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Prélude au futur discours de E.Macron sur la «guerre d’Algérie»



Dans son Histoire intérieure du FLN(1954-1962)[1], Gilbert Meynier montre par exemple que derrière la vitrine occidentalisée bien mise en avant pour rassurer les soutiens de la gauche française (l'auteur le souligne p. 505), existait des tendances non seulement anti-françaises mais violemment anti-occidentales au sens anti-moderne du terme, c'est-à-dire refusant le mode de vie urbain, l'évolution des moeurs, le droit des femmes, bref, la liberté, le tout étant remis en cause, en soi; la colonisation n'étant qu'un vecteur, un effet pervers, une étape avant l'extraction finale du mal, la modernité et son visage historique: la démocratie réelle, celle qui ne s'arrête pas au bourrage des urnes.

 

 

 

Meynier écrit la chose suivante (pp. 220.221) :

 

" (…) la référence à l'islam fut une constante du discours F.L.N. Peu avant son assassinat, Chihani/Si Messaoud -(cadre influent, il fut accusé d'homosexualité et tué pour ce "prétexte" par ses frères d'armes selon Meynier p. 392)- présida une réunion à Oum khaled devant 250 personnes. Il y aurait déclaré d'un ton sans réplique : " Les Français nous ont toujours menti, ils nous ont toujours foulé aux pieds. Ils vous empêchent d'appliquer strictement les préceptes de notre religion musulmane. Ils vous apprennent à fumer et à vous saouler. Vous devez lutter avec nous pour les chasser, mais j'ai appris qu'il y avait des faux frères qui nous vendent. Je tiens à vous prévenir que toute défaillance dans ce domaine sera sanctionnée par l'égorgement."

 

Plus loin, et à propos de ce même Chihani, Meynier note que celui-ci (p.233) "dut, comme tant d'autres, instrumentaliser l'islam comme moyen de mobilisation. Et instrumentaliser la religion, c'est déjà avoir un rapport moderne à la religion."

Mais cette "modernité" est réduite à l'état d'une technique, elle n'a rien à voir avec une vision réellement, authentiquement, moderne, c'est-à-dire laïque.

Meynier observe qu'en règle générale (p.221) :

 

"L'identité globale est signifiée spontanément par la religion. Fréquentes sont les injonctions à retrouver, par le combat émancipateur, "notre dignité et notre personnalité arabo-musulmane bafouée et menacée de disparition depuis 1830." (note 287 : Bulletin intérieur de la Zone autonome d'Alger, septembre 1957 (…)". "

 

Meynier fait ainsi part, et à maintes reprises, de références incessantes à la religion, par exemple l'obligation de la prière et du ramadan pour un "front" prétendant oeuvrer pour un "Etat moderne" (p. 232), certains, tel "Hadj lakhdar" (p.396), aurait, selon "certaines sources, de sa main tué des gens surpris à fumer" (idem, note 43).

Plus haut dans son texte (p. 220), Meynier observe que

 

" Krim, Ouamrane et leurs compagnons jurèrent sur le Koran, à la veille du 1er novembre".

 

Ce qui indique que l'insurrection n'était pas principalement perçue comme une lutte de libération nationale pour certains, mais bel et bien comme l'amorce d'un "jihâd" (p.220), susceptible de rompre avec les racines occidentales qui en Afrique du Nord, remontent bien avant l'arrivée de la France et commençaient à repousser peu à peu, malgré et contre le colonialisme, puisque les gouvernants français successifs n'avait eu de cesse de séparer les "musulmans" des "français", communautarisme bien officiel celui-là, qui ne pouvait être effacé d'un revers de main comme le croyait un peu naïvement Jacques Soustelle (nous en reparlerons plus loin) et qui sans doute a nourri l'arabo-islamisme, bien qu'il ne l'ait pas créé.

Meynier observe par exemple ceci sur l'atmosphère de ces années de braise (p.220) :

 

"On chercherait en vain dans la thawra (insurrection) algérienne ce qui put se produire lors de la révolution irakienne de juillet 1958: des révolutionnaires brûlant en pleine rue le Koran, dans un contexte, il est vrai, radicalement différent. Il y a des situations dans lesquelles le geste du révolutionnaire s'en prend violemment aux symboles dirigeants et aux principes directeurs de la société (statues, textes sacrés, églises, châteaux…), à l'inverse de l'Algérie où la lutte était menée prioritairement contre l'étranger. (…). Ali Zamoum relate que, dans une lettre, l'expression codée pour dire que quelqu'un avait rejoint le F.L.N. put être : " il fait à présent ses prières".

 

Meynier cite à ce propos le livre souvenir de ce même Zamoum, disant (in Le Pays des hommes libres, p. 106) :

 

"A l'heure de la prière, tous debout, en rangs, avec à la tête un imam, nous formions l'image d'une communauté unie, différente et opposée à celle des chrétiens représentée par les gardiens qui nous observaient derrière la grille de la salle sans rien dire."

 

Meynier observe néanmoins une différence entre les textes de 1954-1955 mobilisant sur la religion et ceux de la période 1960-1962 plus tournés vers l'action politique (p. 233). Ainsi, il note que selon la région, par exemple le "Nord Constantinois", la "Kabylie", les problèmes "sont abordés sous un angle purement politique", pour la première région, et il n'existe "aucune référence religieuse" pour la seconde. Mais plus loin (p. 505) Meynier avance ceci quant à la période 1954-1958 :

 

"Un texte fondamental -Les Mémoire d'Amokrane- permet au lecteur européen de constater que le F.L.N. ne se réduisit pas à la frange occidentalisée qui était présentée à dessein à l'opinion internationale, et à laquelle, narcissiquement, les Français sympathisants voulurent réduire le F.L.N., à commencer, souvent, par certains porteurs de valises. Car, chez Amokrane, le 1er novembre 1954 est présenté comme l'aboutissement d'une promesse de Dieu. Pour lui, doivent régir la "révolution" des hommes se plaçant hâfiz (mémorisateur de Koran). Et il professe dans ses Mémoires que les Algériens qui ne suivaient pas ces préceptes devaient être châtiés comme ils le méritaient; cela quelle que soit la réalité de la foi personnelle de l'auteur.

De fait, en Algérie, outre l'Aurès-Nememcha et le Sud, où l'observance religieuse était spontanée, ce fut en particulier en Kabylie que, jusqu'à la mort d'Amirouche, les colonels Mohammedi et Amirouche firent régner un ordre islamique rigide. Une directive de février ou mars 1957 donna pour consignes aux responsables de villages de faire respecter l'obligation de la prière pour les personnes des deux sexes au-delà de 15 ans, et de la prière collective du vendredi. Dans le prolongement de l'action des 'ulamâ, (savants de la cléricature musulmane citadine),en Kabylie toujours, le F.L.N. mena campagne contre les marabouts, voire détruisit des qubba(s) (tombeau) de mausolées de saints. Dans le Constantinois, aussi, les grands dignitaires des confréries furent menacés en raison de leurs doubles jeux et de leurs appels au calme. Certains finirent égorgés. Dans la (wilâya, région militaire) 4, aussi, les manifestations du culte maraboutique furent interdites."

