Gesticulation et manoeuvres en Islam politique

Or, depuis une dizaine de siècles il n’y a plus d’imam et depuis 1923, il n’y a plus de calife. Pour simplifier, on peut dire que pour les shiites leur dernier Imam s’est occulté, mais qu’il réapparaîtra à la fin des temps pour rédimer le monde. La shiah ne représente que 10% de l’Islam et le seul grand pays à majorité shiite est l’Iran. La shiah est divisée et constituée de dizaines de sectes ayant chacune son propre guide ou mahdi, assimilé à l’imam caché.

Pour les sunnites, le dernier calife était ottoman et résidait à Istanboul (ex-Constantinople). Depuis la chute militaire et politique de l’empire ottoman et du califat, après la 1ère Guerre Mondiale, le centre politico-religieux sunnite s’est redirigé vers le Hedjaz, en Arabie. Une lignée tolérante hashémite y régnait jusqu’à ce que la Grande Bretagne l’en évince au profit d’une obscure tribu du désert arabique, du Najd, les Ibn al Saoud. Et ceci sur les conseils du Colonel Lawrence, officier des Services secrets britanniques. En compensation, le roi du Hedjaz a reçu les territoires de Transjordanie et d’Irak. Or en 1917, dans une déclaration mémorable, le 1er ministre anglais Balfour avait lancé le projet d’un territoire juif en Terre Sainte englobant la Palestine, la Transjordanie et une partie de l’Irak. Quelques années plus tard, pour des raisons stratégiques liées en partie à la découverte de pétrole, le territoire promis aux Juifs par Balfour s’est trouvé limité à la Palestine, en deçà du Jourdain, par la puissance mandataire. En fait Lawrence souhaitait la main mise anglaise sur les principales réserves de pétrole du Moyen Orient, par le biais de 3 royaumes qui auraient été sous son influence:

- Un royaume perse et shiite en Iran

- Un royaume hashémite et sunnite en Transjordanie et en Irak

- Un royaume saoudite et sunnite dans la péninsule arabique

Par ailleurs, il projetait de faire transférer les quelques familles arabes ou bédouines qui résidaient en Palestine vers le royaume hashémite, afin de permettre la création d’un état juif en Palestine. Mort jeune dans un accident de moto, le projet de transfert de Lawrence ne vit pas le jour (1).

La religion des Ibn al Saoud est depuis 2 siècles une forme d’Islam pur et dur appelé « wahabisme« , inspiré des premiers califes conquérants (2). Tant qu’elle n’avait pas la manne pétrolière, la tribu des al Saoud ne gênait et n’intéressait personne. Or depuis les rentrées de devises liées au développement de l’Occident, surtout après la 2ème guerre mondiale, l’Arabie obtient des moyens importants d’investissement. Constituée d’une clique de 20 000 personnes, la famille royale a investi dans deux directions, le luxe et la religion. Constituée de tribus nomades qui n’avaient que des tentes et des chameaux il n’y a pas si longtemps, l’Arabie est devenue le pays des palais, mais aussi des mosquées et des madrassas (écoles coraniques) où l’on enseigne essentiellement les valeurs islamiques et la haine du non-croyant, selon les versets iniques du Coran.

Les dogmes wahabites ont été très vite exportés dans le monde entier et au bout de 2 générations, ils ont engendré les terroristes les plus virulents et les bombes humaines les plus dédiées au sacrifice (3). Qu’ils soient de la mouvance d’al Qaeda ou non, des groupes islamistes prolifèrent dans le monde entier, avec l’espoir de rétablir par la force un califat mondial, qui islamiserait la planète.

Et voilà qu’en Irak des milices shiites se retrouvent nez à nez avec ces groupes, dans une guerre ancestrale qui prend ici la forme de voitures-suicides et de routes piégées. Une milice shiite au Liban, le Hezbollah, cherche à déstabiliser le pouvoir sunnite, de même que dans les territoires autonomes palestiniens où le Hamas cherche à manger à deux râteliers. Il est grand temps que le pouvoir sunnite d’Arabie intervienne, celui d’Egypte ne faisant pas le poids, ou trop préoccupé à installer lui aussi une dynastie locale, celle des Moubarak. Alors le monarque arabe convoque un sommet à Riyad, où il invite les 2 factions palestiniennes ennemies, le Hamas et le Fatah, ainsi que, pour la 1ère fois, une journaliste israélienne de Yédiot Ahoronot, comme signe de bonne volonté. Mais le roi Abdallah d’Arabie annule une invitation à un dîner de gala à la Maison Blanche à la mi-avril. Face à la montée de l’Iran, l’Arabie cherche à s’imposer par ses propres manoeuvres, sans l’aide américaine.

À la Mecque, le mécène des Frères Musulmans avait réussi à convaincre H’anyeh du Hamas à s’éloigner de l’Iran et à embrasser son frère président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, dans une accolade où H’anyeh devient le maître des décisions, au détriment d’Abbas. Ce qui créera une impasse dans les éventuelles négociations d’Israël avec les Palestiniens (4).

Puis le ministre des Affaires étrangères saoudien Saoud al Fayçal jette à Israël l’accord de 2002 en l’état, à prendre ou à laisser, et dans ce dernier cas, d’après lui, l’avenir serait entre les mains des « maîtres de guerre ». Bref, un ultimatum. Or cet accord est en retrait par rapport à « Madrid ou à Oslo », puisqu’il ne se base pas sur la résolution n° 242 du Conseil de Sécurité de l’Onu et ne laisse pas de place pour une quelconque négociation de territoires. Or aucun gouvernement Israélien, même fort, ne peut accepter moins que ce qui a été promis par Bush dans une lettre adressée à Sharon en 2002. Dans cette lettre, il n’est plus question du droit au retour des réfugiés palestiniens et Israël conserve les grands blocs d’implantations en Judée et Samarie.

