Onanisme et politique

Même si la gentry politico-médiatique fait hystériquement corps et chorus autour du soldat G, au nom de "la vie privée" (privée de quoi? de décence?) le point du même nom, G, aura-t-il été pour autant atteint ? Il indiquerait moins, en politique, une "simple" satisfaction solitaire, quoique réduisant l'autre (et soi-même) à une image, une bande passante, et bien plus cette consommation avide narcissique, d'un égotisme renforcé façon selfie  s'autodévorant (auto-cannibalisme) à l'instar de l'art destroy ou l'implosion en plein vol (électoral).

La masturbation, y compris (surtout?) intellectuelle, est certes magnifiée comme symbole pur de l'individualisme roi, émancipation sans égal de l'Unique, qu'une vilaine ère "judéo-chrétienne" (voire "victorienne") aurait "brimé" alors que dans la perception populaire il est plutôt question dans la locution "bande de branleurs!"de n'arriver à rien de tangible; ce qui n'est pas loin de ce qui peut être saisi dans l'analyse de la réalité psychique: l'onanisme, lorsqu'il n'est pas déifié, signifie semble-t-il soit impuissance soit sous-estimation à (se) voir réaliser ses désirs; ce qui a pour conséquence stagnation, régression, au stade fantasmatique et énergétique, au sens de se réfugier faute de mieux dans les miasmes émotionnels de la sexualité infantile et adolescente ; à tendance névrotique si cela se répète.

Mais à l'heure de "l'adulescent" une telle analyse est mise à l'Index tant a été encensée la lourde littérature pornographique, artillerie sans issue ayant tué l'érotisme, mise à mort issue pour une part de Georges Bataille identifiant sexe et mort cherchant alors à tuer le moi (vecteur du "projet de vie") par tous les moyens (au grand dam de Sartre à l'époque) ou comment (se) dissoudre (jusqu'à en mourir de rire souligne Derrida) tuer le tout ("si vous ne me tuez pas vous êtes un meurtrier" renchérit ce dernier psalmodiant sur du Blanchot) avant que le moi, "haïssable" par définition, ne concentre son énergie en capital et ne devienne "maître" du "discours", celui de "l'Ordre" ("l'ordre du discours n'étant que le discours de l'Ordre ou le Kapital" chantonnaient Barthes, Foucault, Deleuze, Lyotard…) le tout à l'ombre du sacrifice de  Sharon Tate dans la villa de son mari Roman Polanski assassinée par la secte de Charles Manson ("la famille") soucieux de tuer des blancs riches, symboles sans doute d'un Occident honni en pleine décadence et dont il faut supprimer le cadavre tant il exhale.

Cette "libération sexuelle" et sa hargne vidéaste s'enfilant en clips claquants et vengeurs finit aujourd'hui exsangue dans les méandres de la virtualité selfie se substituant à toute réalité charnelle, cette épouvante, surtout dans son rituel que même les sites de rencontre n'arrivent plus à réduire y compris dans le temps de livraison malgré tous les services rapides possibles de prostitution sur courte durée.

Aurait-ce été le cas pour le soldat G ? Peut-être; en tout cas l'onanisme sous vidéo accentue cet excitant, activant la dispersion, la dissolution, la dissipation, s'élevant en dérive, érection d'une errance (diff-errance) jusqu'à devenir soi-même virtuel ; sauf qu'ici la vidéo au lieu de disparaître, comme elle aurait dû, perdure, effaçant "en même temps" son propriétaire sommé de se "retirer"; un peu comme dans la fable de "l'Étudiant de Prague" (1926, Henrik Galeen) que relate Jean Baudrillard dans La société de consommation : l'étudiant vend son reflet au diable pour quelques sous mais ne peut plus se voir dans un miroir, sauf que le diable a rendu charnel le reflet qui tel un double se met à hanter l'original jusqu'à forcer celui-ci à disparaître…La vidéo, ici, restant, elle, en vie, quelque part, sur le WWW.

Lucien SA Oulahbib 15/2/2020

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