Israël/Palestine: premier constat après le désengagement

Du côté israélien en premier lieu, la situation globale semble s’être grandement améliorée depuis les premiers jours du désengagement en juin dernier.

En effet, au niveau sécuritaire tout d’abord, l’un des arguments majeurs avancés par M. Sharon pour justifier le retrait de l’Etat hébreu de ces territoires, force est de constater qu’aux positions difficilement défendables anciennement occupées par les colons israéliens, constamment harcelées, se sont substituées des frontières bien plus difficiles à franchir pour les éventuels agresseurs palestiniens. Les chiffres parlent d’eux même; tandis que plus d’une centaine de candidats à l’attentat suicide en provenance de Gaza avaient été arrêtés après s’être infiltrés sur le territoire israélien en 2004, ce nombre est tombé à 6 en 2005. Demeure toutefois le problème des roquettes artisanales Qassam qui frappent régulièrement les alentours des villes frontalières israéliennes, obligeant récemment Tsahal à lancé l’opération « Ciel bleu » afin d’instaurer des « zones de sécurité« . Le bilan sécuritaire apparaît néanmoins plutôt positif pour Israël.

La santé économique de l’Etat juif semble, elle aussi, avoir profité plus ou moins directement des retombées du désengagement de la bande de Gaza. En effet, le taux de croissance a atteint 5.2% (contre 4.4% en 2004) et le déficit budgétaire 2.5% au lieu des 3.4% initialement prévus. Le taux de croissance par habitant (3.3%) est quant à lui bien meilleur que la moyenne des pays de l’OCDE en la matière (2.2%). Autre évolution positive, le taux de chômage est passé de 10.4% en 2004 à 9% en 2005. Israël a en outre accueilli plus de 1.7 millions de touristes, soit une augmentation de 28% par rapport à l’année 2004.
Au niveau diplomatique, la décision courageuse de M. Sharon a permis une amélioration sensible de l’image de l’Etat juif et de son dirigeant sur le plan international, ouvrant la voie à la normalisation des relations entre Israël et le reste du monde. Il est également intéressant de lire l’analyse pertinente que fait M. Monnerat de la « canonisation compulsive » dont fait l’objet le premier ministre israélien, alors que celui-ci est actuellement entre la vie et la mort.

La situation du côté palestinien semble, quant à elle, s’être considérablement détériorée.

Tout d’abord, rappelons que nombre de journalistes et intellectuels avaient prédit que Gaza demeurerait une « prison à ciel ouvert« , sans aucun contrôle sur ses frontières. Sans s’attarder sur le bien fondé d’une telle dénomination, l’on peut tout de même constater la non réalisation de ces prédictions. Israël a en effet transféré le contrôle du poste frontière de Rafah, à la frontière avec l’Egypte, à l’Autorité palestinienne et à son « grand frère » arabe fin novembre. Cette avancée, combinée au retrait isralien, aurait du, a priori, permettre aux Palestiniens de voir leur quotidien s’améliorer en bénéficiant de leurs nouvelles libertés.

C‘était en tout cas l’avis de ceux qui n’ont pas su saisir les évolutions dramatiques qu’a connues la société palestinienne durant cette dernière décennie, par aveuglement, légèreté ou ignorance. Ainsi l’Union des Progressistes Juifs de Belgique avait-elle soutenu par exemple, juste après le désengagement, qu’ « après trente-huit ans de régime de haute sécurité généralement réservé aux grands criminels, les Gazaouis peuvent enfin circuler librement sur l’ensemble de leur territoire, les étudiants et les travailleurs arriver à l’heure à leurs cours ou à leur travail et à l’heure à la maison, les enfants voir enfin à quoi ressemble la mer…« . Pour ensuite affirmer candidement; « nous nous réjouissons avec eux « . Or la réalité actuelle est toute autre.

Gaza est en effet plongée en plein chaos depuis le retrait des dèrniers éléments des forces armées israéliennes de ce territoire où policiers palestiniens, hamullas et organisations terroristes s’affrontent désormais au sein des zones d’habitation, au mépris des pertes civiles. Ainsi, en 2005, 51% des Palestiniens tués l’ont été été par d’autres Palestiniens (contre 5% en 2004), et 35% de ces Palestiniens tués par leurs « frères » l’ont été entre septembre, date du retrait de Tsahal, et fin décembre. En outre, des locaux de l’O.N.U. ont été attaqués et pillés par des Gazaouis en armes et le terminal de Rafah a, quant à lui, été pris d’assaut par des policiers palestiniens, mis en colère par le meurtre de l’un d’entre eux et par l’incapacité de l’Autorité palestinienne à restaurer l’ordre. Des affrontements ont également opposé gardes frontières égyptiens et activistes palestiniens, activistes qui sont récemment parvenus à détruire une partie du mur frontalier qui sépare l’Egypte de Gaza à l’aide d’un bulldozer, tuant par la même occasion deux soldats égyptiens. Tout ceci amène l’analyste suisse Ludovic Monnerat à parler du véritable « piège de la liberté » dans lequel sont tombés les Palestiniens.

En conclusion, le désengagement semble avoir renforcé les positions israéliennes à tous les niveaux. Beaucoup plus inquiétante est quant à elle la situation chaotique dans laquelle est plongée Gaza, où une véritable guerre de pouvoir fait rage entre les différentes factions palestiniennes. L’Etat hébreu ne doit donc pas se satisfaire outre mesure de ce premier bilan et se doit d’appuyer l’Autorité palestinienne dans sa lutte pour assoir sa suprématie, car le déchaînement de violence que connait Gaza aura inévitablement, tôt ou tard, des répercussions sur la sécurité israélienne.
La normalisation du quotidien gazaoui ne se profile donc pas, pour le moment, à l’horizon. Beaucoup trouveront certainement le moyen d’accuser l’Etat hébreu d’être encore à l’origine de tous ces maux, mais espérons tout de même que les évènements actuels ébranleront quelques certitudes idéologiques sur la question du conflit israélo-palestinien.

Sotek 10/1/2006

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