18 septembre 2020

Aucune valeur scientifique au Résumé Exécutif

12 Février 2010 : Le Dr. Andrew A. Lacis est physicien spécialiste des aérosols au GISS. Il est un proche collègue et membre de l'équipe de James Hansen au Goddart Institute for Space Science (GISS) de la NASA. De fait, Lacis est loin d'être un "climatosceptique", comme l'on dit.

lacis

Lacis est aussi un physicien rigoureux qui pense, comme beaucoup de chercheurs, que le rapport scientifique du GIEC devrait d'abord et avant tout, l'être. C'est à dire qu'il devrait être exempt d'interférences politiques et servir uniquement à faire le point sur les connaissance scientifiques.
Or, comme chacun le sait (du moins à l'étranger), le
Rapport AR4 2007 du GIEC fait, depuis deux mois environ, l'objet de nombreuses critiques qui portent sur un nombre significatif d'affirmations infondées ou carrément erronées, énoncées sans aucun support scientifique avéré et se réclamant de brochures anecdotiques ou émanant de groupes d'activistes environnementalistes tels que Greenpeace ou le WWF, évidemment non revues par les pairs.
L'essentiel de ces critiques portent sur le travail du groupe WGII qui est chargé d'étudier les conséquences prévisibles plutôt que les causes qui, elles, relèvent du groupe de travail WGI. Certains défenseurs du GIEC et de ses rapports en ont tiré argument pour affirmer que si le travail du WGII était certes critiquable, il n'en allait pas de même pour le travail du WGI (qui fait pourtant l'objet de critiques acerbes suite au Climategate). D'où l'intérêt de connaître l'opinion de Lacis, rapportée ci-dessous. Celle-ci relève du WGI que l'on espérait exempt des défaillances nombreuses du groupe WGII. Hélas, et comme on va le voir, il apparaît que les arrières-pensées politiques, -c'est un euphémisme- se sont également infiltrés jusque dans le rapport strictement scientifique du GIEC…

Comme la plupart des ses collègues, Andrew Lacis a été invité à donner son opinion sur le brouillon (draft) du dernier rapport AR4 du GIEC (2007), pour la partie qui le concerne. Cette version est la dernière que peuvent contester les scientifiques avant l'édition du rapport final qui leur échappe totalement et dont la rédaction définitive ne repose que sur un nombre limité de personnalités. Le commentaire d'Andrew Lacis au sujet du résumé exécutif (Executive Summary) du rapport du WGI (celui qui concerne les "attributions", c'est à dire la science du réchauffement climatique elle-même) laisse rêveur tant il fait écho aux reproches adressés au rapport AR4 du WGII. Lesquels ont déchaîné la presse anglophone et germanophone, ces temps derniers.

Voici donc le commentaire de Lacis, en anglais, suivi d'une traduction en français :

"There is no scientific merit to be found in the Executive Summary. The presentation sounds like something put together by Greenpeace activists and their legal department. The points being made are made arbitrarily with legal sounding caveats without having established any foundation or basis in fact. The Executive Summary seems to be a political statement that is only designed to annoy greenhouse skeptics. Wasn’t the IPCC Assessment Report intended to be a scientific document that would merit solid backing from the climate science community – instead of forcing many climate scientists into having to agree with greenhouse skeptic criticisms that this is indeed a report with a clear and obvious political agenda. Attribution can not happen until understanding has been clearly demonstrated. Once the facts of climate change have been established and understood, attribution will become self-evident to all. The Executive Summary as it stands is beyond redemption and should simply be deleted."

"On ne peut trouver aucune valeur scientifique au Résumé Exécutif. La présentation semble être confectionnée par des activistes de Greeenpeace et leur bureau de légistes. Les points qui sont évoqués le sont de manière arbitraire avec des restrictions qui semblent de nature légale, sans avoir établi aucun fondement ou aucune base reposant sur les faits. Le Résumé Exécutif apparaît comme une affirmation politique qui est seulement destinée à ennuyer les sceptiques de l'effet de serre. Le Rapport d'Evaluation (NDT: Assessment report AR) du GIEC ne devait-il pas être un document scientifique dont la valeur reposait sur une assise solide venant de la communauté de la science du climat – plutôt que de pousser de nombreux scientifiques du climat à adhérer aux critiques des sceptiques de l'effet de serre- ? (NDT : rajouté "?") car, en fait, ceci est un rapport écrit avec un but politique clair et évident. L'attribution (NDT : C'est à dire la détermination des causes du Réchauffement Climatique) ne peut être établie que lorsque la compréhension aura été clairement démontrée. Dès lors que les faits du changement climatique auront été établis et compris, l'attribution deviendra automatiquement évidente pour tous. Le Résumé Exécutif, tel qu'il est rédigé, ne peut trouver la rédemption et il doit simplement être supprimé."