 

Cette destruction de mausolées de Saints, si importants en Berbérie (Camps, op.cit., Les Berbères, p. 196), fut d'ailleurs repris dans les années 1990 par les islamistes non FLN, -le FIS étant après tout le fils du FLN pour reprendre un adage -populaire- de l'époque-, parce qu'il s'agissait (et il s'agit toujours) de centraliser le rapport au religieux afin d'imposer une seule interprétation susceptible de servir les intérêts politiques du clan au pouvoir à ce moment là.

Meynier tempère d'ailleurs les velléités de sécularisation de la seconde période (1958-1962) pour la bonne raison que l'arabisation suit le sillage de l'islamisation avant de laisser à nouveau et pleinement la parole à celui-ci lorsqu'il a des difficultés d'implantation. Meynier relate tout d'abord ceci (pp. 221-222) :

 

"Ordinairement, l'arabité n'est pas distinguée de l'islamité en Algérie. Frères en communauté, et tout différents qu'ils sont des Algériens, les autres Arabes sont spontanément inclus dans l'umma et font partie de la famille. (…) Comme l'a fait remarquer Mohammed Harbi, pour un Ben Bella, le fait que des Algériens aient pu avoir une politique étrangère en Égypte ne correspondait pas vraiment à sa sensibilité. On comprend mieux le cri fameux de Ben Bella à son arrivée à Tunis en 1962 : " Nous sommes des Arabes! Des Arabes! Des Arabes!". Cri sans doute calculé (…), mais cri correspondant aussi à un vécu profond : notre islamo-arabité nous constitue".

 

Plus loin (p.223) Meynier remarque:

 

"Tout ce qui peut démontrer la supériorité des Arabes et des musulmans y est convoqué. Et comme les Arabes et les musulmans ont été puissants il y a plusieurs siècles, le passé est naturellement exalté. D'où les incitations à venger la bataille de Poitiers, d'où aussi l'affirmation obsessionnelle de la supériorité militaire du jundiyy (combattant) algérien (…) (;) au sommet de l'appareil, (…), un moderniste comme Mouloud Kacem Naït Belkacem, cadre germanophone de la délégation F.L.N. à Bonn, ne craint pas d'assener dans ses conférences l'assertion qui lui est chère selon laquelle l'Algérie était, en 1830, une "superpuissance"."

 

Meynier observe quelque chose d'encore plus intéressant sur les liens entre islamisation et arabisation (p.506) :

 

"Quand on envisage la nécessaire arabisation, faute d'y avoir réfléchi on pense au F.L.N., chez des cadres très majoritairement francophones, spontanément à la récupération d'un arabe classique stéréotypé aussi classique que possible, renvoyant à un absolu de la dignité culturelle plus qu'à une koiné arabe moderne permettant conjointement d'assurer l'intercompréhension avec les Arabes du Machrek et d'élever le niveau des dialectes en Algérie.

Pour nombre d'Algériens formés à l'école coloniale et souffrant de ne pas maîtriser l'arabe, l'accès à l'arabe était presque revêtu d'une dimension aussi sacrée qu'une entrée en religion.

Le F.L.N. retint en définitive comme sienne l'idéologie sacro-culturaliste des 'ulamâ-. Arabisation et islamisation de la culture allèrent généralement de pair,l'arabe classique étant vu prioritairement comme la langue sacrée du message coranique. Cet arabe rêvé renvoyait en fait bien à l'identité coranique : toutes les fois que les Algériens sont perdus, ils se raccrochent à l'islam. Dans l'énonciation par la plupart des nationalistes algériens des critères de l'identité, il y eut pour l'essentiel l'islam et seulement l'islam et/ou sa variante consubstantielle en Algérie, l'arabisme."

 

Meynier note ainsi que plutôt d'articuler les dialectes algériens, -improprement appelés "arabe dialectal" tant leur caractère hétéroclite entremêlant les mots des diverses langues ayant fleuries en Afrique du Nord est incompréhensible pour un Saoudien par exemple-, en une composition unique qui se serait constitué aux côtés du français et du berbère (en voie actuellement de s'homogénéiser grammaticalement dans toute l'Afrique du Nord, avec des variantes et deux alphabets néanmoins), les dirigeants F.L.N ont préféré imposé une langue encore plus étrangère que ne l'était le français présent de plus en plus massivement depuis 1830, -(et puis le français ne dérive-t-il pas du latin que parlaient les ancêtres des berbères actuels, les Numides, les Gétules, par exemple St Augustin ? )-, français qui était en passe de s'affirmer au sein même de la population autochtone du fait des progrès de la scolarisation.

Meynier fait ainsi part de cette anecdote (déjà citée en introduction) pas si étonnante que cela à vrai dire (p.506) :

 

"Un jeune algérien éduqué à la Zaytûna et ayant pris le chemin du Caire à la veille de la guerre crut bon, à son arrivée en Égypte, d'utiliser l'arabe classique impeccable qu'il maîtrisait parfaitement. Et, inévitablement, les Égyptiens le regardèrent comme un oiseau rare. Il ne viendrait en effet à l'idée de personne en Égypte d'avoir honte de traces dialectales égyptiennes. (…)".

 

Meynier note également (p. 507) :

 

"Il y eut souvent (…) chez nombre de cadres francisants, éclatement schizophrénique entre une sacralité qui aurait été éternellement investie par l'arabe et une modernité dont le français serait essentiellement vu comme le vecteur de choix. Cela était de nature à entraver les très réelles charges de modernité dont étaient porteurs nombre d'arabisants."

 

Cette façon de voir le français n'a plus cours aujourd'hui en "Algérie", mais arrêtons-nous sur ce que Meynier observe de cette "modernité" chez certains "arabisants" parce qu'elle démontre que la volonté d'islamisation par son biais n'était pas si bien perçue que cela, parmi le peuple, y compris chez les premiers concernés (p.508) :

 

" (…) au congrès de l'U.G.E.M.A (Union générale des étudiants musulmans algériens) de juillet 1960, ce furent les étudiants arabisants qui votèrent, contre les francisants, pour la suppression du "M" pour "musulman" dans la dénomination du syndicat étudiant. Bref, plus généralement, nombre de cadres arabisants étaient en moyenne plus cultivés et d'une ouverture d'esprit plus ample que la plupart de leurs collègues francisants.

A l'inverse, les francisants en restaient à une logique de substitution. La culture les dérangeait parce qu'elle les remettait en cause. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'ils aient porté une responsabilité écrasante dans la manière dont ils conçurent et réalisèrent l'arabisation après l'indépendance : dans le stéréotype et la sacralité, comme pour satisfaire le sens commun du peuple ; car ce furent essentiellement des francisants qui menèrent après 1962 la politique d'arabisation."

