27 septembre 2022

Le double jeu du Pakistan

L’appui du "pays des purs" fut notamment décisif lors de l’opération "Liberté immuable" en Afghanistan en permettant aux forces américaines de mettre rapidement en déroute le régime taliban. Cette tendance fut a priori confirmée lors d’un discours contre l’extremisme islamique prononcé le 12 janvier 2002 par Pervez Musharraf. Lors de cette intervention publique marquante, le général-président avait en effet réaffirmé son intention de combattre le terrorisme musulman et de rétablir l’Etat de droit dans les milieux fondamentalistes pakistanais.

Cependant, malgré cet alignement sur la politique anti-terroriste américaine, le Pakistan et son président sont accusés de faire preuve d’une certaine pusillanimité, voire de pratiquer un réel double jeu derrière des déclarations officielles apparamment sans ambiguïté. Plusieurs éléments confortent cette impression.

Tout d’abord, bien qu’ayant arrété plusieurs centaines d’extremistes, le gouvernement pakistanais n’a jamais mis au pas les réseaux islamistes; les 11.000 madrassas qui parsèment le pays, avec leur 1.5 millions d’étudiants, demeure une source inextinguible de fondamentalistes. « 18 % [d’entre eux] proviennent des madrassas » selon Aftab Ahmed Sherpao, le ministre de l’Intérieur. Le budget de l’ensemble de ces établissements d’études coraniques est par ailleurs équivalent à celui de l’Education nationale pakistanaise. Un pas semblait pourtant avoir été fait l’été dernier avec l’annonce par le président Musharraf du départ des 3.500 étudians étrangers du pays. Or la réalité est toute autre; la loi est loin d’être appliquée et nombre d’étrangers poursuivent leurs études islamiques sur le territoire pakistanais.

Ensuite, le pouvoir central n’a jamais véritablement tenté de soumettre les zones tribales frontalières de l’Afghanistan, devenues de véritables bases arrières pour les combattants islamistes qui affrontent les forces américaines, internationales et afghanes. Nombreux ont été les ex-talibans qui ont pu trouver refuge et soutien logistique dans ces zones à majorité patchoune, l’éthnie des talibans, où le gouvernement pakistanais n’a aucune influence. Les quelques interventions très médiatisées des forces de sécurité n’ont en fait constitué que des manoeuvres d’appaisement vis à vis des Etats-unis qui reprochent à Musharraf son inaction. Les forces américaines ont été dans l’obligation de mener dans l’ombre plusieurs opérations contre des cibles islamistes au Pakistan, dont la dernière en date a d’ailleurs soulevé l’indignation de la population .

Par ailleurs, il faut également mentionner la grand clémence dont a fait preuve le général-président à l’égard d’Abdul Qader Khan, "le père de la bombe islamique", à l’origine de transferts de technologie nucléaire militaire à destination de la Corée du Nord, de la Libye et de l’Iran.

Enfin, il est nécéssaire de souligner la collusion entre une fraction des forces de sécurité pakistanaises et les milieux islamistes. Les hautes sphères de l’armée et les fondamentalistes ont en effet noué des liens étroits depuis l’invasion soviétique en Afghanistan; les madrassas constituaient alors le fer de lance de l’institution militaire. Ainsi l’I.S.I., le puissant service de renseignement pakistanais, coopère-t-il depuis fort longtemps avec les groupes islamistes, notamment dans sa lutte contre le frère ennemi indien.

Pervez Musharraf devra donc certainement faire un véritable choix dans un futur proche, son double jeu étant largement critiqué des deux côtés. En effet, l’hostilité des groupes islamistes à son encontre ne cesse de croître et les Etats-unis, qui fournissent une aide considérable au régime pakistanais, commencent également à s’impatienter. L’hyprocrisie a dernièrement atteint un summum avec la déclaration du général-président selon laquelle les Etats-unis ne devraient plus procéder à des frappes au Pakistan sans son accord. Ce alors que les services pakistanais ont selon toute vraisemblance participé indirectement à l’opération.

Le "pays des purs" constitue une zone stratégique tant pour les Etats-unis que pour leurs adversaires islamistes. Le choix de Musharraf aura des répercussions décisives dans la lutte contre le terrorisme musulman et déterminantes pour l’avenir du sud asiatique.


source: Ordre 66

27 janvier 2006

 

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