6 février 2023

Le désarroi de la France et de l’Europe devant l’islamisme

« Il est clair qu'il faut faire quelque chose au niveau européen, » notait le député européen roumain, Marian-Jean Marinescou, évoquant «la Serbie occidentale qui, alors que tout le monde avait accusé les Serbes, est vide aujourd'hui et remplie de mosquées. » Une réalité du terrain incontournable et dont le danger vient selon le philosophe Alain David, entre autres, du fait qu'il y a « ceux qui s'autorisent, au nom de l'Islam, à être violents. »

Or, explique Mohamed Sifaoui, journaliste algérien, réfugié en France car menacé par les Islamistes dans son pays, mais qui continue à l'être ici et doit vivre sous protection policière, « il y a une montée de l'intégrisme musulman partout. Avec des manifestations violentes de l'Islamisme et un terrorisme spécifique nourri par cette idéologie. Un terrorisme de punition, sans revendication indépendantiste, comme à Madrid ou Londres, ou de réaction à des enjeux politiques. Qui va à l'encontre des valeurs républicaines et universelles. Il est admis aujourd'hui que c'est le fléau du XXIème siècle. »

Ajoutant que cette tendance islamiste est « aussi vieille que l'Islam, » il souligne qu'il est essentiel de faire un « travail nécessaire » pour y remédier, ce qui « n'a jamais été effectué par la quasi-totalité des théologiens musulmans. » Qui, de surcroît, se refusent à confronter les réalités. Ainsi lorsque Mohamed Sifaoui a interpellé « des théologiens modérés sur des massacres perpétrés au nom de l'Islam, » y compris par « des personnages historiques très vénérés parfois, leur réponse a été qu'il s'agissait-là de détails… » Détail, un mot qui est devenu loin d'être anodin, on le sait.

A cette carence venue des théologiens musulmans répond une incapacité des démocrates européens à confronter ces réalités. Une « Europe qui a choisi d'accepter les courants extrémistes à bras ouverts à une certaine époque.. » par « méconnaissance, » du moins l'espère-t-il. Ou « naïveté, » voire pire.
Rejetant clairement tout « racisme anti-musulman » la journaliste Caroline Fourest condamnait tout intégrisme, musulman ou chrétien, et d'extrême-droite. Et déplorait que Nicolas Sarkozy ait instauré le Conseil Français du Culte Musulman, avec, en son sein l'UOIF. Elle y voit un calcul politique pour acheter la paix dans les banlieues. «Fausse bonne idée, » comme celle de financer les mosquées, selon l'écrivain Meddeb. Qui précisait que si ces mosquées sont construites avec l'argent de l'Etat pour éviter un financement par l'Arabie Saoudite, par exemple, « rien ne garantit qu'elles ne tomberont pas ensuite aux mains des intégristes. » Autre thème évoqué également ce jour-là : il ne faut pas toucher à la loi sur la laïcité.

Rappelant, pour sa part que si Nicolas Sarkozy a « discuté avec l'UOIF, le PS a discuté avec lui aussi, » Mohamed Sifaoui évoquait ce qui a été décrit par d'autres intervenants aussi comme « une fatwa républicaine, » à savoir l'intervention télévisée d'un imam lors de la crise des banlieues de novembre 2006, pour enjoindre les « jeunes » « d'arrêter de brûler des voitures. » Ce qui en soi équivalait à une faillite républicaine. De plus, soulignait-il, « le verset coranique utilisé appelle à ne pas détruire les biens, mais se termine par un autre verset totalement anti-juif. » Or, si la plupart des gens l'ignorent, les musulmans, eux, le savent. Ce qui soulève le problème de la méconnaissance quasi totale que nous avons de l'Islam. Une méconnaissance elle aussi dangereuse.

Et si cette incapacité à gérer le problème de l'Islamisme par les politiques qui l'ont laissé s'implanter à l'intérieur de l'Europe, cette même incapacité se retrouve au niveau de ce cinquième pouvoir que sont les médias. Ainsi, Françoise Laborde, journaliste de France2 qui animait les débats, faisait état, à titre d'exemple, du « malaise » de la plupart des journalistes qui se demandaient, par exemple, « s'ils ne jetteraient pas l'opprobre sur toute une communauté s'ils parlaient des tournantes » en banlieue. D'où un certain silence sur la question « jusqu'à ce que Sohane soit brûlée vive, » ajoutait-elle.

Une frilosité allant jusqu'à « l'autocensure, tradition vieille comme le journalisme, » pour Olivier Mazerolle. Aveu de taille pour ce journaliste politique qui a été à la tête de l'information de France2 de 2001 à 2004 et présente sur BFM TV, qu'il a contribué à lancer, «Journal de campagne » dans le cadre de l'élection présidentielle. Et il ajoutait : « 90 % des journalistes français ne connaissent pas grand chose de l'Islam et sont donc maladroits. » La volonté de ne pas blesser les musulmans dans leur ensemble [ d'où amalgame involontaire mais de fait de leur part entre Islam et Islamisme, alors que comme le dit Mohamed Sifaoui, il s'agit de savoir « comment faire pour récupérer ceux qui sont encore récupérables et tous ne le sont pas. » ] Ce qui se retrouve sans doute dans tout sujet touchant au monde musulman. [ D'où, sans doute, cette désinformation galopante à propos du conflit israélo-palestinien ].

