16 mai 2021

La peine de mort en Iran : une politique de la terreur(up to date)

Roxana Saberi est libérée après un réexamen de sa condamnation à l’issue d’un procès ayant duré moins d’une heure…et la campagne menée, entre autres par Reporters Sans Frontières, qui avait recueilli la signature de personnalités comme Elisabeth et Robert Badinter.

Toutefois, pour éviter qu’une telle campagne soit organisée, les autorités iraniennes ont fait pendre une jeune femme, Delada Darabi, dont la culpabilité n’avait pas été prouvée et qu’on accusait d’un meurtre commis alors qu’elle avait 17 ans. Pendaison alors que quelques jours plus tôt les autorités iraniennes avaient promis de susrseoir de deux mois à son execution.

Le 28 avril la FIDH présentait un rapport accablant sur la situation des Droits de l’Homme et notamment l’application de la peine de mort dans la République islamique d’Iran, avec l’intervention de Robert Badinter qui commença et mena à son terme le combat contre la peine de mort en France en tant que Garde des Sceaux, de Karim Lahidji, juriste en exil en France, Président de la Ligue pour la Défense des Droits de l’Homme en Iran, ayant fait l’objet d’un mandat d’arrêt iranien de ce fait, vice-Président de la FIDH depuis une dizaine d’années et le comédien Charles Berling, militant des Droits de l’Homme de longue date, qui a, entre autres, interprété Robert Badinter pour la télévision.

