11 août 2020

Je mets le feu donc je suis

Je ne veux pas seulement parler des inconduites des voyous. La réaction des médias, comme l’a montré André Glucksmann (« Je mets le feu donc je suis » "Rz" 279, 30.11.2005 r.), révèle une maladie plus profonde.

Il n’y a pas si longtemps de tels actes de vandalisme eurent rencontré une réprobation unanime et sans équivoque. Ensuite viendrait une discussion sur les difficultés des auteurs de ces actes. Or aujourd’hui c’est le contraire qui a lieu.

Le mal n’est pas nommé comme tel. L’auteur (A.G.) décrit cependant un phénomène beaucoup plus redoutable. :
« C’est précisément en France que les incendiaires apprennent qu’être fort c’est savoir nuire. Plus tu casses, plus tu comptes».

Notre héritage, celui de nos ancêtres a une dimension matérielle et spirituelle. Nous avons aussi hérité du commandement accepté de manière universelle : « Tu ne tueras point ». Les irruptions constantes vers les bas-fonds sont acceptées au nom du slogan de la liberté d’expression. Dans ce cadre-là chacun peut nuire à sa guise : « … être fort veut dire savoir nuire. Plus tu casseras, plus tu compteras à leurs yeux ». C’est la source de la pleine forme des minorités luttant pour leurs droits. Toutefois les évènements de France indiquent que la vague de nihilisme va plus loin : les bandits y ont aussi tué.

Où sont les manifestations de protestation ? Que feront les bandits affublés de l’étiquette de victimes demain ? La société de l’Ouest est de plus en plus désarmée face au nihilisme. Le novembre français devrait servir de signal d’alarme. Aujourd’hui pour être connu il suffit d’exhiber ses organes génitaux ou bien de brûler une voiture. Se trouvera toujours quelqu’un pour s’exhiber et un autre pour le justifier.

Je peux toujours écrire de telles lettres jusqu’à la fin de mes jours, personne n’y prêtera attention. Si j’enlevais la culotte et si je courais de la Gare Centrale jusqu’au Palais de la Culture (je n’aime pas les longues distances), je peux parier que je serais le héros médiatique de la journée. Si de plus en chemin j’invitais une femme à copuler, ma gloire serait prolongée d’une semaine. Ensuite, en tant que victime de l’oppression, un avenir radieux me serait promis. Hélas, tout porte à croire que l’avenir appartient aux vandales. Ils s’en reviennent en Europe. Ils nous font des petits signes de nos écrans de télévision.

Le slogan de demain : « Vandales de tous les pays, unissez-vous ! » Voilà ce qui nous attend.

Lettre d’un lecteur, Dariusz Skretowski, Pruszków [Pologne]
publiée par Rzeczpospolita en novembre 2005, (en réponse à l’art. de Glucksmann du 30 nov.), et traduite par Irène Elster.