Définition du racisme

Les Juifs peuvent parfois choisir de disparaître ou non en changeant de religions (christianisme, islam), de mœurs (païens), ou encore de prétention à former un peuple (Lumières). Parfois ils ne peuvent rien choisir : car par leur naissance ils sont marqués d’un tâche indélébile : Hitler. Contrairement aux animaux domestiques, ils ne rendent aucun service et ne sont d’aucun agrément. Leur raison est tournée vers le mal et ils sont d’ailleurs les fils du Malin. C’est pour cela qu’ils n’ont rien à attendre des masses mais seulement de ces cœurs épris de vérité et de justice qui, acceptant d’exercer leur juridiction souveraine, sauvent in extremis le nom d’humanité des limbes d’un flatus vocis. Cette distinction doit nous amener à ne pas sous-estimer les différences qui existent entre le combat contre le racisme et le combat contre l’antisémitisme.

L’une des difficultés du combat contre l’antisémitisme est qu’il est immédiatement contesté dans son urgence propre en ce qu’il se ferait au détriment du combat contre le racisme. Il existe une variété d’antiracistes qui font obstruction au combat spécifique contre l’antisémitisme parce que justement, à leurs yeux, les Juifs sont du côté du mal, incarné par le racisme; comme ils n’arrivent pas à se forger une vision paternaliste des Juifs, ils les excluent de leur compassion : ils ont l’indignation sélective, parce que défendre les Juifs n’a jamais été une posture avantageuse pour ceux qui cherchaient avant tout à capitaliser sans peine l’estime de leurs contemporains.

Or Juif= déicide, donc Judas, traître; Juif = Rotschild, donc capitaliste; Juif= révolutionnaire, donc sanguinaire; Juif = sioniste, donc colonisateur…Le combattant de l’anti-antisémitisme risque donc de se retrouver plus seul qu’à son tour sur des lignes de crête désertiques à donner le vertige. Il devra faire sans la cordialité des consensus obtenus à peu de frais et parfois sans même l’aide de ceux qu’il veut défendre et qui se croient mieux inspirés de soutenir ceux qui les stigmatisent (cf. Le Juif de négation de J.C. Milner). Le combat anti-antisémite est donc un combat d’éternels minoritaires: il est presque inexistant mais il reste toujours un mince filet d’eau, qui se maintient d’âge en âge comme en attendant que l’antisémitisme se soit révélé aux yeux d’une masse critique pour ce qu’il est, en réalité : la tentation de régler les difficultés de la condition humaine en amenant l’humanité à s’auto-détruire , soit le nihilisme.

Seule cette révélation pourrait sauver l’humanité de la tentation d’auto-annihilation qui s’empare d’elle, via les impérialismes et les totalitarismes qui sont toujours des vélléités de combler la faille de l’identité humaine en tant que telle, faille dont le judaïsme possède le secret et la grâce, lui qui s’est voulu exogène à la commune maison des païens pour mieux les laisser grandir vers leur idéal noachide, pour les attirer vers eux-mêmes, comme un certain Abraham qui entendit un jour une voix inouïe l’appeler : « Va vers toi! » –C’est-à-dire: admets que tu es né libre et cherche la terre que Je , l’Eternel te réserve pour y vivre librement avec les tiens. Bientôt Moïse te dotera d’une Loi, et alors ta liberté sera complète. A présent Je te laisse. Lis et comprends et tu seras un homme. Crime de lèse-infantilité humaine. C’est ce que l’antisémite ne pardonne pas aux Juifs. La rémanence de l’antisémitisme et celle de l’absence d’éducation en Europe c’est tout un.

Il semble qu’il y ait aujourd’hui urgence à faire cette prise de conscience sur la nature propre de l’antisémitisme : en l’absence d’une telle compréhension l’histoire se remettrait à bégayer , compromettant, cette fois, non plus seulement l’existence du peuple juif mais bien celle de toute l’humanité. C’est ce dont aujourd’hui les Juifs concernés par le bien commun cherchent avec un succès mitigé à prévenir les hommes de bonne volonté, afin de leur indiquer que la voie du salut passe par l’éducation qui, apprenant à lire au sens fort aux nouvelles générations, les mettrait en position de se lire et de s’accepter plutot que de s’aventurer du côté des jouissances mortifères.

Par exemple dans la rubrique « antisémitisme » de son site, la Librairie du Progrès, (23 rue des Ecouffes, 75004 Paris), présente ainsi l’ouvrage du philosophe et romancier Stéphane Zagdanski(1) :

Au fond, c’est quoi l’antisémitisme? La haine des juifs? Chaque juif serait donc haïssable, qu’il soit éthiopien, yéménite, polonais, irakien, français ou sud-africain? Un commun dénominateur d’abjection annihilerait une telle diversité ethnique et culturelle, motivant le séculaire délire déployé en paroles et en actes, en moqueries comme en meurtres, d’Horace à Dieudonné et de saint Paul à Ahmadinejad ? Mais qu’ont en commun des êtres aussi dispersés et dissemblables, hormis ce qui fait qu’on les qualifie de  » juifs » ? Et ce qui fait qu’on les qualifie de « juifs », qu’est-ce d’autre que le judaïsme? Il y aurait ainsi au cœur du judaïsme un je-ne-sais-quoi d’assez puissant et profond pour avoir déclenché la plus intarissable des détestations? Or, ce qui caractérise tout à fait exclusivement la religion du Livre, n’est-ce pas sa jouissance revendiquée du Texte ? Dès lors, la paranoïa antisémite aurait, d’une manière complexe, un rapport encore jamais élucidé avec ce qu’on nomme la pensée juive? Toute la sauvagerie déployée depuis tant de siècles à l’encontre des juifs se résumerait, en ultime et secrète raison, à une viscérale haine de la pensée? Même la solution finale aurait été une tentative d’anéantir l’énigme en soi du Questionnement ?

(1)Stéphane Zagdanski Climats 2006 Réédition augmentée de l’ouvrage paru chez Julliard en 1995 381 pages

Nadia Lamm 28/4/2007

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