Rappelant que « les Droits de l’Homme sont universels et indivisibles, » Robert Badinter soulignait à quel point il a été « particulièrement indigné lors de Durban II » en « entendant Ahmadinejad donner des leçons au nom des Droits de l’Homme, » alors que la situation en République islamique d’Iran « y est la plus préoccupante, » l’Iran étant « le pays où il y a le plus de violations en matière de justice, où les droits de la défense sont méconnus, où il y a la plus grande proportion d’exécutions d’enfants, où la peine de mort est prononcée à l’encontre de minorités discriminées et persécutées, avec des modalités d’exécutions qui révoltent, se font en public et même devant des stations de télévision. » Robert Badinter s’insurgeait également contre les lapidations encore pratiquées, décrivant comment la dimension des pierres lancées contre des personnes enterrées en grande partie « est déterminée pour ne pas tuer tout de suite. » Un état des lieux qui « leur interdit de donner des leçons des droits de l’Homme à quiconque. » D’autant que l’Iran ne respecte même pas les diverses Conventions internationales qu’il a signées, comme le Pacte des Droits civils de l’ONU.
Il déplorait donc qu’à Genève pour la Conférence de suivi de Durban « l’Union Européenne n’ait pas répondu d’une seule voix, » alors que « c’est dans cette région du monde que les Droits de l’Homme sont les mieux répartis et où il n’y a plus la peine de mort. »
En parallèle, il faisait un bilan de la situation générale concernant la peine de mort, constatant que sur les « 198 Etats aux Nations unies 137 sont abolitionnistes et qu’il y a un panorama prometteur… même en Chine où il y a progrès du mouvement abolitionniste. » Il estime que « la peine de mort sera supprimée dans tous les Etats américains d’ici 15 ans au maximum. » Alors « qu’en revanche, il reste une inquiétude majeure avec les Etats islamiques intégrés parmi lesquels l’Iran se distingue et où la peine de mort connaît une énorme inflation. »
Les chiffres donnés dans ce rapport sont éloquents. Ainsi en 2007 il y a eu 317 exécutions connues, soit une augmentation de 200% par rapport à 2006 et de 4 fois plus qu’en 2005. Pour les 3 premiers mois de 2009 il y a d’ores et déjà eu 120 exécutions connues. Chiffres qui dénotent « une affirmation de plus en plus forte du droit à ces exécutions et un élargissement du champ d’application avec des critères révélateurs de l’état de la société iranienne, » notait Robert Badinter. En effet, la peine de mort y est désormais prononcée et appliquée « pour des vols aggravés, le trafic de drogue, la sûreté intérieure de l’Etat – ce qui est totalitaire-, en matière de mœurs, tout ce qui constitue une rupture avec les principes de la Sharia selon l’interprétation de l’Iran : l’adultère, la sodomie entre adultes consentants, les pratiques homosexuelles, entre adultes consentants, les atteintes au dogme religieux : hérésie ou apostasie. » Il en va de même pour les activités syndicales « réprimées, elles aussi, » notait Karim Lahidji.
Qui indiquait que toujours selon la Sharia, version iranienne, dans le code pénal le « prix du sang d’une femme vaut la moitié du prix du sang d’un homme, autrement dit le prix du droit à la vie pour une femme est de la moitié de celui d’un homme, ce qui est la même chose en matière d’héritage, entre autres. » Il soulignait également qu’en Turquie ou au Sénégal, pays musulmans, « il n’y a pas de peine de mort. »
A ce propos Robert Badinter annonçait une initiative importante dans le domaine de la théologie musulmane et de l’interprétation de la Sharia. Estimant, en effet, que « ce sont les musulmans eux-mêmes qui doivent prendre position en matière de dogme religieux, » il va réunir des penseurs musulmans, des docteurs en théologie, pour effectuer ce travail nécessaire. Car, dit-il, « après le 11 septembre, les Droits de l’Homme se sont fractionnés. » En matière de Sharia, certes. Mais il y avait eu auparavant des Droits de l’Homme version communiste ou aujourd’hui version chinoise.
La fermeture du Cercle de défenseurs des Droits de l’Homme auquel appartient l’avocate et militante des Droits de l’Homme, Prix Nobel de la Paix, Shirin Ebadi, et le saccage de son cabinet ont également été mentionnés.
La meilleure façon de lutter contre une situation qui « offusque et outrage » est, selon Robert Badinter, d’en faire état.
Analyse que partage Charles Berling, se définissant comme un « citoyen alarmé, révolté, concerné par tout ce qui se passe en Iran, » où il est impératif, dit-il, que l’on sache que « dans le monde les gens sont conscients et gardent les yeux ouverts, » ajoutant que « cela serait très sérieux si les citoyens ne réagissaient pas, entérinant la situation de ce fait. » Et il faut apporter « un soutien effectif à la population iranienne. » 
Karim Lahidji soulignait, pour sa part, que « les pendaisons en série, montrées à la télévision, les coups de fouets sont autant de moyens d’intimidation. » Tout comme « les centaines de femmes militant pour des droits égaux ou les étudiants emprisonnées, les journaux fermés, les procès à huit-clos avec des avocats commis d’office. » Quant au sort des Bahaï, qui ne « sont pas reconnus dans la constitution iranienne, 9 de ses dirigeants ont été arrêtés pour espionnage et on est en attente d’une date pour leur procès, un peu plus de 200 Bahaïs ont été exécutés par le passé et deux mineurs ont été exécutés. » Et, à l’heure actuelle « 120jeunes sont dans le couloir de la mort. »
Il faisait état des nombreuses tentatives faites auprès de divers représentants iraniens pour tenter d’améliorer la situation restées vaines.
Le troisième Secrétaire de l’ambassade d’Iran à Paris est intervenu longuement, non pas pour poser des questions dans cette conférence de presse organisée au CAPE, mais pour se faire l’avocat de la République islamique d’Iran, prétendant, par exemple, que 80 % des personnes exécutées en Iran sont des trafiquants de drogue et que si l’Iran leur ouvrait les portes tout l’Occident serait drogué. Il ajoutait que l’état des prisons en France pousse au suicide et donc pire que celle des prisons iraniennes. Robert Badinter lui demandait alors de laisser 3 observateurs militants des Droits de l’Homme visiter des prisons iraniennes de leur choix. Le Secrétaire conseillant alors de déposer une demande auprès des autorités compétentes à Téhéran. Ce qui a déjà été fait et est resté sans réponse répliquait Karim Lahidji.
Par ailleurs, Reporters Sans Frontières fait actuellement signer une pétition en faveur de la journaliste américano-iranienne, qui vient d’être condamnée à huit ans de prison après un procès expéditif à huit-clos, pour soi-disant espionnage et a entamé une grève de la faim dans la foulée de sa condamnation.
Le rapport de la FIDH est disponible sur http:www.fidh.org/-Iran-

A noter que les deux organisations citées ci-dessus sont généralement très critiques d’Israël, ce qui n’empêche pas de les rejoindre sur l’Iran, compte tenu de tous les témoignages entendus à Genève à l’occasion de Durban II.

2 réflexions sur « La peine de mort en Iran : une politique de la terreur(up to date) »

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