Les fossoyeurs de liberté

1. Tout ça pour ça !

Les idiots utiles n’ont guère qu’un argument pertinent mais il est de taille : les attentats terroristes en Irak sont quasi quotidiens et ils causent de nombreuses victimes. C’est une dure réalité que l’on ne peut nier, tout en regrettant que les médias, notamment français, s’intéressent à l’Irak uniquement lors de violences. Leur question est alors légitime : à quoi a servi l’intervention de la coalition si désormais les irakiens meurent dans des attentats ?

Ils véhiculent ici la thèse du « c’était mieux sous Saddam » mais ignorent, ou plus vraisemblablement feignent d’ignorer, que Saddam, par ses guerres de mégalomane et ses exterminations staliniennes, a causé la mort de près de deux millions d’irakiens. L’honnêteté intellectuelle devrait donc les inviter à ne pas faire de comparaisons hasardeuses (au rythme actuel, il faudrait des centaines d’années pour atteindre le triste record de morts du dictateur), d’autant plus qu’il existe une différence fondamentale entre les deux situations. En effet, si le dictateur irakien n’avait pas été capturé par la coalition, le nombre de victimes aurait continué à s’accroître dans l’indifférence générale. A l’inverse, le terrorisme qui sévit actuellement en Irak, et qui fait partie d’un mouvement djihadiste mondial, sera combattu, ou tout au moins devrait l’être, non seulement par la coalition, mais surtout par les irakiens eux-mêmes. Et si le peuple irakien a regagné le droit de disposer de lui-même, ce n’est certainement pas grâce à tous les pacifistes ad hoc, les doux rêveurs onusiens ou les tenants de politique réalistes mais bien grâce à une coalition qui, certes, a commis des erreurs, mais permettra aux irakiens dans quelques années de profiter de cette nouvelle liberté.

Il devient alors nauséabond de lire certains articles insistant sur le fait qu’un occidental, sous Saddam, pouvait circuler librement dans les rues de Bagdad sans craindre pour sa vie, ce qui n’est plus le cas maintenant. Même si cela est vrai, un minimum d’éthique devrait rappeler à ces « spécialistes » ou « grands reporters » que pendant ce temps, le despote gazait sa population et torturait les dissidents du régime. Dans ces conditions, parler de la sécurité et de l’ordre qui régnait sous Saddam est à la limite de l’indécence eu égard aux souffrances subies par le peuple irakien. Malheureusement ce type de position n’est pas rare puisqu’il reflète une politique dont la France peut s’enorgueillir d’être le parfait exemple.

2. Vive le despotisme éclairé !

Les Etats-Unis en leur temps et l’Europe, sous couvert d’une politique onusienne, ont une politique étrangère dite réaliste, politique qui semble faire un retour en force grâce au désordre international actuel. Celle-ci se fonde notamment sur le principe selon lequel il vaut mieux avoir de bonnes relations avec un despote éclairé, quitte à fermer les yeux sur ses exactions, que vouloir combattre un régime autoritaire, voire totalitaire, qui risquerait de créer des bouleversements politiques, économiques et sociaux nuisant aux bonnes relations commerciales entre les pays.

C’est cette politique qui a conduit la France à devenir l’un des pays ami du dictateur irakien. Cette France, complice du détournement du programme « Pétrole contre nourriture » et donneuse de leçon en matière de droits de l’Homme, a ainsi fermé les yeux sur la souffrance du peuple irakien pour des raisons beaucoup moins louables. Elle a même, grâce à la désinformation orchestrée habituellement par nos médias, instillé dans l’inconscient collectif des français que si le peuple irakien mourrait de faim à cette époque, c’était à cause du blocus des américains…

Or, ce type de politique a deux principaux défauts :

Le premier est d’ordre moral. Il est évident qu’en gardant de bonnes relations diplomatiques et commerciales avec ces despotes éclairés, une certaine stabilité des relations internationales s’installe. Bien qu’illusoire, cette stabilité a permis aux occidentaux, mais plus particulièrement aux français, de rester dans leur bulle post-historique et d’être à l’écart des réalités actuelles.

C’est ainsi que nous avons fermé les yeux sur les massacres de notre siècle (Rwanda, Tchétchénie, Soudan, etc.). D’ailleurs, avant le début de la deuxième guerre en Irak, qui se souciait en France du sort des irakiens ? Une fois encore, certainement pas les néo-pacifistes qui ont manifesté contre le Président Bush en 2003 mais qui ont brillé par leur absence lorsque Saddam décimait son peuple. Il y a décidemment quelque chose de pourri dans cette posture politico-idéologique.

Le deuxième est d’ordre stratégique. Les tenants de politiques réalistes n’ont visiblement pas intégré un élément essentiel qui caractérise les régimes autoritaires ou totalitaires.

En effet, ce type de régime doit constamment, afin de contrôler sa population, construire et maintenir l’idée d’un ennemi extérieur responsable des maux internes du régime. Par exemple, le totalitarisme national-socialiste s’est notamment focalisé sur le Juif. Le totalitarisme communiste s’est quant à lui focalisé sur le capitaliste bourgeois. De nos jours, dans le monde musulman, à de rares exceptions près, l’ennemi est représenté par le couple croisés-sionistes considéré comme la principale cause des problèmes. Le sida ? Un complot juif bien sûr ! La misère ? Un complot occidental visant à exploiter les plus pauvres et à détruire l’Islam. Nombre de régimes du Proche et Moyen-Orient ont ainsi nourri leur population dans la haine de l’Occident et du Juif. Il suffit de parcourir leurs manuels scolaires ou de regarder leur télévision pour comprendre l’importance de cette haine et de ce mythe du complot.

En soutenant les despotismes éclairés de cette région, les tenants des politiques réalistes n’ont pas compris qu’ils laissent s’installer au sein des populations une haine viscérale qui ne cesse de se déverser sur l’Occident depuis plus de 20 ans et dont une des conséquences est le terrorisme islamiste. Les politiques réalistes tant vantées de nos jours, si elles ont donné une impression immédiate de stabilité internationale, ont crée en réalité un foyer de haine qu’il est difficile maintenant d’éteindre.

Oui, la guerre en Irak était nécessaire pour permettre à son peuple de vivre librement. Et si de grands obstacles sont toujours présents, il est du devoir des occidentaux de tout faire pour les lever. En ayant choisi la voie d’Eurabia, dans une alliance contre les Etats-Unis et Israël, l’Europe se détache peu à peu de son axe occidental et reste loin de cet objectif. Pire, en n’ayant pas assimilé que la menace qui existe à l’heure actuelle en Irak est une version géographiquement concentrée d’une menace globale qui la touche également, l’avenir de l’Europe s’annonce bien sombre.

Ryan Grignani est l’un des nouveaux chroniqueurs de resiliencetv, il est l’auteur de « l’Occident face à l’islam militant » que vous pouvez trouver dans le module documents.

7/10/2006

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