7 février 2023

Suicide à Marseille : SOS profs en péril

Il n’y a pas que les armes à feu qui tuent, à Marseille, il y a aussi l’école. Un professeur de lycée technique s’est suicidé à la veille de la prérentrée.

Le rectorat, l’établissement et tout ce qui compte à Marseille ont exprimé leur « émotion » et leur « consternation ». Emotion, je veux bien, mais consternation, comme ils y vont ! Car dans la consternation, il rentre un peu de surprise. Et de vous à moi, que le premier qui rêve de devenir prof d’électronique à Marseille écrive à Boulevard Voltaire, pas le 1er avril bien sûr.

Il y a des écoles de grande qualité à Marseille, en filière générale. Si le verbe « limoger » a pour étymologie la ville de Limoges où l’on mutait autrefois les officiers que l’on voulait punir, on pourrait inventer le verbe « marseiller » pour les profs de lycée technique. La misère serait, dit-on, moins pénible au soleil, mais passé un certain seuil, même le soleil ne peut plus rien. Ce prof de 55 ans, ancien ingénieur, avait à porter au quotidien sur ses épaules, et chacun le sait, un concentré de ce qui fait les titres des journaux, le quarté gagnant des emmerdements à la française : un enseignement idéologiquement gangrené qui, face à ses échecs, ne connait qu’une politique, celle de l’autruche ; des filières techniques porteuses et pourtant dépréciées dans lesquelles se retrouvent, à quelques rares exceptions près, les bras cassés, les petites frappes, et les flemmards chroniques échoués là par défaut ; des populations allochtones si nombreuses que ni le primaire ni le collège n’ont été capables de les absorber ni de les « formater » pour les études ; enfin une insécurité galopante au sein même des établissements. L’école, oui, mais alors l’école du crime, comme dirait notre ami Nicolas Gauthier.

Dans sa lettre, le professeur parle notamment des réformes à la hussarde qui se sont succédées, et de ce contrôle continu, pour le bac, qui a été mis en place dans ces filières (un examen, c’est assez traumatisant, et on court toujours le risque contrariant d’échouer), qu’il juge profondément inéquitable.

Il faut être Gérard Jugnot pour faire d’une classe de voyous une cage aux rossignols. Dans la vraie vie, dans les lycées chauds, ce sont plutôt les élèves qui font chanter les profs : si tu me dénonces, j’te crève les pneus (au mieux), ou j’ te plante à la sortie (au pire). De prof, on devient vite flic sur le tas, et être un flic « marseillé », dans certains quartiers au moins, ce n’est pas un sort non plus très enviable.

Alors on peut être attristé, déplorer un suicide qui n’est jamais une solution, mais tomber des nues, pousser des oh, et des ah, jouer la « consternation », ça non. Surtout quand on est bien décidé à n’en tirer aucune leçon. Car vous savez bien que la priorité à laquelle notre Peillon national travaille d’arrache-pied, son urgence rouge, est la question de l’égalité des sexes et de la fameuse lutte contre les stéréotypes « genrés ».

On doit reconnaître que dans certains quartiers de Marseille, eu égard au taux de testostérone ambiant, il y a du boulot : les « jeunes » y manient manifestement mieux la kalachnikov que le fer à repasser. Sous la cagoule trois trous, Vincent Peillon va leur enjoindre d’enfiler un tutu rose et tout devrait s’arranger.

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