 

Mais comme celle-ci ne put prendre son essor qu'en accentuant ce lien entre arabisation et islamisation, comme l'a remarqué Meynier (voir plus haut) on peut se demander dans ce cas si les plus grands partisans de l'islamisation ne venaient pas aussi d'éléments d'origine berbère soucieux d'effacer leur propre trace aussi bien que le firent leurs ancêtres lorsque ceux-ci islamisèrent leurs frères comme le note Joseph Cuoq[2] et les arabisèrent, en particulier via " l'afflux des Andalous chassés d'Espagne au XVème siècle, lesquels étaient le plus souvent des berbères totalement arabisés" comme l'observe Gabriel Camps (Les Berbères…, p. 138 et suivantes[3]), celui-ci notant d'ailleurs (p.138), que le nombre des envahisseurs arabes aux alentours du XIème siècle était similaire à celui des Vandales, voire peut-être moins, soit

 

"cent mille les individus de sang arabe qui pénétrèrent en Afrique du Nord au XIème siècle. Les Vandales, lorsqu'ils franchirent le détroit de Gibraltar pour débarquer sur les côtes d'Afrique en mai 429, étaient au nombre de 80 000, ou le double si les chiffres de Victor de Vita ne portent que sur les hommes et les enfants de sexe mâle. (…)".

 

Et de nos jours l'un des fondateurs, pourtant, de l'Académie Berbère, Mohand-Aarav Bessaoud a pu écrire cette chose étonnante dans la nouvelle introduction de son livre relatant les méandres et les coups fourrés du "FLN", Heureux les Martyrs qui n'ont rien vu, (Editions Berbères, 1991) et dont la première édition fut interdit par le pouvoir en 1963 (p. 11) :

 

"Je disais donc que, face à l'arabisme agressif et provocant de monsieur Ben Bella, toutes les voix, fortes ou faibles, du berbérisme s'étaient bâillonnées. Il était donc à prévoir que ce petit livre redonnerait l'espoir à ceux qui ne l'avaient plus et par là même susciterait l'ire des arabistes, surtout celle de notre B.B. Et cela ne manqua pas, car dès sa parution en août 1963 un mandat d'arrêt fut lancé contre moi et le livre interdit sur le territoire national. Pourquoi Ben Bella est-il aussi bête au point de confondre "islamisme" et "arabisme" ? Il devait savoir pourtant que si le premier est d'inspiration divine, le second est une création des chrétiens libanais qui voulaient -avec l'aide de la France et de l'Angleterre- affaiblir l'Islam. Il n'y a rien de plus contradictoire que l'arabisme et l'islam.(…)"

 

Bessaoud ajoute dans un "Avant-propos", (pp.25-26):

 

"En insistant sur l'importance et le rôle des Berbères en Afrique du Nord, leur patrie authentique, il n'est point dans notre intention de nier l'apport arabe, surtout dans le domaine culturel et spirituel, ni même de nous dresser contre l'Unité projetée. Nous estimons même qu'elle indispensable pour mieux vivre ou pour survivre. Mais nous n'admettons pas qu'elle soit limitée au seul monde arabe, lui donnant par là un caractère racial qui va à l'encontre des préceptes de notre religion. " Tous les Musulmans sont frères ", dit le Coran, tandis que le Prophète a dit : " il n'y a pas de différence entre l'Arabe et le non Arabe" et ceci, bien entendu dans le cadre de l'islam.

Si donc le socialisme est une doctrine conforme à l'esprit de l'islam, il faudrait qu'il fut unanimement adopté par les Musulmans, de Marrakech à Djakarta. Il faudrait créer non pas la R.A.U. mais l'U.R.S.I. (Union des Républiques Socialistes Islamiques). A ce moment-là, nous ne verrons pas d'inconvénients à ce que notre drapeau, ce drapeau de nos Chouhadas, se confonde avec d'autres, ni même devienne une étoile dans celui de l'Égypte ou du Pakistan."

 

Or, que fit le pouvoir "algérien", -par exemple Houari Boumediene à partir de 1965 avec son programme des "dix mille mosquées" d'une part, -(qui montèrent à quatorze mille en 1996, et sans aucun contrôle de l'Etat, voir Ahmed Ameziane Zoungari dans Regards n° 33- Mars 1998, Algérie, résistance sur le front culturel)- et, d'autre part, l'importation massive d'imams d'Égypte, de Syrie, (dont ces pays ne voulaient même pas tant ils étaient radicaux), sinon d'accentuer l'islamisation ?

Mais pourquoi faire ? En vue précisément d'arabiser et ce même pas à la façon "moderniste", c'est-à-dire sans référence à la religion comme le réclamait nous dit Meynier les "arabisants", mais en introduisant une vision salafiste (salafiyya, retour à l'islam des ancêtres précise Meynier p. 785) de l'islam, c'est ce qu’indique de son côté Cuoq lorsqu'il étudie justement ce dernier, je l’avais relevé déjà en introduction (L'Église d'Afrique du Nord… 

"La fin du 8 ème siècle et le début du 9 ème siècle sont dominés en Islam par la constitution des grandes écoles juridiques (madhhab), qui réglementent la vie privée et publique des musulmans. L’école qui a prévalu au Maghreb fut celle de Mâlik b. Anas (m. 795) (…).Jusqu’alors les musulmans avaient réglé leur conduite d’après les coutumes, le sens commun et les directives orales des hommes de religion… Les relations avec les non musulmans étaient laissées au jugement de chacun. Ce n’est qu’incidemment que le droit malékite en traitait à propos des successions, des taxes personnelles (jizya), de la pureté légale, de l’aumône, des interdits alimentaires, des relations commerciales, des tribunaux, du droit de tester, etc. (20). Ces diverses dispositions, qui ont pour but premier de définir les droits de Dieu à respecter jusque dans le moindre détail, ont eu pour conséquence plus ou moins voulue de compartimenter la société en un dâr al-Islâm (espace musulman) et en un dâr al-kufr (espace d’infidélité). Il en est résulté une coexistence de pluralisme confessionnel mais non une cohabitation, qui implique plus ou moins un partage.Bien plus, de telles mesures, les ambitions et les intérêts y poussant, ne pouvaient que susciter une ségrégation à base religieuse, et, à la limite, un refus de l’autre. (…) ».

 

Cuoq détaille à nouveau ce que cela veut dire au quotidien (pp. 165-166):

 

"Al-Qâbisî, shaykh originaire de Gabés, comme l’indique son nom, n’hésite pas à prêcher la ségrégation la plus absolue dans l’école, non pour des motifs raciaux ou moraux mais pour des raisons de pureté légale, les minoritaires étant considérés comme légalement impurs. Dans un de ses rares écrits qui nous soient parvenus (30), il expose ses recommandations aux maîtres d’école. Les enfants musulmans ne doivent pas être mêlés, insistait-il, aux enfants juifs ou chrétiens. (…).C’est une semblable mise en garde que manifeste al-Qâbisî à propos des fêtes chrétiennes auxquelles participaient des musulmans soit par amitié et sympathie soit, peut-être, en souvenir de leurs racines chrétiennes. (…)".

