et inéluctables conclusions. La décision prise par Washington est pour la LICRA celle qui s’impose aujourd’hui aux pays de l’Union Européenne.
 
Les lignes rouges définies par le président de la République et la diplomatie française ont été largement piétinées et outrepassées.
 
Au regard de l’état actuel du document préparatoire final de cette Conférence, eu égard au statu quo voire à la dégradation des négociations, au vu des échecs et reculs successifs dans la préservation des libertés fondamentales et de l’impossibilité évidente d’un consensus sur « la criminalisation de la diffamation des religions » par exemple, la LICRA encourage vivement la France à suivre l’exemple américain et à quitter la table des négociations.
 
 

LIGUE INTERNATIONALE CONTRE LE RACISME ET L’ANTISEMITISME
Organisation Non Gouvernementale dotée du statut consultatif spécial  auprès  du Conseil économique et social de l’ONU et du Conseil de l’Europe
Siège central : 42, rue du Louvre 75001 PARIS Tél : 01 45 08 08 08  Fax : 01 45 08 18 18
 

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