Mais la solution de ce conflit n’était pas la préoccupation du roi Abdallah qui a reçu chez lui, la main dans la main, le président Ahmedinejad. Après cette rencontre, le front Libanais s’est calmé, malgré les gesticulations de Nasrallah à Beyrouth. Puis on a conseillé à l’Iran de prendre ses distances de la Syrie et du Soudan et de mieux contrôler son groupe shiite en Arabie, le Hezbollah al Hijaz.

Gouverné un temps par la dynastie impériale des Pahlavi, l’Iran est tombé entre les mains de mollahs et d’ayatollahs en 1979. Depuis cette date, ce pays disparate sur le plan ethnique, est devenu une république islamique centralisée et gouvernée d’une manière totalitaire par une oligarchie religieuse, aidée par les Gardiens de la Révolution et des services de renseignement musclés.

Les objectifs du nouveau président Ahmedinejad sont à la fois hégémoniques et mystiques. Terroriser et dominer la région grâce à une armada d’hommes-suicide (5) et un arsenal de missiles nucléaires, dans l’attente de la venue imminente de l’Imam caché qui amènera une ère nouvelle après l’apocalypse. Cet homme est prêt à sacrifier une bonne partie de sa population pour réaliser ses projets. L’opposition intérieure n’est pas négligeable, mais elle est bâillonnée et divisée.

Israël semble être un obstacle aux projets funestes d’Ahmedinejad. Alors grâce à des discours incessants le menaçant de destruction nucléaire, Ahmedinejad cherche à fragiliser cet obstacle. Grâce à des déclarations et des forums négationnistes, il cherche à effacer son histoire et sa mémoire et à le saper. Grâce à des propos antisémites distillés là où il faut, il fait appel aux instincts les plus bas, notamment au niveau des médias.

Mais Israël est un obstacle mineur eu égard aux anglo-saxons, appelés le Grand Satan, qui viennent de remporter quelques victoires stratégiques dans la région. De nouvelles tactiques mises en place en Irak commencent à porter leurs fruits. Six Gardiens de la Révolution Iraniens dont 3 appartenant à la Brigade al Qods ont été appréhendés en Irak (6). Et un homme important et précieux de l’appareil sécuritaire Iranien vient de disparaître en Occident. Ahmedinejad arraisonne alors un bateau anglais de surveillance dans les eaux irakiennes et enlève 15 marins qu’il libère au bout de quelques jours sous la pression anglo-américaine (7).

Qu’a-t-il gagné? Alors que les services secrets russes ont annoncé une attaque imminente des Etats-Unis sur l’Iran, le vendredi Saint, le président Iranien provoque une diversion lui permettant de mesurer les intentions américaines. Sous l’influence de ses militaires, il désescalade, tout en criant victoire pour impressionner son peuple. Piètre négociateur, il attend en retour de son « cadeau » la libération des 5 captifs de Bagdad. Une gesticulation qui présage mal de son avenir politique.

L’Occident comme Israël ne doivent pas être émus par ces manœuvres islamiques qui n’ont d’autre but que de préserver le pouvoir totalitaire de dirigeants en place, dirigeants qui ne cessent de rêver d’hégémonie sur le monde. L’Occident comme Israël doivent néanmoins apprécier le moment où la folie l’emportera sur la raison.

Notes

(1) L’historien britannique Martin Gilbert a consulté les archives récemment ouvertes et a été surpris de découvrir que le colonel Lawrence cherchait à favoriser la création d’un état totalement juif qui devait servir de guide et de stimulant à la modernisation des états arabes voisins, comme le souhaitait le roi Fayçal du Hedjaz, arrière grand père du roi Abdallah III de Jordanie.

(2) Voir les articles www.nuitdorient.com/n231.htm et www.nuitdorient.com/n22a14.htm

(3) Le Major Général Michael Barbero, directeur adjoint des opérations régionales au Pentagone, rapporte que des adultes ont piégé un véhicule avec 2 enfants à l’arrière, ce qui a permis son accès facile dans Bagdad, sans soupçons. Le véhicule a été garé près d’un marché à Adamiya, abandonné, puis explosé avec les 2 enfants à l’intérieur. Cela donne la mesure de la sauvagerie ambiante.

(4) « Le Hamas ne reconnaîtra jamais Israël et poursuivra la résistance armée pour libérer la Palestine« , a annoncé Mahmoud A-Zahar, ancien ministre des Affaires étrangères palestinien qui a affirmé que « même si les Palestiniens récupèrent 99% de leurs terres, elles ne seront considérées que comme des frontières provisoires ». Il a souligné qu’aucune génération palestinienne ne renoncera au droit au retour.

(5) Le président Ahmedinejad ne tarit pas d’éloges devant le recrutement incessant de kamikazes. Il a dit récemment: « En Iran les hommes-suicide ont montré la voie et ils éclairent notre avenir. La volonté de mourir par le suicide est une des meilleures façons de vivre »

(6) Et dont un diplomate qui a été libéré depuis.

(7) La reculade est due à l’approche dans le Golfe Persique d’un 3ème porte-avions nucléaire américain, le Nimitz. Le commandant des Gardes Révolutionnaires, le major-général Rahim Safavi en a déduit qu’une attaque américaine était en vue en Mai.

www.chez.com/soued/conf.htm pour www.nuitdorient.com

Albert Soued 10/4/2007

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