Libre-échange et mondialisation

Il se trouve que James TOBIN, père présumé de cette fameuse taxe, avait asséner un grand coup sur la tête des anti-mondialistes en affirmant (dans l’hebdomadaire allemand Der spiegel) que les gens qui se réclament de lui détournaient son nom. La taxe n’a pas été imaginée en vue de neutraliser le marché financier mondial, mais en vue de freiner des capitaux courts dont la circulation s’avérer néfaste dans le cadre du système des changes fixes de Bretton-Woods. Or, le système de Bretton-Woods n’est plus et le prix Nobel d’économie Tobin est un partisan, et non un adversaire, de la mondialisation. Il se déclare explicitement « un partisan du libre commerce » et il ne comprend pas les positions protectionnistes des anti-mondialistes.

Mais quel économiste responsable pourrait aujourd’hui être contre le libre commerce mondial ? Plus de la moitié du produit mondial dépend directement des échanges extérieurs. José Bové lui-même était furieusement monté au créneau auprès de la commission européenne en dénonçant les taxes américaines qui frappaient le Roquefort français, se montrant ainsi solidaire des producteurs français de Roquefort et des consommateurs américains de ce même produit. Mais comment peut-il à la fois dénoncer le protectionnisme américain (imposé par des syndicats américains) et critiquer dans le même temps le libre-échange ?
Ce n’est pas le libre-échange qui est la loi du plus fort, mais plutôt le protectionnisme car seuls les pays riches et puissants ont les moyens de mettre en œuvre des aides pour protéger leurs industries. Les subventions agricoles du Nord représentent près de six fois l’aide publique au développement (311 milliards de dollars contre 55 en 2001). D’ailleurs, les pays du Sud ne manquent pas de demander – dans le cadre des négociations de l’O.M.C. ou dans le dernier sommet de la terre à Johannesburg – la suppression de ces subventions qui ruinent les productions locales dans les pays en développement et qui les empêchent de vendre leurs produits dans les pays riches !

Limiter les échanges, sous le prétexte qu’ils sont internationaux, irait non seulement contre le principe même de l’économie, qui n’est autre que l’échange volontaire, mais contre le principe même de liberté inscrit dans les constitutions des pays démocratiques. En effet, la liberté des échanges n’est qu’une des formes de la propriété : c’est le droit de chacun de disposer du fruit de son activité. Qui peut nous dire si nous devons acheter une voiture japonaise, italienne ou française ? Manger du saumon de Norvège ou de la truite du Lignon ? Nous assurer à la Lloyd’s ou chez AXA ? Limiter les échanges irait contre Adam SMITH et tous les autres qui ont expliqué que la « richesse des nations » n’avait d’autre origine et d’autre contenu que l’ouverture de l’espace des échanges, la diffusion des connaissances et la complémentarité entre individus.

En fait, la dynamique du développement et de la croissance dépend pour une grande part de la capacité des agents économiques à échanger et se spécialiser, la spécialisation engendrant les gains de productivité. Mais, la spécialisation nous rendant dépendant des autres puisqu’il faut bien acquérir les produits que l’on ne fabrique pas soi-même, l’échange est donc le corollaire indispensable de la productivité (qu’il traverse ou non des frontières). Et la productivité est le moteur de la croissance économique.
Ainsi, la mondialisation n’est donc qu’une expression de la liberté élargie des acteurs : qu’ils soient consommateurs, producteurs, salariés, entrepreneurs ou épargnants (et nous sommes tous un peu tout cela à la fois), ces acteurs de la vie sociale et économique ont un espace de choix plus grand avec l’ouverture des frontières.

[1] C.F. Caccomo J.L., « La mondialisation : un concept ambiguë », in Culture et Structures Economiques, sous la direction de Granier R. et Robert M., Economica, Paris 2002.

Jean-Louis Caccomo 25/2/2007

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