 

Revenons maintenant à la façon dont l'islamisation devint un vecteur non seulement d'arabisation mais d'enfermement. Qu'en était-il des femmes dans le Maquis et pendant "l'indépendance", bien avant donc l'instauration du Code de la famille (1984) qui réifia leur infantilisation d'Etat ?

Meynier observe ceci (p.224) :

 

"Si l'on en croit Frantz Fanon, au F.L.N., "la femme pour le mariage (aurait) fait place à la femme pour l'action". En un sens ce ne fut point faux. Si ce n'est que le rôle des femmes a été médiatisé par le F.L.N. sur le mode héroïque à la face d'un public occidental progressiste heureux de vérifier que ces Algériens qui combattaient n'étaient pas des passéistes. Or les Algériennes n'ont jamais pris les armes au maquis, sinon sur des photos (…).

En réalité, les femmes ne sont pas venues au combat par recrutement systématique du F.L.N. Leur "participation s'est faite spontanément dans le feu de l'action" (Amrane Djamila, Les Femmes algériennes dans la guerre, Paris, Plon, 1991, p. 247). Parties au maquis pour apporter leur contribution à la libération de leur patrie, elles pensent, ce faisant, échapper à l'étouffoir patriarcal."

 

Meynier précise alors leur fonction (p. 225) :

 

"Sont dévolues aux femmes des tâches de ravitaillement, d'hébergement et d'entretien des combattants".

 

Il observe néanmoins des exceptions (p.226) :

 

"De fait, dans l'exceptionnel contexte citadin de guerre, il y eut à Alger une certaine égalité dans la camaraderie de combat."

 

Meynier ajoute cependant (Ibid) :

 

"Mais dans les quelques cas où des Algériennes voulurent emboucher les trompettes de l'émancipation promise par la France en 1958, la réaction ne se fit pas attendre. Plusieurs furent molestées. Au moins l'une d'entre elles fut assassinée à Médéa. (…).Pour le F.L.N, la France ne pouvait que vouloir entraîner les musulmanes qui avaient tout ce qui leur fallait:" Notre religion, depuis quatorze siècles, a accordé à l'homme comme à la femme le droit à la liberté, à l'instruction, au combat pour la défense de son pays" (proclamation du service d'information de la Wilaya 2 (été 1958)."

 

Meynier fournit également des détails piquants sur la propagande FLN en direction des femmes, par exemple celle de la  

"brode anxieusement sur les Françaises sans voile, hantant les dancings et les spectacles, comme Mlles Sid Cara et Kebtani "et autres traîtresses de la religion et de la patrie (sic)" : de tels modèles pour les musulmanes ne peuvent qu'inciter " son armée (de la France, NDA) dépravée d'attaquer ton honneur, de te détourner de la participation à la libération de ton pays (…) afin d'empêcher d'assumer ta responsabilité vitale : c'est-à-dire gérer les affaires de ton foyer (…). Algériennes! Vos soeurs et vos frères vous conseillent de rejeter à sa face ces libertés trompeuses et de fournir aux militantes et militants du F.L.N. les noms des traîtresses qui espionnent et propagent la politique de l'ennemi" (S.H.A.T, 1H1636-1).

Pour parler clair, la morale sexuelle qui s'impose aux femmes est particulièrement sourcilleuse. Et sur ce chapitre, loin de contester radicalement l'ordre familial comme cela put être allégué par tels chercheurs étourdis, le F.L.N. fait pratiquement de l'émancipation un synonyme de trahison. Il récupère la culture patriarcale et la fait fonctionner en tant que substitut du père patriarcal.

En Wilâya 3, tout au moins, et en tout cas jusqu'en 1959, la vérification de la virginité des recrues mujâhidât est un préalable. Plusieurs femmes algériennes refusèrent ce contrôle humiliant qui violait leur intimité et eurent des ennuis avec la direction de la wilâya. Parmi elles des femmes encore en vie et qu'il n'est pas décent de nommer. Une militante européenne, venue du P.C.A. et de la "bataille d'Alger", refusa elle aussi mordicus cette dégradante vérification."

 

Plus loin (pp. 227,228) Meynier observe :

 

"L'A.L.N (L'armée de libération nationale, bras militaire du FLN) remplace donc le père dans la gestion du bon sexe. Elle se réserve le droit d'autoriser, ou non, le mariage aux junud (combattants) qui en font la demande. Dans une mintaqa (zone) de la W3, en juillet 1960, "le maquisard marié sans autorisation de l'A.L.N. et à l'insu des populations sera exécuté. Si le mariage n'a pas été autorisé mais conclu conformément au droit musulman, l'intéressé sera condamné à un mois de prison puis déplacé. Les sous-officiers et officiers encourront les mêmes peines, auxquelles s'ajoutera la dégradation. (S.H.A.T., 1H1619-1). (…).

Même si, ici et là, quelques responsables s'inquiètent des répudiations excessives, le F.L.N. refuse que la France veuille, en 1959, réglementer le divorce et interdire la répudiation. (…) Le Moudjahid proteste avec indignation contre "cette nouvelle atteinte de la France à l'islamisme (sic)" (Le Nationalisme algérien et les femmes, Paris, L'Harmattan, 1995, p. 254). " Ainsi des français, au surplus chrétiens ou de confession israélite comme l'est, paraît-il, M. Michel Debré, ont osé de propos délibéré porter atteinte au Coran, de par son essence immuable (alors que) la religion est un domaine qui relève exclusivement de la communauté des croyants." (…)".

 

Meynier ajoute :

 

" (…) en wilâya 3, les Mémoires de Mohamed Benyahia offrent une anthologie des recours au droit de cuissage, conjugué dans un cas avec l'égorgement des victimes, ce pour quoi il ne semble pas que l'officier coupable ait jamais été puni. Toujours en W3, un capitaine se réserva une jeunette échappée par patriotisme de son milieu protégé de Bejaia, la cloîtra et lui imposa le mariage alors qu'il était déjà marié. Mais elle finit par s'échapper. Djamila Amrane mentionne cinq cas de maquisardes qui auraient été exécutées (Les femmes algériennes dans la guerre, p. 254). En wilâya 4, si l'on en croit du moins le témoignage d'un rallié, un officier supérieur aurait égorgé sa compagne en public. Mais le fait n'a pu être recoupé ni, donc, vérifié par l'historien."

 

Enfin, et toujours à propos des femmes, et des moeurs, lorsque Alger fut occupé par la Wilâya 4 en juillet 1962, alors que le FLN "implosait" observe Meynier, (mais de cela nous n'en parlerons pas, du moins ici) ce dernier remarque (p. 665) ceci :

 

"Les guerriers limitèrent les déplacements et ils firent la chasse aux "filles du 13 mai" auxquelles purent arbitrairement assimilées les dames non voilées. Ils inaugurèrent une pratique qui allait devenir périodiquement courante dans l'Algérie indépendante : le contrôle de la licéité des couples circulant en ville par l'exigence de la production du livret de famille ".

