7 février 2023

LE REVE SOVIETIQUE DES AMERICAINS


L’écrivain et réalisateur britannique Tim Tzouliadis décrit avec grand talent le drame des milliers d’Américains qui ont cru trouver en URSS le paradis socialiste. L’ouvrage – Les Abandonnés, Lattès, 2009 – est une description tragique de cette (autre) tromperie communiste.

Nous sommes à Moscou en mars 1938. Le jeune américain Thomas Sgovio a peur. Son père venait d’être arrêté. Originaire de Buffalo, dans l’Etat de New York ? Thomas cherche refuge à l’Ambassade américaine mais toutes les ambassades étrangères de Moscou étaient assiégées par des gens qui tentaient désespérément de fuir l’URSS. A l’ambassade américaine, on lui dit de repasser dans quelques jours. Il est, bien entendu, arrêter dans la rue par le NKVD et jeté dans un fourgon noir direction la Loubianka, la terrible prison communiste. Il passera 25 ans au Goulag… Ce n’est qu’un exemple parmi des milliers d’autres de ce qui est arrivé à ces citoyens américains qui ont cru aux mensonges idéologiques. Leur histoire a commencé en pleine crise économique. Amtrog, l’agence commerciale soviétique dont les bureaux sont à Manhattan publie 6 000 offres d’emploi. En quelques semaines, 100 000 Américains postulent. C’est la ruée vers… l’EST à bord des paquebots en partance pour Leningrad. Ce sont pour la plupart des ouvriers mais aussi des ingénieurs et des médecins qui pensent recommencer une nouvelle vie là-bas. Beaucoup d’entre eux ont vendu leurs maisons et ont tout abandonné en Amérique. Dès leur arrivée en Terre promise, on leur confisque les passeports mais les deux premières années sont plutôt calmes. Mais dès 1993 et la reconnaissance de l’URSS par l’Amérique, la répression commence. Les Américains, « espions capitalistes » sont arrêtés. Ils ne peuvent plus quitter l’URSS.

Le drame c’est que toute cette propagande sur la belle vie en URSS (ô combien utilisée par de nombreux intellectuels français) a été relayée par l’ambassadeur américain à Moscou, Joseph Davies. Voici  ce qu’il déclare à New York lors de son retour de Moscou : « Une expérience merveilleusement stimulante est actuellement menée en union soviétique. C’est un immense laboratoire dans lequel les recherches les plus approfondies sont faites dans le domaine de l’administration de l’Etat. L’Union soviétique accomplit des choses extraordinaires. Les dirigeants politiques forment un groupe d’hommes et de femmes extrêmement capables, sérieux, travailleurs, puissants ». Des années plus tard, celle qui était encore son épouse lors de son séjour en URSS, révèle leur silence face aux trains remplis de prisonniers qui s’éloignaient de Moscou. Pire encore, elle avoue, en larmes, avoir entendu la nuit les cris des membres des familles et des enfants de ceux qu’on emmenait dans les fourgons de la NKVD

Le 11 octobre 1931, le dramaturge George Bernard Shaw, « le plus réputé depuis Shakespeare », fait la déclaration suivante lors de sont retour de Russie : « En Russie, les prolétaires de tous les pays sont les bienvenus. Dans la grande tempête financière qui a éclaté ici, notre propre navire est en train de couler et le bateau russe est le seul qui ne roule pas dangereusement et n’envoie pas de SOS ». Ils y sont allés et ont laissé leur vie. Aujourd’hui encore, le sort des milliers d’entre eux reste inconnu.

Le destin des Américains qui ont cru au rêve soviétique est le sous-titre de ce livre poignant. Un destin brisé par une idéologie criminelle.

 

Bogdan Calinescu

Le 12 mars 2010

 

 



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


%d blogueurs aiment cette page :