11 août 2020

Les suites du Climategate(II)

Le Professeur Pietr Chylek, éminent chercheur et chef d'équipe au Los Alamos National Laboratory ( New Mexico, USA) n'est pas un chylek inconnu pour ceux qui ont lu attentivement le contenu de ce site. Spécialiste reconnu de la physique atmosphérique (notamment des transferts radiatifs) des aérosols et des glaces polaires, il a publié de très nombreux articles "peer-reviewed" (souvent dans le JGR ou GRL) qui contredisent frontalement les thèses du GIEC (voir ici et ici). En particulier, celui que j'ai commenté dans cette page, montre que le refroidissement des années 1945-1976 ne résulte pas des aérosols comme le prétendait le GIEC, et que la fonte actuelle des glaciers du Groenland et de la glace arctique résulte de l'oscillation naturelle AMO (Atlantic Multidecadal Oscillation) et non pas du réchauffement climatique tout comme l'ont d'ailleurs déclaré récemment Mojib Latif lors du WCC3 et Keenlyside dans un article récent que j'ai commenté ici. (Ces deux derniers auteurs participent activement au GIEC).

 

 

Suite au Climategate (comme disent les anglophones : l'affaire des courriels et des données du CRU rendues publiques), Petr Chylek a jugé utile de publier une lettre ouverte à la communauté des climatologues dont il fait partie intégrante, depuis fort longtemps. Cette lettre est assez longue. Vous trouverez le texte intégral dans le lien ci-dessus. En voici quelques extraits marquants, traduits en français :
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Petr Chylek : Lettre ouverte à la communauté des climatologues.
Samedi, 05 Décembre 2009

NDT : Petr Chylek introduit sa lettre en rappelant le piratage des emails du CRU. Il précise que ses propres échanges de emails avec Phil Jones étaient purement techniques et n'ont pas été révélés, à sa connaissance. Dans un second paragraphe Petr Chylek rappelle qu'il publié son premier papier en relation avec le climat dès 1974 (c'est à dire, il y a 35 ans, ce qui en fait un vétéran du domaine). Il cite quelques uns de ses anciens élèves qui ont percé dans cette branche ainsi que les nombreuses sociétés savantes dont il est "fellow", c'est à dire, membre élu. Avec un zest d'ironie, il précise "qu'il est honoré de figurer depuis quelques années dans la liste noire des climatosceptiques du Wikipedia (de William Connelly de Real Climate)(sic)". Je rappele que RealClimate est le site fondé par Michael Mann, l'inventeur de la crosse de hockey, largement impliqué dans le climategate.
Petr Chylek poursuit :

"Pour moi, la science est la recherche de la vérité, le chemin sans fin pour trouver comment les choses sont organisées dans ce monde pour qu'elles fonctionnent comme elles le font. Cette recherche n'est jamais achevée."yannOK


Il semble que la communauté de la recherche climatique a trahi cet objectif primordial de la science. A la recherche de la vérité, ils ont substitué une tentative visant à prouver un point de vue. Il semble que quelques uns des leaders les plus connus de la communauté de la recherche climatique, tels les prophètes de l'Ancien Israël, ont cru qu'ils pouvaient voir le futur de l'humanité et que la seule chose qu'il leur restait à accomplir était de convaincre ou de forcer tous les autres à accepter et à suivre. Ils ont presque réussi dans cette tentative.

Oui, il y a eu des cas de malversation et de fraude caractérisée commises par des scientifiques dans d'autres domaines : En physique, en médecine et en biologie pour en citer quelques uns. Mais il s'agissait de malversations d'individus isolés, et non pas d'une partie considérable d'une communauté scientifique. "

NDT : Petr Chylek reconnaît ensuite que la science climatique a fait des progrès significatifs lors des dernières décennies et il cite, en particulier, l'établissement des bases de données du GISS et du HadCRUT. Il ajoute qu'il ne pense pas que ces travaux seront affectés par les révélations des email du CRU. Il considère que c'est un des trois piliers qui supportent l'hypothèse (sic) du réchauffement climatique anthropique et il considère que ce pilier est solide (NDT : ce qui ne fait pas l'unanimité, loin de là, notamment pour le GISS, (voir les remarques ci-dessous). Chylek poursuit :

" Cependant, les deux autres piliers sont beaucoup plus sujets à controverses.
De manière à faire porter la responsabilité du réchauffement climatique actuel par les hommes, il y avait la nécessité ressentie comme telle, de "prouver" que la température moyenne du globe est plus élevée qu'elle ne l'a jamais été pendant n'importe quelle époque de l'histoire récente (les quelques derniers milliers d'années). Cet objectif est l'un des principaux sujets des emails du CRU qui ont été révélés.