La réponse à ces commentaires acerbes d'Andrew Lacis figure dans le document en question. La voici, définitive et sans appel.
Rejected. [Executive Summary] summarizes Ch 9, which is based on the peer reviewed literature.
Rejeté : Le Résumé Exécutif résume le Ch 9 qui est basé sur la littérature revue par les pairs.

Andrew Lacis a écrit ce commentaire en novembre 2005 lors de la préparation de l'AR4 publié en 2007. Nous ne disposons pas de la version initiale vertement critiquée par Lacis mais il est clair que ses commentaires ont finalement dus être pris en compte lors de la rédaction du rapport final.
En effet, avec une concentration inhabituelle et prudente des "probable, très probable, plus probable que le contraire etc…" qui ponctuent chaque affirmation, le message politique, sans être subliminal, est certainement plus discret que ne le stigmatisait Lacis en 2005. Lequel le reconnaît lui-même en écrivant tout récemment, en 2010, (source Dot Earth) "Le chapitre révisé a été beaucoup amélioré,” dit-il. “C'est différent que d'affirmer que tout est gravé dans le marbre, mais je pense que c'est une grande amélioration". D'ailleurs, Andrew Lacis a expliqué sa position dans un texte publié sur le blog Dot Earth (Ney York Times) à la demande d'Andrew Revkin. Voici quelques phrases extraites de son texte que je trouve particulièrement éclairantes (et rassurantes sur son compte). Les critiques habituels du "hors contexte" pourront toujours se référer à la source indiquée pour lire le texte complet.

"La Science est affaire d'exactitude des faits et non pas affaire de consensus."….

"En fait, je suis encouragé par toutes les critiques dont le rapport AR4 du GIEC fait l'objet. Ceci signifie que les gens lisent et n'ignorent pas le rapport et qu'ils en tirent (je l'espère) une meilleure compréhension des problèmes posés. "… (NDT : Certes !)

"L'autre aspect du rapport AR4 du GIEC réside dans le positionnement politique dont les Résumés Exécutifs sont exemplaires. Dans ce cas, l'exigence d'un consensus de groupe apparaît prendre le dessus sur l'exactitude des faits"

Voilà qui est bien dit et doit refléter l'opinion – je pense- de beaucoup de (vrais) scientifiques impliqués dans cette affaire. Ces déclarations font écho à celle de Keith Briffa trouvée dans les emails du CRU. "Je me suis donné beaucoup de mal pour trouver un équilibre entre les besoins de la science et ceux du GIEC qui n'ont pas toujours été les mêmes."
___________________________________________________

L'ex reporter scientifique, spécialisé climat, du New York Times, Andrew Revkin (il a démissionné depuis peu), depuis des années, n'a jamais fait mystère de son positionnement en faveur de l'hypothèse (car c'en est une) du réchauffement climatique anthropique. Cependant et à la différence de beaucoup de ses confrères, il a su conserver un minimum d'esprit critique. Voici ce qu'il déclare dans Dot Earth, toujours à propos de ce Résumé Exécutif du Rapport WGI AR4 du GIEC.

"…Mais après avoir revu -à l'instant- le chapitre (NDT : Il s'agit du Résumé exécutif), je dois dire qu'un passage, au moins -autant que je puisse dire- ne mentionnait aucune restriction et ne reflétait pas la base des éléments de preuve et leur analyse à cette époque (et même maintenant) :

"Le réchauffement anthropique du système climatique est très répandu. Le réchauffement anthropique du système climatique peut être détecté dans les observations de température effectuées à la surface, dans la troposphère et dans les océans."

Il me reste encore à trouver quelqu'un qui me fournisse une preuve définitive -sans marges d'erreur- que l'empreinte des gaz à effet de serre générés par les hommes (ou les autres émissions ou actions) est sans aucune équivoque. La seule chose qui soit décrite comme "sans équivoque" dans le rapport est le réchauffement, mais pas les causes, à moins que je n'ai vraiment pas été attentif depuis les deux dernières décennies."
____________________________________________________

Andrew Revkin a parfaitement raison. En effet, un peu plus bas et à la fin de la même page du "Résumé Exécutif" on trouve ceci…

"Cependant des incertitudes persistent Par exemple, on trouve des désaccords sur les estimations de la variabilité du contenu thermique des océans entre les modèles et les observations (NDT : discutés dans cette page). Bien qu'elles aient été diminuées par rapport à la situation de l'époque du TAR (NDT : le rapport sorti en 2001), les incertitudes dans les données des radiosondes et des satellites affectent la confiance dans l'estimation de la contribution anthropique aux variations de la température de la troposphère (NDT : voir cette page). Des jeux de données globales incomplets et des incertitudes rémanentes dans les modèles persistent à limiter la compréhension des variations des extrêmes et l'attribution des changements aux causes, bien que la compréhension des changements dans l'intensité, la fréquence et les risques des extrêmes ait été améliorée."