 

La référence au "13 mai" (1958) est intéressante parce qu'elle souligne, en plus du début chronologique de la crise de régime en France et l'arrivée au pouvoir de Charles de Gaulle, cette ultime tentative du "parti de la France", comme le disait les idéologues islamistes du FLN, pour rattraper le temps perdu en s'ouvrant enfin à la population autochtone hors colons qui aspirait certes à l'autodétermination mais au sens moderne, c'est-à-dire certainement pas en direction de l'islamisation qui pointait déjà son enfermement derrière les canons du FLN avide de s'emparer d'Alger la blanche, si bien nommée tant elle se comportait comme une oie du même nom.

Jacques Soustelle, le montre bien dans son livre L'espérance trahie (Paris, éditions de l'Alma, 1962) où on le voit décrire cette période ouverte par le 13 mai 1958 à Alger, et ce bien plus en ethnologue et sociologue, -(malgré ses partis pris et l'emploi d'un vocabulaire colonial, comme celui du terme "musulman" pour désigner la population autochtone hors colons)-, qu'en "fasciste", comme d'aucuns s'empressèrent de le cataloguer du fait de ses prises de positions politiques ultérieures, favorables aux putschistes de "l'Algérie française".

Ainsi, écrit-il (pp. 37-38) :

 

"Le soir du 16 mai, la Casbah descendit en masse sur le Forum pour ce qui devait être la première manifestation de fraternisation. Je n'ai pas vécu celle-là, mais j'en ai vu bien d'autres, et dans toute l'Algérie. Prétendre n'y voir qu'une mise en scène, une mystification, est faire preuve d'une ignorance abyssale en même temps que d'un aveugle parti pris. Les masses musulmanes, ce jour-là et les suivants, s'étaient vraiment dégelées. Mais pour les défaitistes métropolitains, l'Algérie plébiscite le F.L.N. si quelques milliers de musulmans brandissent le drapeau vert et blanc, tandis que s'il y en a dix fois plus pour crier " Vive la France! " cela ne signifie rien. Il est évident, pour quiconque connaît l'Algérie, que les fraternisations furent réelles et sincères. C'était là un fait capital, d'une signification bouleversante, car le F.L.N. déconcerté et coupé de sa base voyait son emprise sur la population se relâcher, les Européens acceptaient l'intégration avec toutes ses conséquences et les Musulmans la réclamaient.

C'est à partir de là que tout pouvait être sauvé. "

 

Plus loin (pp. 39-40), Soustelle décrit, avec exaltation, ce qu'il voit:

 

"A Alger et dans la Mitidja, à Oran, à Constantine, à Bône, à Tizi-Ouzou, porte parole d'une révolution qui prenait conscience d'elle-même, je présidai des rassemblements émouvants et grandioses. Européens et Musulmans accouraient ensemble à ces fêtes de la fraternité, des femmes se dévoilaient solennellement, des foules immenses brandissaient pancartes et drapeaux. " Vive l'Algérie française! Vive la République! Vive de Gaulle! " ponctuaient rituellement les discours prononcés en français, en arabe ou en berbère par des officiers, des militants, des fellagha ralliés, des femmes, dans une explosion joyeuse et confiante.

Ma hantise, pendant ces rassemblements, c'était l'attentat, la grenade lancée d'une fenêtre, le couffin de dynamite qui tue et mutile dans la foule, la rafale de mitraillette. Alors il n'y aurait pas eu seulement des morts et des blessés, mais c'est l'espérance elle-même qui eut été atteinte, peut-être mortellement. Une seule fois, à Tizi-Ouzou, une détonation sourde retentit : un harki avait laissé tomber une grenade mal accrochée à ses bretelles d'équipement. Un trou se creusa dans la foule, presque aussitôt comblé; avec un sang-froid extraordinaire, les Kabyles se tournèrent de nouveau vers l'estrade. Combien il eût été facile, pourtant, au F.L.N, de saboter le prodigieux élan humain qui soulevait alors les masses algériennes ! Facile…si le F.L.N. lui-même n'avait pas été atteint dans ses oeuvres vives. S'il n'y eut pas d'attentats, c'est parce que les chefs désorientés et les exécutants, ébranlés ou conquis, ne purent pas en organiser.

Je n'en tremblais pas moins quand, voyant des dizaines de milliers d'hommes et de femmes remplir le Forum et déborder sur le pourtour, des grappes humaines accrochées aux balcons et aux toits, j'imaginais ce que pourrait faire couler de sang la panique déclenchée par une bombe. L'absence d'attentats pendant toutes ces manifestations -où tout contrôle sérieux était évidemment impossible- administre à mon avis la preuve irréfutable que ce mouvement de fraternisation était une profonde réalité, dont les rebelles eux-mêmes subissaient l'ascendant."

 

A lire ainsi Soustelle, ce partisan d'une "République fédérale" (p. 21) articulant la France et ses diverses colonies et à la tête de laquelle le " Président de la Fédération aurait très bien pu être un Africain, un Malgache ou un Arabe, et personnellement cela ne m'aurait gêné en rien " (p. 23), à lire donc son témoignage, et ce au-delà des tenants et des aboutissants que nous ne traiterons pas, du moins ici[4], et surtout sa naïveté à penser une seule question surnage :

 

Pourquoi "L'Algérie" n'a-t-elle pas pu avoir le destin de l'Afrique du Sud d'aujourd'hui ? Pourquoi les descendants des exilés de la Commune de Paris, les enfants de forçats, tous ces gens, non français de souche en réalité[5], mais nés sur ce sol, républicain, d'Afrique, n'aient pas eu, eux aussi, le "droit du sol" et n'aient pas pu rester en Afrique du Nord, comme citoyens à part entière?[6]

 Pourquoi, encore une fois, ce qui est en passe de réussir en Afrique du Sud a, là-bas, au Nord, lamentablement échoué ?

N'est-ce pas parce qu'il existait, également, et ce au-delà de la politique ségrégationniste des gouvernements de la Métropole, une alliance machiavélique avant l'heure entre islamistes et francisants du FLN pour éliminer les colons et prendre tout bonnement leur place tout en maintenant la population "libérée" sous la double férule islamiste et arabisante au sens non pas "national" mais baasiste du terme, importée de l'étranger, une langue et une façon de se soumettre au religieux qui n'existait plus en Afrique depuis le XIV ème siècle, afin de continuer à dominer sous le masque du libérateur cachant à peine les dents longues (à rayer le parquet d'en dessous) du profiteur ? (Nous reviendrons là-dessus ailleurs).

Quelles conséquences pour la France, au-delà du fait que le "problème algérien" revient par la fenêtre alors qu'il avait été sorti par la porte des "accords d'Evian" ? Retenons, ici, seulement ceci:

Si l'islam reste conçu comme un espace devant être uniquement composé de musulmans, cette position est évidemment incompatible avec l'esprit laïc qui fonde la France depuis la fin des guerres de religion.