Et il y a sans doute aussi une peur, qui n'a pas été réellement été évoquée, de se voir désigné aux Islamistes comme l'ont été Robert Redeker ou Mohamed Sifaoui. Dont le courage en est rendu d'autant plus admirable. Tout juste Olivier Mazerolle expliquait-il le «solidaire 'mais' » de ceux qui savent que « ce qu'ils disent sera analysé, exploité. » Autrement dit que dire les choses telles qu'elles sont étant potentiellement dangereux, mieux vaut s'abstenir ou faire montre de la plus grande prudence dans le compte-rendu. Ce qui participe, bien entendu, de la problématique.
Malaise, maladresse, peur et donc « évitement » comme dira un intervenant. Qui soulignait aussi que « l'école se place sur le front de l'islamiquement correct. » Attitude qui, faut-il le rappeler, a favorisé l'antisémitisme en son sein. Et les menaces de mesures de rétorsion à ce qui n'est pas islamiquement correct dans la société française.

Mais ce problème du recul laïque et démocratique ne se pose pas seulement en France, ce que rappelait le journaliste néerlandais René Moerland, qui décrit les Pays-Bas comme « un pays de tolérance aujourd'hui extrêmement tendu. » Après quelques assassinats politiques ou celui de Théo Van Gogh. Pays-Bas, terre d'ouverture et d'accueil où « une redéfinition de l'appartenance à la collectivité nationale est devenue nécessaire après 30 ans d'individualisme. »

Et où on pu voir « le rôle clef » joué par Hayan Irsi Ali, député au Parlement néerlandais d'orogone #OOPS#lienne, qui souhaitait voir « une République laïque à la française mais a échoué. » Menacée de mort et placée « sous protection policière également, » contrainte à vivre cachée, elle est finalement partie aux Etats-Unis.

Il constate que « lors des élections de novembre on n'a pas parlé d'intégration ni de religion. La question a été étouffée… » Il y a donc aujourd'hui « une approche plus consensuelle et on va voir ce que cela va donner. »
Mohamed Sifaoui qui rappelle par ailleurs que « 20 fois plus de musulmans que de non musulmans ont été tués ces 20 dernières années par les islamistes…et que les autorités officielles musulmanes se sont tues, ce qui est déplorable. » Sa conclusion : « les pays arabes musulmans qui ont tenté d'apprivoiser l'islamisme se sont plantés. Comme c'est le cas ici, que ce soit la droite ou la gauche. »

Le cas symptomatique de Robert Redeker, condamné par une fatwa pour avoir exprimé une opinion, a été évoqué. Le philosophe soutenu, entre autres, par la LICRA, continuant à vivre sous protection policière. Mohamed Sifaoui s'interroge à ce propos sur l'attitude de Dalil Boubakeur, réputé modéré, « qui a été très prompt au nom du CFCM à poursuivre Charlie Hebdo [ le procès doit avoir lieu les 7 et 8 février ] pour avoir publié les caricatures danoises. Il a certes condamné le terrorisme mais la question se pose de savoir pourquoi il n'a jamais été partie civile dans des procès concernant des innocents condamnés au nom de l'Islam. » A ce propos il faut souligner qu'un des caricaturistes danois avait été invité pour ce Colloque.

Mohamed Sifaoui fait partie de ces innocents menacés pour cause d'opinion. Or, à l'issue d'un procès récent pour nouvelles menaces à son encontre, il a été menacé de mort au sortir de l'audience…Ce qui indique clairement le climat actuel, des Islamistes se croyant autorisés à proférer de telles menaces tout à fait ouvertement.
Caroline Forest, pour sa part, saluait le travail accompli par certaines organisations en banlieue et qui tentent de redresser la situation. Ce qui ne semble, hélas, n'être qu'une goutte d'eau dans l'océan.

Quant à l'intervention du député européen roumain, elle a été particulièrement éclairante sur deux points. D'une part le tableau qu'a dressé cet ancien préfet, d'une coexistence sans nuages de « 19 minorités reconnues par l'Etat et qui ont toutes un représentant, ce dont on parle peu. Il y a 18 groupes et la minorité hongroise avec environ un million et demie de personnes. Ce qui est accompagné de diverses lois pour celles-ci. Ainsi peuvent-elles utiliser leur propre langue dans les administrations, les théâtres, les écoles, les tribunaux. »

Et il y a, d'autre part, la place « des Roms, au nombre d'un million et demie et à l'égard desquels il n'y a pas de discrimination. Ils ont leur propre culture et ont souffert comme l'ensemble de la population de conditions économiques qui n'ont pas été très bonnes depuis 1990. » Il fait état d'incidents dus à la situation économique et de Roumains très tolérants dont la patience a parfois été mise à dure épreuve.

Et l'on voit ici une nouvelle désinformation, à l'égard de la Roumanie, cette fois, lorsque l'on a accusé le pays d'être un pays raciste. En effet, nombre de médias ont fait une généralité d'un fait isolé lorsque des euro-députés roumains ont rejoint le groupe d'extrême droite au Parlement européen. Députés appartenant à un groupe qui n'avait jamais eu d'agenda raciste auparavant, souligne Marian-Jean Marinescu. Il rappelle que les députés roumains ont été envoyés au Parlement européen en raison de leur appartenance au Parlement roumain, mais sans qu'il y ait eu le temps d'organiser des votes. Or, ce député roumain est convaincu que lors de la tenue d'élections sous peu les députés de ce groupe-là ne seront pas élus, à cause justement de leurs prises de positions.


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