En bref, voici donc un texte, censé résumer le contenu du chapitre fondamental du Rapport AR4 du GIEC (l'attribution du réchauffement à activités humaines), qui nous affirme dans l'introduction et sans restriction, que le réchauffement anthropique peut être détecté partout. Aussi bien dans les températures de surface que dans les océans ou la troposphère…

…et qui conclut en nous expliquant qu'il y a de sérieux doutes pour les océans, pour la troposphère et pour l'attribution des changements aux causes (anthropiques)…Tout cela dans la même page du Résumé Exécutif !

Voici une explication plausible de cette contradiction entre l'affirmation exprimée dans le premier paragraphe et les doutes (réels) exprimés dans la conclusion :

-Le paragraphe très affirmatif a été rédigé pour complaire à l'exigence de consensus (avec les politiques et les ONG présents) "Dans ce cas, l'exigence d'un consensus de groupe apparaît prendre le dessus sur l'exactitude des faits" selon les propres mots d'Andrew Lacis.

-Le paragraphe de conclusion a été rédigé par des scientifiques sérieux, désireux de s'en tenir à l'exactitude des faits.

En lisant attentivement ce rapport AR4 de 2007, on perçoit, une fois encore, les jeux d'influence qui ont lieu au sein du GIEC : D'un côté, les politiques, les ONG et sans doute quelques scientifiques convaincus et(ou) orientés. De l'autre des scientifiques qui sont conscients des graves incertitudes qui pèsent sur ces affirmations et qui savent que leur crédibilité, leur carrière, leur déontologie de scientifiques et de graves conséquences sociétales sont en jeu. Et tout cela dans un seul et même Résumé Exécutif !

Note : En réalité, nous assistons à la divergence de la nouvelle "Science Post-Normale " promue par Jerome Ravetz (et que certains voudraient institutionnaliser), d'avec la science traditionnelle. A noter que Ravetz est professeur de philosophie des sciences et consultant en environnement, ce qui n'est pas anodin.

En quelques mots, forcément réducteurs on peut dire que la Science traditionnelle ne veut rien affirmer qui ne soit dûment prouvé ou, en tout cas, non démenti par les faits. La Science Post Normale, elle, estime que cette exigence de rigueur doit être "plus élastique", "tempérée" voire contournée, si on prend en compte les conséquences sociétales plausibles. Par exemple, un chirurgien opérera un patient même s'il estime que le succès n'est pas garanti par nos connaissances actuelles en médecine. On voit se profiler, derrière la Science-Post-Normale, l'application du principe de précaution, utilisé par certains pour obvier à l'exigence de rigueur de la science traditionnelle en matière de réchauffement climatique. C'est, poussé à l'extrême, la fameuse déclaration de Christine Stewart, ministre de l'environnement canadien : "Peu importe que la science soit complètement bidon, il y a des bénéfices collatéraux pour l'environnement… Le changement climatique nous donne la meilleure chance d'apporter la justice et l'égalité dans le monde. C'est un excellent moyen pour redistribuer les richesses ".

La grande difficulté à laquelle se heurte la Science Post-Normale réside évidemment dans l'évaluation précise des risques et des conséquences plausibles, ce qui ne peut être raisonnablement effectué que lorsque la science traditionnelle est suffisamment affirmée. Il s'agit donc d'une sorte de cercle peu vertueux, sinon vicieux. On l'a constaté lors de la publication du célèbre rapport de Sir Stern.
Ainsi passer de la Science à la Science Post Normale relève beaucoup plus de convictions politiques ou philosophiques que de la connaissance véritable.

Certains y voient une résurgence ou une tentative de justification de la pseudo-science que Richard Feynman, célèbre Prix Nobel de Physique et enseignant hors pair, avait stigmatisée dès 1974 lors d'un célèbre discours à CalTech sur le "Culte du Cargo" . Inutile de préciser que le corps des scientifiques non idéologiquement orientés penche résolument vers les idées de Feymann. Il existe cependant sur le Net de nombreux sites, dont certains quasi-institutionnels, qui prônent ouvertement la Post Normal Science…

Pour illustrer notre propos à partir des deux paragraphes du Résumé Exécutif que je vous ai commentés ci-dessus, disons que le premier (très affirmatif mais infondé) relève plutôt de la Science Post Normale et que le dernier (plus rigoureux) relève clairement de la Science traditionnelle….

Nous vivons une époque Post-moderne !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


%d blogueurs aiment cette page :