27 septembre 2022

L’axe Iran/Syrie à l’oeuvre

(archive)

Tout d'abord rappelons que les deux Etats, relativement isolés au sein de la communauté internationale mais également dans le monde arabo-musulman, ont opéré un rapprochement stratégique depuis plusieurs années, rapprochement qui s'est acceléré avec la signature d'un "pacte stratégique" entre les deux régimes, suite à l'invasion de l'Irak par la coalition . "Nous sommes prêts à aider la Syrie sur tous les terrains afin de faire face aux menaces" avait alors déclaré le vice-président iranien Mohammad Reza Aref lors de sa rencontre avec le premier ministre syrien Naji a-Otari. L'on a pu observer l'activation claire de cette alliance à la veille du vote du Conseil de sécurité de l'O.N.U. enjoignant la Syrie à coopérer avec la commission Mehlis, le 31 octobre dernier. Suite à un appel à l'aide du président syrien Bachar el-Assad à son homologue perse, une réunion au plus haut niveau avait été alors convoquée d'urgence à Téhéran afin de d'organiser le soutien à la dictature baasiste, alors au coeur de la tourmente. Cette réunion avait débouché sur un plan d'action qui prévoyait notamment "l'accroissement de l'aide au Hezbollah au Liban, et au Djihad islamique en Palestine, afin qu'ils relancent, malgré la trêve, les opérations contre Israël". L'efficacité de ces décisions put être constatée quelques semaines plus tard avec la reprise des affrontements entre la milice chiite et Tsahal le long de la frontière nord d'Israël, et avec la perpétration d'un attentat suicide le 6 décembre dernier à Netanya par le Djihad islamique. Plus de précisions peuvent être obtenues en consultant mon ancien article sur l'alliance entre la théocratie islamique et la dictature baasiste, dont certains passages ont été repris ci-dessus.

Concernant l'attentat, l'on notera que c'est à nouveau le Djihad islamique qui en a revendiqué la responsabilité, soulevant ainsi logiquement des soupçons sur une implication de l'axe Iran/Syrie. Empiriquement, cette hypothèse paraît fort problable, d'autant plus que se profilent actuellement une saisie du Conseil de sécurité, et de potentielles sanctions, à l'encontre de la théocratie perse, et que la Syrie demeure sous pression diplomatique intense. La logique du "desserrement de l'étau", qui avait motivé le recours à l'action terroriste contre Israël il y a quelques mois, semble de nouveau être à l'oeuvre. Toutes les conditions de son application sont en tout cas réunies.

Autre élément qui paraît corroborer cette supposition, et qui a fait peu de bruit parmi les médias français conventionnels, la visite officielle du président iranien Mahmoud Ahmadinejad à Damas, la capitale de son allié, durant laquelle il a rencontré les dirigeants des principales organisations terroristes palestiniennes, notamment du Hamas et du Djihad islamique. Le chef d'Etat iranien leur a réaffirmé "son soutien total à la lutte du peuple palestinien" contre Israël et, conjointement avec le président el-Assad, a déclaré qu' "au niveau de la question palestinienne, nous partageons des vues absolument similaires. Nous croyons que la Palestine est la propriété des Palestiniens et donc nous soutiendront leur lutte". Les dizaines de dirigeants terroristes palestiniens ont quant à eux juré de continuer les attaques violentes à l'encontre de la population de l'Etat juif, et ont exprimé leur solidarité avec la Syrie et l'Iran, tout deux enjoints à coopérer avec l'O.N.U. par la communauté internationale. Une telle réunion et de telles déclarations, au lendemain de l'attentat qui a frappé Tel Aviv, incitent fortement à considérer favorablement l'hypothèse de la participation de l'axe irano-syrien à cette attaque, une certitude pour les services de renseignement israéliens.

Par ailleurs, toujours au sujet de cette dangereuse alliance mais sans lien direct avec les derniers évènements, la revue Intelligence Online (13-26/01/06) rapporte que de sources diplomatiques, le général Ahmad Kazemi et les gardes de la révolution décédés dans le crash de leur avion en Iran, le 9 janvier dernier, se rendaient à Damas afin de planifier avec le chef d'Etat major syrien Ali Habib des "mesures de défense communes" militaires, économiques et techniques. Selon I.O. , le volet militaire comprendrait la livraison de missiles anti-aériens russes "Igla", de systèmes radars et de missiles moyenne/longue portée. En outre, "l'Iran apporterait à la Syrie une assistance à long terme pour améliorer le missile balistique Scud-C et aiderait à sa production en série". Au niveau économique, Damas demanderait une aide monétaire de plusieurs milliards à Téhéran afin de soutenir le cours de la livre syrienne, qui s'est dépréciée de près de 20% depuis le début des tensions avec la communauté internationale. En outre, il a été convenu par les deux pays d'opérer diverses manipulations économiques et financières afin de passer outre un éventuel blocus économique, par la création de sociétés écran à l'étranger par exemple.

L'axe Iran/Syrie, qu'il soit à l'origine ou non du dernier attentat, ce qui est très probablement le cas, est désormais plus actif que jamais. Les deux dictatures, isolées et acculées, sont bien décidées à ne pas faciliter la tâcher à leurs adversaires, à commencer par les Etats-unis et Israël. Ce sentiment de "seul contre tous" pourrait fort bien faire entrer la dictature baasiste et la théocratie islamique dans une logique jusqu'au boutiste fortement dangereuse pour l'ensemble de la région, déjà relativement instable. Cette perspective semble toutefois plus crédible dans le cas de l'Iran que dans celui de son allié syrien; le régime de Bachar el-Assad est en effet considérablement affaibli à tous les niveaux, révélant et accroissant de fait des dissensions internes d'une profondeur autrefois insoupçonnée.

En conclusion, la véritable menace provient donc de la république islamique iranienne, dominant et pivot de l'axe, dont le refus de coopérer avec la communauté internationale sur la question nucléaire et l'extremisme de son dirigeant sont sources de forte inquiétude. Il ne faut pas se leurrer, seul un changement de régime endogène "aidé" mettra définitivement un terme à la capacité de nuisance de l'Iran. La variable la plus décisive, et la plus incertaine, est certainement la volonté politique occidentale, condition sine qua non à la mise en place de conditions favorables à un changement de régime dans l'ancienne Perse. Or, la mobilisation des esprits prend empiriquement du temps, et ce dernier joue malheureusement contre nous.

 

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