13 août 2020

Lu sur la Tribune de Genève:

CISJORDANIE | Une certaine détente se fait jour dans la ville qui passait en Israël pour être une «usine à terroristes». L’accalmie reste fragile.

Naplouse

© NASSER ISHTAYEH/AP/18 juillet2009 | La plus grande «knéfé» du monde, une spécialité de Naplouse, un gâteau de 74 mètres de long pour 1,10 mètre de large, a été confectionnée récemment. Des policiers palestiniens la surveillent, eux qui ne sont désormais plus tenus de rentrer dans leurs casernes passé minuit pour laisser le champ libre aux soldats.


KARIM LEBHOUR NAPLOUSE | 22.07.2009 | 00:02

Le changement est spec­taculaire. Au barrage d’Hawara, le «verrou» de Naplouse à l’entrée de la ville, les voitures palestiniennes passent sans contrôle, sous le regard indifférent des soldats israéliens. Quelques semaines auparavant, seuls les conducteurs munis d’autorisation pouvaient emprunter ce checkpoint, réputé l’un des plus tendus de Cisjordanie.

Cadenassée depuis 2000, Naplouse fait partie, avec Jéricho, Qalqilya et Ramallah, des villes palestiniennes «test» autour desquelles l’armée a allégé les restrictions de circulation. Surnommée «l’usine à terroristes» par les porte-parole israéliens, Naplouse retrouve un semblant de normalité.

«L’Intifada est terminée»

Symbole de ce renouveau, Cinema City, une salle flambant neuve, vient d’ouvrir ses portes dans le centre-ville. Le dernier cinéma avait fermé ses portes en 1987, au déclenchement de la première Intifada.

«L’Intifada est terminée! Les gens veulent se divertir et passer du bon temps», assure Raja el-Taher, chargée des relations publiques pour Cinema City.

La veille, pour la première fois depuis neuf ans, cette femme élégante de la bourgeoisie est allée à Ramallah au volant de sa voiture. «Je n’arrivais pas à le croire. Les soldats ne m’ont ni arrêtée ni demandé mes papiers. Ils étaient même souriants», dit-elle avec un large sourire.

L’armée israélienne continue de procéder à des arrestations, mais les militaires limitent leurs incursions dans les grandes villes palestiniennes. Les policiers palestiniens ne sont plus tenus de rentrer dans leurs casernes passé minuit pour laisser le champ libre aux soldats et font preuve de sévérité. «Ils mettent des amendes si on ne boucle pas sa ceinture de sécurité. Vous vous rendez compte?» s’étrangle un chauffeur de taxi.

Les shebab (jeunes) qui rackettaient les commerçants de la ville sous couvert de «résistance» ont disparu. Les militants qui n’ont pas été tués par les commandos israéliens ont déposé les armes.

«Les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa (ndlr: la branche militaire du Fatah) ont été liquidées par Israël. La police palestinienne a retenu la leçon des années 2000: aucun groupe armé ne doit être autorisé, analyse un travailleur social. Les Israéliens, ajoute-t-il, savent qu’ils n’ont plus grand-chose à craindre de Naplouse. Au fond, on ne fait que revenir à la situation d’avant l’Intifada, rien de plus.» Le danger, poursuit-il, est de voir l’amélioration se limiter à un assouplissement de l’occupation, sans déboucher sur la création d’un Etat palestinien.

«C’est une période de grâce, mais la situation reste très fragile, ajoute, lucide, Farouk el-Masri, un étudiant. Les Israéliens tiennent toujours les clés. Un incident peut tout mettre par terre.»