Or, il semble que chez certains "algériens", et faute de pouvoir le faire chez "eux", s'impose le retour d'une certaine tradition ségrégationniste elle aussi comme l'a montré plus haut Cuoq. Tradition qui fut, et qui reste au coeur du pouvoir en Afrique du Nord et à vrai dire dans tous les pays dits arabes, effaçant, sous prétexte de pureté, toute forme de modernité au profit d'une seule identité, celle d'une islamité élevée au rang de nation unique: le national arabo-islamisme ; dernier espoir, également, de la gauche communiste radicale qui aujourd’hui veut confondre ethnie et religion, nord africains et islam en considérant par exemple qu’une critique des traditions les plus réactionnaires de l’islam, comme l’enfermement des femmes, doit être assimilée à du racisme. Arrêtons-nous un instant tant cette tendance influence une grande partie de la gauche française allant des communistes à José Bové en passant par Olivier Besancenot.

Ainsi, dans un document communiste intitulé "Le PCF et la laïcité"présenté par un dénommé Pierre Saly à la commission islam et laïcité du PCF il est en effet écrit que "  avance également que " les communistes combattent toute forme de législation qui contraindrait au dévoilement les femmes porteuses du « voile islamique », présentées comme exemple visible de refus de la laïcité française. Derrière une telle démarche se profile la stigmatisation de l’islam comme tel et derrière cette stigmatisation l’ombre hideuse de l’islamophobie et du racisme, complices du communautarisme. On le voit bien avec les scandaleuses propositions de quelques élus de la majorité d’interdire le port du voile islamique dans l’espace public, c’est-à-dire dans nos rues, nos bureaux de postes, nos antennes de l’ANPE ou de la sécurité sociale etc. C’est pour toutes ces raisons que le PCF comme tel a condamné la loi dite abusivement d’application du principe de laïcité : « la loi qui nous est proposée divise notre peuple, n’apporte en réalité de solution ni face au voile ni face aux grandes questions du vivre ensemble aujourd’hui » (MG Buffet) ou encore « on ne débusque pas l’obscurantisme, on ne met pas en difficulté tous les intégrismes en pointant du doigt tous les croyants, en stigmatisant particulièrement les musulmans … le seul choix de l’interdit continuera à échafauder cette société de la peur et du communautarisme » (MG Buffet). Ou encore plus récemment « Il y a des femmes qui font le choix du voile. Les femmes ne sont pas des individus inaptes à choisir, à se défendre. Si c’est leur choix je le respecte » affirmait MG Buffet dans une interview à La Croix (15/2/2007), naturellement en condamnant toute contrainte en la matière.

Ce document conclut en énonçant ceci : « ».

 

Ainsi, sous le couvert de laïcité réaménagé, il est mis sur le même pied d'égalité des pratiques qui stigmatisent les femmes en les sommant de se couvrir entièrement afin de les dissocier du vivre ensemble de la république française, or celui-ci s'est construit dans les sillons de son sol et non pas en combinant des principes qui vont à son encontre.

Les communistes sont ainsi persuadés de pouvoir se servir de l'immigration comme masse de manoeuvre, au même titre, mais en sens inverse, que le FN puisque celui-ci s'en sert de repoussoir alors que le PC s'en veut le fer de lance ; le PCF opère ce tournant réactionnaire visant à détruire des siècles d'émancipation en avalisant des pratiques qui, auparavant, auraient été triées à l'aune de l'Universel et qui aujourd'hui sont validées sous le seul prétexte de se réclamer d'un discours religieux, et ce sans plus aucun esprit critique ; comme si, par une sorte d'extension de cette pensée qui préfère la muséification à l'affinement, au fait de créer de nouvelles traditions au lieu de les préserver toutes, il soit considéré comme pertes et profits tout ce que l'on reprochait précisément à l'Église catholique lorsqu'elle se prétendait seule détentrice de l'Universel et donc imposait sa façon de voir le corps et les relations entre les sexes.

Maintenant, par un retournement cynique et calculateur, l'on oublie, et l'on esquive que le fond libérateur de l'universel ne doit pas être confondu avec les formes qui prétendent l'exprimer en ce qu'il suffirait qu'elles s'en réclament pour les accepter telles que. Or, l'islam est critiquable en tant que tel et point seulement l'islamisme, comme ce fut le cas pour la pratique sociale du catholicisme que le protestantisme critiqua en son temps… Le PCF dans cas, aurait-il traité le protestantisme de catholicophobe (et vice versa) ? Il est évident que d'autres enjeux entrent en ligne de compte, en particulier le fait de mutiler l'image de la femme en l'obligeant non seulement à se vêtir mais aussi à manger de façon séparée des hommes, de prier, etc…

 

Ce n'est pas parce que les femmes, comme les hommes, sont dévêtus dans la publicité, qu'il faille y opposer l'inverse en les rhabillant complètement. La critique de la vulgarité permet d'éviter de sombrer dans les extrêmes, que choisit le PCF pourtant alors que sa manière de préserver ainsi des pratiques critiquables ne fait au fond que repeindre le vieil universalisme uniformisant, ne cherchant guère à émanciper les peuplades non occidentales, préférant plutôt les laisser dans leurs us et coutumes afin de pouvoir vivre en paix.

 

Certes, il existe, dans les banlieues et ailleurs, des problèmes non seulement d'intégration sociale mais spirituelle en ce sens que l'irruption des médias comme seule référence dans des familles décomposées et écartelées culturellement, alimentée en sus par un nihilisme chic mélangeant avec ardeur et ténacité voyeurisme, inceste, sexualités, en sommant d'y adhérer sous peine de ne pas paraître "ringard", "nouveaux réactionnaires", ou "intégré", ces impératifs médiatiques alimentent à l'opposé le désir de se forger dans une identité immuable interdisant l'obligation du plaisir programmé à l'aveugle au fond des solitudes et des boites à la mode.

Mais cette impasse éthique dans laquelle certains idéologues se complaisent aujourd'hui, poussant même la hardiesse jusqu'à penser l'islamisme comme attitude anti-impérialiste, ce "droit à la différence", chère également à la Nouvelle Droite qui impulse en souterrain le Front National, ne doit pas être le prétexte pour une complaisance dans l’analyse.

Nous vivons en fait en France, mais aussi ailleurs, aux USA tout aussi bien, dans le silence érigé en science quant aux racines historiquement violentes de l’arabo-islamisme, en ce sens qu’il n’y a aucune raison qu’il soit la seule Tradition à s’exclure de la violence en politique, comme si elle lui avait été antinomique.

Récemment en France un professeur d’Histoire à un lycée de Montreuil, Louis Chagnon, a relaté comment Mahomet lui-même a donné l’ordre de tuer 600 prisonniers Juifs. Ce professeur s’est fait attaqué en Justice par le MRAP et a reçu un blâme  de la part de son ministère.

Pourquoi ?

Parce qu’il est aujourd’hui de bon ton d’effacer le caractère impérialiste de l’arabo-islamisme, reléguant seulement cet aspect au christianisme (qui, du côté catholique, s’est récemment excusé de tous les manques en la matière par la bouche de Jean Paul II), alors que le christianisme, au temps de Jésus du moins, était loin de cet esprit de conquête, c’est le moins que l’on puisse dire, faudrait-il le rappeler, tant il ne visait pas le pouvoir terrestre, contrairement aux appréhensions, légitimes, de ces frères Juifs qui se méprirent sur ses intentions lorsqu’il se proclama « Roi », et fut accusé par Rome de sédition avant d’être mis à mort.

