28 janvier 2023

Santé:et si Obama avait tout faux?

Lu sur le site du Monde :  "Ses opposants étaient, au mieux, pourris (payés par les assurances privées) ou racistes, comme le suggérait la une de Libération. Voilà, en résumé, les termes du débat tels que présentés en France, sur la réforme du système de santé aux États Unis.

En écho légitime à l’extrême subtilité de cette présentation  –nous avons d’ailleurs droit à une sorte de  remake avec l’affaire Polanski-  beaucoup de Français ont exprimé  leur totale incompréhension, voire leur désarroi, devant la réaction de nombreux citoyens étatsuniens,  majoritaires à rejeter la réforme Obama.

Comme à l’habitude, de nombreux aspects de la vérité doivent se rechercher dans une vision plus large et complète et, en tout cas, sont méprisés par notre indécrottable sélection idéologique des faits. En outre, ce débat nous tend un miroir salutaire mais que nous allons probablement ignorer.

Le message, que les opposants à Obama exprimaient souvent de manière caricaturale, voire inadmissible, consistait à refuser une dérive « socialiste » et « totalitaire ».

Ce message, loin de devoir être écarté d’un revers de main dédaigneux, mérite attention.

D’un point de vue de citoyen, j’invite les courageux et rares lecteurs qui tomberont par hasard sur cette chronique, si elle passe la relecture de la rédaction du Monde, à rendre visite à leur armoire à pharmacie. Spectacle consternant de médicaments, pour moitié périmés, prescrits à tour de bras et achetés in petto, sans vérification préalable (« n’en ai-je pas déjà ? » ), sans limitation (par boites entières quand, dans tant d’autres pays, on ne délivre que la quantité précisément prescrite), puisque remboursés à coups de déficits.

Les Français, premiers consommateurs de médicaments dans le monde ? Oui et non : premiers acheteurs certes mais ce sont les poubelles et les égouts qui « consomment ». Les écologistes restent muets sur ce système éminemment polluant : sans doute un conflit d’intérêt idéologique avec leur culture d’irresponsabilité et de gabegie socialiste.

En quoi ce système contribue-t-il à un développement durable?

D’un point de vue économique, il faut être doté d’une solide paire d’œillères idéologiques, pour ne pas rapprocher ce débat outre atlantique d’une information récente nous rappelant, à nous Français, le déficit abyssal des comptes de la Sécurité sociale. Un économiste avait, il y a quelques années, rapproché la forte croissance des dépenses de santé de celle, nettement plus faible, de notre économie. Il avait ainsi calculé la date et l’heure où chaque euro gagné par les Français ne serait plus consacré qu’à les « soigner » –plus rien ne restant pour manger, se loger, bref, pour vivre.

Développement durable se dit en anglais développement « soutenable ». En quoi le système français est-il soutenable?

D’un point de vue politique enfin, une fois de plus le débat n’est pas où l’on nous oblige à le voir, entre « privé » et « public » (comme pour la Poste d’ailleurs), entre « solidarité » et « égoïsme », entre « état » et « trusts capitalistes », bref entre « gauche » et « droite ». Ce débat là pue le rance (et la France) à plein nez. Il nous asphyxie, il nous mène à notre perte.

Il nous suffit pour nous en convaincre de regarder tout près, du côté de nos voisins suisses, ce que font d’ailleurs un nombre croissant de (quelques) Républicains et de (nombreux) Démocrates étatsuniens (oui, le propre camp d’Obama) (*). On y verra un système solidement ancré sur l’entreprise et l’assurance privée ET sur des lois organisant, obligeant et contrôlant avec rigueur ces acteurs dans le sens de la solidarité ET du choix, de l’économie ET de la qualité, de la liberté ET de la responsabilité, produisant le système de santé de couverture universelle le plus efficient de la planète.

Car pour le système de santé comme pour tout service public, c’est-à-dire un service tourné vers les intérêts du public et non vers la perpétuation de rentes corporatistes enkystées dans des monopoles bureaucratiques de type soviétique (à l’image de trop de « services publics » à la française), ce sont les individus qui doivent agir, créer et produire, et l’Etat qui doit encadrer, légiférer et contrôler.

Pas l’inverse.

C’est cela qu’Obama a peut être oublié et que certains de ses concitoyens lui rappellent.

(*) Pour les lecteurs anglophones, lire l’article de l’IHT du 1eroctobre http://www.nytimes.com/2009/10/01/health/policy/01swiss.html?_r=1&hpw

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