26 janvier 2022

Hulot, tu nous fatigues!

Lu sur le blog de Philippe Bilger Justice au singulier :

Son visage sympathique est trompeur : on sent que l’apocalypse à venir, dont il nous rebat les oreilles depuis la dernière élection présidentielle, l’emplit de joie car elle le place sur le devant de la scène politique et médiatique et offre le grand mérite de nous faire peur. Chez Nicolas Hulot, il y a quelque chose qui relève de l’écologiste fouettard.

D’abord, on le voit trop, on l’entend trop, il occupe trop de place dans les quotidiens et les magazines (Le Monde, Le Figaro Magazine, Le Parisien, Le Nouvel Obs, Le Journal du Dimanche, Metro). La saturation ne me guette pas, je l’éprouve dans son intensité surabondante. Je quitte Paris, Nicolas Hulot ne me quitte pas. Je reviens, j’allume la radio, sa voix sur France Inter m’annonce des catastrophes. Je lui suggère une cure d’effacement et de silence. Il me semble qu’on a compris son message, qu’il fasse trembler ou non.

Surprenant comme dans notre pays on constate, à intervalles réguliers, l’apparition de "Savonarole du pauvre". On a eu Alain Finkielkraut, dans sa période de légitime vitupération sociétale et éducative. Courtisé par les médias, il en profitait pour diffuser avec lucidité une aigreur démocratique. Maintenant, Nicolas Hulot a pris la suite. Il ne se contente pas de l’état intellectuel et moral de la France, il prend en charge la planète et sur un ton chaleureusement comminatoire nous enjoint de respirer avec mauvaise conscience. Il ne supporte plus de nous deviner bêtement heureux, malgré tout. Pour l’homme ordinaire, la félicité se conquiert contre les malheurs du monde. Pour Hulot, ces derniers, qui sont nombreux et bouleversants, doivent entrer dans notre cuisine. Il est hors de question de se mettre à l’abri même de ce sur quoi on n’a nulle prise. Il faut boire l’écologie jusqu’à la lie. L’hallali résonne sans cesse dans nos oreilles. Savonarole au petit pied et au verbe assuré, il délivre des sermons et, à l’écouter religieusement, on s’étonne qu’une part de l’humanité n’ait pas déjà décidé de se supprimer ou choisi de revenir aux temps confortables et écologiquement purs de l’âge de pierre. Ces vocations de prêcheur pourraient être drôles, elles finissent par être lassantes. Le pire adviendra un jour, c’est sûr, mais la décence ne serait-elle pas de nous en épargner à chaque seconde de notre existence le récit fantasmé ? Le clergé laïque ne m’a jamais enthousiasmé.

Sur le fond, qui peut réellement soutenir que derrière la musique crépusculaire il a parfaitement saisi la portée des paroles ? Effet de serre et réchauffement climatique, développement durable, taxe carbone (un président de la République qui le prend au tragique vaut largement une infinité de citoyens qui au bord du gouffre continue à se divertir), désertification, surpopulation, combien de thèmes ressassés aujourd’hui qui au mieux constituent un vague et lancinant accompagnement dans notre quotidien, au pire un insupportable bruit de désastre qui à la longue nous émeut moins qu’il ne nous fait rire, bizarrement ! Le tocsin qui sonne en permanence a en effet comme conséquence perverse de créer, au sein de la société, une indifférence mais nerveuse, agitée, sans qu’on puisse espérer l’ombre d’une véritable prise de conscience. Cette manière qui n’est pas loin d’un processus totalitaire, comme le souligne Daniel Cohn-Bendit dans Marianne, au lieu de nous entraîner doucement vers les pays désirés, nous en écarte. L’injonction, pour être républicaine, n’est tout de même pas le meilleur moyen pour mobiliser. On fuit, alors, plus qu’on n’adhère.

Pas seulement parce qu’à la longue nous serons tous morts, selon la formule célèbre de Keynes.

 Aussi, et c’est plus sérieux, en raison du fait qu’à tort ou à raison l’écologie, passion extrême, semble moins prioritaire pour le commun des citoyens que les drames lourds, immédiatement tangibles, destructeurs sur-le-champ, que l’univers secrète pour son plus grand malheur : guerres, famines et indignités politiques. L’obsession environnementale est devenue un culte pour les uns et une formidable opportunité pour les autres, notamment les politiques : elle cumule le mythe de l’avenir radieux parce qu’appauvri avec les méfaits d’une crise qui, elle, ne se laisse pas aisément maîtriser. Elle panse aujourd’hui avec demain, l’ensemble demeurant assez flou pour n’imposer rien de déterminant.

 Enfin, puis-je, sans légitimité particulière, suggérer à Nicolas Hulot de changer de ton pour nous donner envie d’accomplir de petits pas vers un mode de vie plus sain, plus économe ? Je n’irais jamais faire de mon quotidien une sorte de pensum domestique où le moindre élan devrait être aboli parce qu’à tout instant le poids du destin mondial pèserait sur mes épaules. Mais il y a une marge. Il y a, j’en suis persuadé, une écologie pour honnêtes gens. Pourquoi Hulot n’aurait-il pas l’habileté et la sagesse de  ces médecins non spécialisés dans la diététique qui, pourtant, vous convainquent bien mieux de la nécessité d’un régime acceptable que les diététiciens les plus rigides qui vous en dégoûtent ? Il est clair qu’on n’a pas envie d’un avenir encore plus sombre avec le remède qu’avec le mal. Un peu d’humanité ne nuirait pas.

Je déteste ces bonnes idées qui se dégradent en idéologie. Premier conseil : que Nicolas Hulot nous laisse un peu vivre et rabâche moins !

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