Aujourd’hui, une certaine historiographie de l’arabo-islamisme veut s’approprier au profit de l’islam l’esprit non violent des débuts du christianisme qui universalisait son message en le destinant également aux « non circoncis » comme le rappelle Max Weber en citant ainsi Paul[7].

 

Que nous dit pourtant l’historiographie au sujet de ces massacres de Juifs ?  Si l’on s’en tient à la biographie du prophète  telle quelle a été défini par Ibn Hichâm (Fayard), on peut y lire ceci (p. 232) :

 

Page 277, ( Sîra, II, 240-241) il est question de la même tribu, six cents à neuf cents hommes, qui cette fois fut égorgé par le Prophète lui-même :

« (…) Il alla (…) sur la place du marché de Médine (…) et y fit creuser des fossés. Puis il fit venir les Banû Quraydha par petits groupes et leur coupa la gorge sur le bord des fossés. (…) Ils étaient six cents à sept cents hommes. On dit huit cents et même neuf cents. (…) Le Prophète ne cessa de les égorger jusqu’à leur extermination totale » .

 


Que pouvons-nous en conclure sur un plan historique et politique qui peut nous éclairer également sur la situation d’aujourd’hui ? Au moins ceci : Mahomet se met à l’écart de la société, diverse, et, en fait, très tolérante, de son temps, et, ensuite la défie, jusqu’à ce qu’aucune diversité de religion et donc de pensée ne puissent y survivre. Par ailleurs sa capacité à jouer du mot et de la lame effraient et fascinent. C’est une vraie politique de puissance qui s’installe. Et se déchaîne. Voilà ce qu’a rappelé Robert Redeker dans sa tribune qui lui a valu une cyber-fatwa. Voilà ce que dénonçaient les caricature danoises et soulignaient les propos de Benoît XVI.

 

Le problème n’est alors pas tant de se questionner sur la méthode adoptée par Mahomet pour rallier de plus en plus de monde avec une évidente capacité tactique, que d’observer cette stratégie de mise à l’écart puis de défi jusqu’à la victoire finale qui se réitèrera dans le monde musulman. Jusqu’à nos jours.

 

Ainsi, il faut moins voir l’actuelle rébellion benladeniste comme une simple tentative de prise de pouvoir, qu’une volonté de défier, comme Mahomet, les puissants du moment, en sommant les «vrais croyants » de la rejoindre. C’est un rituel qui parcourt l’histoire de l’arabo-islamisme d’un bout à l’autre. Par ailleurs, il semble bien que celui-ci n’a jamais pu assimiler l’apport de l’universel issu de la Tradition grecque et marié aux diverses philosophie des Premières et Secondes Lumières.Thomas d’Aquin a par exemple critiqué l’interprétation qu’a eu Averroès d’Aristote (Contre Averroès, Paris, GF-Flammarion, 1994) en posant que pour Averroès « l’homme ne pense pas. Quelque chose –l’intellect–se sert de lui pour penser » écrit Alain de Libéra (p.64) dans l’introduction à cette réfutation de cette position opérée par Thomas d’Aquin en 1270 dans De unitate intellectus,  en la considérant comme non aristotélicienne (pp. 47-48) alors que généralement Averroès est présenté par la Vulgate comme continuateur d’Aristote….

Rappelons que pour Averroès l’homme, en tant qu’âme uniquement sensitive unie au corps, ne pense que par le biais d’un intellect possible, séparé et unique à tous les hommes, qui s’associe à un intellectuel agent, lui aussi séparé, et qui le dote d’universaux ; ces deux intellects entrent en relation ou intersection par l’entreprise d’images individuelles ou intellect spéculatif , le tout forme l’intellect acquis (1994, pp. 45,46). De Libéra cite un averroïste du XIIIème siècle, l’Anonyme d’Oxford, (p. 64), qui réfute tout  

l’apologie la plus radicale de ce que J. Jolivet a appelé le « décentrement » averroïste  « du sujet »[8]. L’homme ne pense pas. Quelque chose –l’intellect –se sert de lui pour penser.

« Tu m’objectes : je fais moi l’expérience que je pense, je me perçois moi en train de penser ; je réponds : c’est faux. Au contraire, c’est l’intellect naturellement uni à toi en tant que moteur et recteur de ton corps, c’est l’intellect qui fait cette expérience, exactement comme l’intellect séparé sait d’expérience qu’il a en lui des intelligibles. Si tu m’objectes : c’est moi, moi l’agrégat d’un corps et d’un intellect, qui fais l’expérience que je pense, je dis : c’est faux. Au contraire, c’est l’intellect qui a  besoin de ton corps comme objet qui fait cette expérience et qui la communique à l’agrégat ».


A savoir le fait que la propre capacité à en faire quelque chose qui s’en inspire. Et elle n’en découle pas mécaniquement à l’instar d’une sécrétion. Que Napoléon soit Corse, Aristote Grec, Jésus Juif, Einstein Juif, ne peut effacer leur qualité qui transcende la quantité d’éléments les définissant par ailleurs.

C’est ce que nous apprend la science moderne dans la dimension universelle de son appréhension. C’est-à-dire qui écarte autant le culturalisme que le relativisme, l’environnementalisme et le psychologisme, tous ces « ismes » qui prétendent réduire la C’est pourtant ce que nous clament les idéologues de l’arabo-islamique, et ils le crient d’autant plus fort qu’ils se sentent relégués de plus en plus dans le puit sans fond de l’Histoire du Monde.

Comme s’il suffisait de souligner l’Origine et sa fidélité envers elle pour justifier le refus d’un avenir autre et prôner le Retour obligatoire vers une Grandeur bien plus reconstruite que réelle. Tout en refusant de concevoir qu’il a existé un passé commun avec l’Occident qui permettrait justement de construire un présent qui s’illuminerait à son contact au lieu de le concevoir uniquement dans la mort et la destruction pour expurger l’impuissance actuelle.

 

Par ailleurs, il est également faux d’avancer que le déclin actuel de l’arabo-islamique (permanent depuis cinq siècles en terme non de nombre, mais d’imprégnation effective sur l’avenir du monde) ne serait en fin de compte pas dû à des problèmes socio-historiques et théologiques internes, mais uniquement à un accident de l’Histoire : en gros, normal »>alors l’arabo-islamisation du monde aurait continué.

 

Cette argumentation à double détente est une vue de l’esprit. C’est un fantasme auquel se raccrochent l’arabisme et son fils spirituel, l’islamisme : revenons, disent-ils, à l’époque faste et pour cela réintégrons une seule de ses racines. Et en cela ce rêve, qui se transforme peu à peu en cauchemar, est réel. Sauf qu’il ne correspond en rien à la réalité historique.

