Le doute n’est plus permis

Pour tenter, autant que faire se peut, de dénouer ce dilemme cornélien, j’ai fait appel au gré de mes lectures à trois représentants de la pensée libérale, l’un étant le député réformateur Jean-Michel Fourgous, puis Pascal Salin et Jacques Garello, universitaires agissant l’un et l’autre depuis la société civile.

Pour M. Fourgous*, « La responsabilité de l’échec revient bien à une classe dirigeante qui a été formée à exercer des compétences, certes utiles dans une économie administrée et fermée, mais inutiles pour ne pas dire dangereuses dans le cadre d’une économie libérale mondialisée ».

A ses yeux, le problème réside donc tout entier dans le fait que « Leur horloge intellectuelle s’est arrêtée à la fin des années 1970, à l’époque où on leur enseignait, dans les prestigieux amphithéâtres de Sciences-Po et de l’Ena, qu’il existait une troisième voie entre le capitalisme et le communisme soviétique, celle d’une économie mixte pilotée par un Etat interventionniste et planificateur ».

Une telle situation a donc conduit tout droit au désastre dont, aujourd’hui, les Français sont les premières victimes pour la très mauvaise raison, fait valoir M. Fourgous avec une amertume palpable, que « Nos dirigeants actuels ne se sont jamais relevés des croyances inculquées à cette époque. » Avec abondance, chaque jour que Dieu fait nous en fournit la preuve irréfutable.

Mais refusant de se laisser abattre par une telle fatalité, notre député réformateur reprend aussitôt espoir : « Si l’on croit, comme moi, que les compétences de l’élite administrative sont désormais obsolètes, il s’agit de changer radicalement de méthode ». Ah ! si en 2007 je pouvais voter pour un tel homme, peut-être M. de La Fayette pourrait-il alors reprendre le cours de son sommeil troublé, le temps d’un vote, par votre serviteur follement épris de Liberté…

Par conséquent, écrit Jean-Michel Fourgous, « C’est parce que je crois en l’homme que j’estime que la première responsabilité d’un président est de contribuer à faire des Français des êtres éclairés. Sa mission principale est donc de faire oeuvre de pédagogie, d’expliquer les enjeux du monde d’aujourd’hui. De dire que nous ne sommes pas les victimes de la mondialisation. Mais que les efforts à accomplir pour raccrocher le wagon des pays les plus dynamiques seront importants. Qu’aucune place n’est acquise définitivement. Que l’Etat et notre système redistributif ne suffiront pas à garantir notre pouvoir d’achat futur ».

En ce qui me concerne, j’attends toujours qu’un des deux candidats en lice ose s’adresser en ces termes, horresco referens, aux Français déboussolés au point d’avoir renvoyé avec pertes et fracas, une première depuis de longues années, les extrêmes de tout poil à leurs chères études crypto-marxistes et pseudo-nationalistes !

Quant à la société civile libérale, mue par les grands précurseurs qu’auront été, sur la scène politique, Ronald Reagan, Margaret Thatcher de même que, plus récemment, le jeune ancien Premier ministre d’Estonie, Mart Laar, voici ce qu’elle en pense via les grands penseurs libéraux de tous les temps auxquels Pascal Salin et Jacques Garello, dans le domaine de l’esprit, font honneur en France :

Pascal Salin : « Ceux des Français qui sont désespérés par l’immobilisme et l’aveuglement de leur classe politique ne peuvent-ils pas reprendre un peu d’espoir en regardant à l’extérieur ces hommes et ces femmes politiques qui ont transformé leur pays à partir d’idées simples, mais vraies, grâce à la profondeur de leurs convictions ? Ils sont la preuve vivante qu’un changement radical et rapide est possible et qu’il conduit au succès ».

Mais alors, quid de notre pays ? « Certes, c’est peut-être plus difficile en France car les esprits y sont, plus que partout ailleurs, marqués par le marxisme, les idées socialistes et l’illusion égalitariste (…) C’est d’ailleurs bien ce qu’avait compris Friedrich Hayek lorsqu’il disait que, si jamais la France devenait libérale, c’est que le monde entier le serait déjà devenu depuis longtemps. » Ah ! J’adore Hayek !

D’où la difficulté de réformer, dans notre pays, puisque « les hommes politiques français (…) ne sont pour leur part que des pragmatiques sans principes, c’est-à-dire des producteurs d’idées fausses et, surtout, des décideurs nuisibles. On s’étonnera ensuite que leurs décisions aient abouti à des ‘effets pervers’ (…) Symétriquement, c’est à tort que l’on parle de miracle estonien ou irlandais. Ces miracles ne sont que la conséquence prévisible de réformes libérales. » Point barre./

Je n’aurais garde d’omettre l’intervention publique aux accents putschistes de François Bayrou annonçant, fort des remarquables résultats obtenus littéralement par une formule magique du genre ‘abracadabra’, la création d’un nouveau Parti démocrate tombeur, avec 18,57% des suffrages exprimés au premier tour, de la vétuste UDF.

A ce sujet, Jacques Garello*** fait mouche : « Je suppose qu’un certain nombre d’électeurs ont voté Bayrou parce qu’il incarnait à leurs yeux ‘l’anti-système’. Ces électeurs en ont assez de voir le paysage politique français toujours dominé par les mêmes hommes, les mêmes partis, les mêmes idées – même si les candidats porteurs de ce conservatisme étaient relativement neufs. Beaucoup de ces électeurs avaient voté Le Pen en 2002, mais Bayrou est devenu une sorte de Le Pen ‘politiquement correct’. Ainsi François Bayrou recueillait-il sur son nom des suffrages de contestation, et des suffrages d’illusion ».

D’où cette analyse lapidaire de la pensée centriste : « Mais n’est-ce pas la vocation naturelle du centre de bâtir son succès sur le non-dit, sur le non-engagé, sur le non-projet ? Ici comme ailleurs le neutralisme signifie le relativisme – tout se vaut – et le pragmatisme conduit à l’immobilisme (…) J’ai du mal à comprendre le centre ».

Jacques Garello a mille fois raison : le peuple français, en effet, conscient que la France ne peut plus se contenter de déclamer à la Sarah Bernhardt – fût-elle incomparable – dans le nouveau théâtre universel, exige désormais que la pièce soit jouée par des acteurs nouvelle génération qui connaissent et appliquent leur texte à la lettre.

Le doute n’est alors plus permis : nous sommes toujours plongés en pleine confusion mentale et tout reste donc à faire… Si, dès l’élection faite, rien ne se produit dans le sens souhaité par les Français, alors ne doutons plus que nos concitoyens, poussés à bout, ne viennent rapidement chanter mâtines sous les fenêtres du nouveau pouvoir en place !

* Jean-Michel Fourgous : L’élite incompétente, aux éditions de L’Archipel.

** Pascal Salin : Français, n’ayez pas peur du libéralisme, chez Odile Jacob.

*** Jacques Garello : La Nouvelle Lettre No 915 du 23 avril 2007.

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02400 FRANCE

27/4/2007

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