Certaines personnes étaient si désireuses de prouver ce point-là que cela a pris le dessus sur l'honnêteté scientifique. L'étape suivante consistait à montrer que cette "température élevée sans précédent" devait résulter d'une croissance du taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère résultant de le combustion des carburants fossiles.

Le fait que les modèles (NDT : GCM) de circulation générale océan-atmosphère soient incapables d'expliquer la hausse de température après 1970, par des forçages naturels a été interprété comme une preuve que celle-ci était causée par les humains. Il est plus logique d'admettre que les modèles ne sont pas encore assez bons pour tenir compte de la variabilité naturelle (et, en vrai, que comprenons-nous des aérosols, des nuages et de la circulation des océans ?), même si nous pouvons être tous d'accord sur le fait qu'une portion du réchauffement observé après 1970 est due à une augmentation de la concentration du CO2 atmosphérique.

Ainsi, deux des trois piliers du réchauffement global et du paradigme du dioxyde de carbone sont exposés à une remise en question. Le mal a été fait. La confiance du public envers la science du climat a été érodée. Au moins, une partie du rapport du GIEC de 2007 a été remise en question Nous ne pouvons pas rejeter le blâme sur quelques individus irresponsables. La communauté entière des chercheurs sur le climat qui bénéficient de l'estime, doit en prendre la responsabilité. Certes, il y a aura toujours quelques négateurs et des gens pour faire de l'obstruction.

Alors que va-t-il se passer maintenant ? Cessons de proférer des affirmations injustifiées et des prévisions exagérées même si les éditeurs de certains journaux éminents sont impatients de les publier. Admettons que notre compréhension du climat est moins parfaite que ce que nous avons essayé de faire croire au grand public. Modifions profondément ou suspendons temporairement le GIEC. Retournons au travail.

Encourageons nos étudiants à suivre leur propre cheminement de pensée plutôt que de les obliger à répéter comme des perroquets les conclusions du GIEC. Ouvrons les portes des Universités, du NCAR (NDT : National Center for Atmospheric Research), de la NASA et des autres institutions de recherche (et des agences qui financent) aux membres des facultés et aux chercheurs qui pourraient être en désaccord avec le paradigme actuel du dioxyde de carbone.

Seule une discussion ouverte et un recherche acharnée de toutes les possibilités nous permettra de reconquérir la confiance du public et d'aller de l'avant.

Cordialement,
Petr Chylek
Laboratory Fellow, Remote Sensing Team Leader, ISR-2 MS-B244
Los Alamos National Laboratory"
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Quelques observations : En réalité et contrairement à ce que qu'affirme le " Wikipedia de William Connelly de Real Climate)(sic)" Petr Chylek n'est nullement un sceptique. Il est tout simplement un chercheur honnête et consciencieux. Il se trouve que plusieurs de ses travaux dont, notamment celui que j'ai analysé ici, remettent gravement en question les déclarations alarmistes proférées par ses collègues. Chylek se contente d'ailleurs de publier les résultats de ses recherches, sans prendre parti.
Sa déclaration sur le "premier pilier" dans laquelle il affirme sa confiance dans les données de température du GISS et du HadCRUT est en désaccord total avec un certain nombre d'analystes (comme Steve McIntyre qui a fait corriger quelques erreurs manifestes dans les données du GISS ou Anthony Watts qui a étudié de près les performances (désastreuses) des stations de mesures terrestres aux USA qui servent de bases aussi bien au GISS qu'au HadCRUT.
A noter que Chylek, tout comme Mike Hulme dans le texte suivant, recommande une refonte profonde du GIEC si ce n'est sa suspension.
Bien que nettement moins subtil et "British" que le texte de Mike Hulme mais qui est tout aussi acerbe, la lettre ouverte de Petr Chylek est extrêmement critique sur la démarche suivie par certains des ses collègues et qui a été popularisée par les grands médias et les politiques.

Enfin la phrase de Chylek : " Cessons de proférer des affirmations injustifiées et des prévisions exagérées même si les éditeurs de certains journaux éminents sont impatients de les publier" en dit long sur l'influence considérable que peuvent exercer certaines revues (notamment celles que Roy Spencer appelle "grises" comme Science et Nature) sur la propension des éditeurs à publier, de préférence, des résultats alarmistes.

Il est probable que Petr Chylek, scientifique "mainstream" et considéré comme un vétéran du domaine, n'aurait pas pris le risque d'écrire cette lettre ouverte à ses collègues s'il avait pensé qu'une majorité d'entre eux seraient en désaccord avec lui. A mon avis, il est fort possible qu'une fraction importante de la communauté des scientifiques du climat partagent au moins, en partie, l'analyse de leur collègue du Los Alamos. C'est rassurant.


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