 

Il est par exemple parfaitement faux, répétons-le, de laisser croire qu’à l’époque préromaine l’Afrique du Nord ne se réduit à rien, tandis que dès que l’islam surgit elle devient tout.

Une telle énonciation fait plutôt partie de la reconstruction historique opérée, d’une part, par l’historiographie française traditionnelle peu encline à laisser penser que le fondement spirituel de l’Occident viendrait d’Afrique du Nord, -alors qu’il est seulement supposé se trouver en Grèce et à Rome, tandis que, d’autre part, le nationalisme arabe contemporain est plutôt avide d’effacer les traces de ce qui le précédait, afin de (se) construire un passé glorieux qui aurait été uniquement interrompu dans sa marche triomphante par l’épreuve ou «catastrophe » nommé colonialisme.

Il suffirait, pense ce nationalisme, de revenir aux sources articulant politique et religieux, celles issues de la Shari'a, pour repartir de l’avant.

Or, cette confusion des genres, cette dilution du politique dans le religieux,  en plus de son devenir totalitaire tel qu’il se déroule objectivement sous nos yeux, est, par ailleurs, totalement inefficace du point de vue même d’une éventuelle refondation historique parce que si elle unifie d’un côté, de l’autre, elle empêche le développement en contrôlant les comportements et donc le commerce qui les réalise.

On ne comprendrait pas sinon l’immense effort de l’Europe à se dégager d’une férule religieuse aussi envahissante, par exemple via la Renaissance et les Lumières dont le commencement n’émerge pas au XVIIIème siècle, mais plutôt aux alentours du XIème siècle, avec la renaissance des villes, ce phénomène majeur de la Modernité, c’est-à-dire de l’émergence d’un mode de structuration sociale basé non plus sur le clan, la tribu, mais sur les Métiers.

Ainsi l’Europe, judéo-chrétienne, vécut sa propre révolution visant à distinguer les domaines du spirituel et du temporel. Précisément le contraire de ce que prône l’arabo-islamisme d’aujourd’hui.

Cette histoire s’est arrêtée aux alentours du XV ème siècle. Alors qu’elle aurait du se poursuivre triomphalement s’il avait été vrai qu’il suffisait d’épouser l’islam pour vaincre et se hisser à hauteur de vie dans l’esprit du temps.

Or, cette histoire s’est en fait plutôt servie de l’arabe comme support, et il en fut de même pour le grec et le latin.

Il n’est donc point besoin de croire qu’il suffit d’une langue, d’une fidélité à une histoire, voire d’ailleurs à une religion, pour se sentir appelé.

De même, aujourd’hui, au XXI ème siècle,  il n’est pas besoin d’avoir à choisir entre la Télé Réalité et la Mosquée, ou le Temple, ou l’Église, pour se constituer une identité forte dans nos sociétés techno-urbaines de plus en plus innervées par un même flux d’images et de formes pour le meilleur comme pour le pire. Il suffit de s’ouvrir à la Raison. A la Morale. A la Transcendance. Ce qui n’empêche pas de croire à quelque entité supranaturelle. Mais cela doit rester l’affaire de chacun.

Pourquoi ?

Parce l’humain a été fait libre.

  l’islam. Bien plus qu’avec le judaïsme et le christianisme. Malgré la Contre Réforme et l’Inquisition. Ce furent, tout de même, la Renaissance  et les Lumières qui triomphèrent en Occident, il ne faudrait pas l’oublier.

A l’opposé, et cela a une importance capitale ici, il s’avère que l’islam, contrairement aux apparences, rompt avec les racines historiques des habitants d’Afrique du Nord quant à la liberté, puisqu’il ne reprend pas leurs acquis issus du judaïsme et du christianisme, mais sort complètement de ces deux Traditions, il prend un autre chemin, même s’il n’a de cesse de prononcer les noms de Moïse, d’Abraham, ou de Jésus. Il sort de cette Tradition qui donna l’Occident,  dont l’Afrique du Nord  fait partie. Et il est aujourd’hui dans une impasse, que le recours à l’arme atomique, prônée par sa branche minoritaire, le shiisme khomeyniste, n’est pas prêt de compenser, bien au contraire…


Décembre 2007. (Extrait du livre « Le monde arabe existe-t-il ? Histoire paradoxale des Berbères » éditions de Paris)


*


Bibliographie


 

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Weber Max, Histoire économique, Esquisse d’une histoire universelle de l’économie et de la société, Paris, Gallimard, 1981.

 

 

 

 




 




[1] Fayard, 2002.



 

[2]L'Église d'Afrique du Nord du II ème au XII ème siècle, Paris, Le Centurion, 1984, p. 178.



 

[3]Camps Gabriel, Les Berbères, mémoire et identité, Paris, Éditions Errance, 1987.




 

[4]En particulier son absolue naïveté à penser que la Métropole, et en particulier la rue, tenue par les communistes, pouvait accepter que des parachutistes venant d’Algérie, prennent le pouvoir, même si celui-ci, avant qu’il fut offert à De Gaulle, était à prendre, même si la grande majorité des habitants d’Algérie, autochtones et colons, les soutenaient et qu’enfin De Gaulle avait donné, implicitement, son accord selon Soustelle (Ibid., p.45).



 

[5]Pierre Goinard, observe dans son


 

[6]D’aucuns peuvent certes rétorquer qu’ils avaient toujours refusé ce statut aux populations berbérophones et à leurs cousins arabisés avant précisément ce 13 mai 1958. Sauf que l’Etat Français en avait permis la possibilité en 1865, on l’oublie généralement, conditionné néanmoins au fait que les populations concernées acceptent la supériorité du droit républicain sur le droit islamique. Ainsi, Pierre Goinard, précise (p. 110)  « Lorsque le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 leur offrira le choix entre continuer d’être «régis par la loi musulmane» ou «jouir des droits des citoyens français en étant régis par les lois civiques et politiques de la France », ils n’auront cure de ces droits, redoutant d’y perdre les coutumes auxquelles ils étaient attachés, de s’exclure de leur milieu en même temps que d’être astreints à certaines obligations ou interdits. Preuve péremptoire qu’ils tenaient à rester eux-mêmes : en cinq années, la citoyenneté proposée fût sollicitée seulement par 250 d’entre eux».

Ce problème n’avait pas été posé par les décrets Crémieux qui avait permis aux Juifs de devenir français en 1870. Sauf que ceux-ci n’avaient pas été, au début du moins, très heureux d’être assujettis à une loi alors que depuis 1830, ils étaient libérés du dur joug musulman sans avoir les obligations de la citoyenneté française. C’est ce que souligne Goinard, (p. 314).



 

[7] Histoire économique, Esquisse d’une histoire universelle de l’économie et de la société,Paris, Gallimard, 1981, p. 340-341.



 

[8] Cf. J. Jolivet, « Averroès et le décentrement du sujet », in Le choc Averroès. Comment les philosophes arabes ont fait l’Europe, Internationale de l’imaginaire, 17/18 (1991), p. 161-169.



 

Lucien SA Oulahbib 2/2/2020

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