Les effets de plus en plus néfastes du chiracogauchisme (archives)

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En encourageant Arafat à ne pas signer en décembre 2000 le plan Barak-Clinton à Camp David (comme le confirme David Pryce-Jones dans le dernier numéro de la revue Commentaire, 112, p. 856), Chirac ne pouvait qu'armer l'intransigeance arabo-islamique à revendiquer tout le territoire juif que les Romains nommaient la Palestine.
Pourtant celui-ci revient, de droit, aux juifs comme le confirma la déclaration Balfour, quitte évidemment à ce que les diverses tribus non juives nommées hâtivement "arabes" puissent rester et cohabiter dans une sorte d'Union Proche-Orientale, préservant ainsi la spécificité de chacun.
Les Anglais en ont décidé autrement en créant la Jordanie. Puis l'éclosion de la liberté attira de plus en plus de non juifs lassés de n'être que les "fellahs" des riches cairois ou beyrouthiens. Mais c'était sans compter avec le réveil du national-arabo-islam depuis la chute de l'empire turc en 1919, dont le mufti de Jérusalem (aïeul d'Arafat) fut l'exemple. Ils créérent ainsi l'idée d'une antinomie entre présence juive et présence musulmane, travestissant le concept occidental de nation (d'essence non ethnique et non religieuse) en y voyant seulement la "Oumma" et ce au sens encore plus exclusif que naguère en ce que tout non musulman doit être rigoureusement soumis ou éliminé (cette acception s'apparente ainsi à celle du nazisme) dont les dits "palestiniens" devinrent l'avant-garde autoproclamée.

La victoire du Hamas ne fait que renouer plus intimement encore avec le passé nazi du national-arabo-islam. Il en est à la première étape. Celle de la légitimité. Le Fatah, corrompu jusqu'à la moelle, avait cru bon louvoyer en utilisant à son profit la culpabilité européenne et mondiale, en particulier toute une jeunesse persuadée désormais que l'antisémitisme de ses aînés a produit le sionisme et l'exigence juive du Retour. Tous les ingrédients sont désormais en place pour faire admettre que les choses dans cette région iraient bien mieux sans l'existence d'Israël. Ou du moins en portion congrue. Le consensus est d'ailleurs unanime dans les coulisses et lorsque l'ambasseur français en titre à Londres (ancien porte parole du Quai d'Orsay…) énonça naguère qu'Israël était un "petit pays de merde", il en clame tout haut l'esprit. Ne parlons pas de la menace perso-islamique, elle ne fait qu'en accentuer le trait.

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Le chiraco-gauchisme est d'autant plus responsable de son attitude partisane que celle-ci n'a fait qu'alimenter la crise identitaire des quartiers dominés par la crise idéologique conjointe du communisme du gauchisme et du national-arabo-islam articulée aux récurrents soubresauts d'une techno-urbanisation aspirant désormais jusqu'aux lointains villages africains aux structures symboliques et sociétales bien peu préparées à un tel choc. Sans oublier les effets négatifs d'une administration fermée de l'économie qui ne peut que freiner l'intégration sociale. Car, si l'on saisit maintenant l'ensemble à partir de ce dernier point, (tout en mettant provisoirement de côté la question de cette immigration), en particulier en se référant aux analyses dominantes voyant dans les "troubles" de l'automne dernier une unique cause économique, celle du chômage, il serait pourtant aisé d'admettre qu'il conviendrait mieux de libérer précisément les forces vives afin que la croissance puisse créer les conditions d'une prospérité à même d'asseoir toutes sortes de solidarité.

Au lieu de cela nous avons l'hypocrisie économique qui bat son plein, par exemple à propos des restaurateurs, alors qu'il conviendrait mieux de réorganiser la protection sociale afin que son coût ne grève pas autant l'effort. En un mot, il est paradoxal de ne voir dans la dite crise des banlieues qu'un problème socio-économique et ne rien faire, bien au contraire, pour en libérer les entraves qui l'aggravent.

Pourtant des économistes comme Georges Lane et Hernando de Soto montrent bien qu'en permettant une libération des échanges, y compris dans le domaine de la protection sociale, on crée les conditions de la croissance, tout en accentuant l'égalité des chances et rien n'empêche qu'émerge la constitution d'un solide filet de solidarité. Les solutions techniques existent. Liberté ne veut pas dire égoïsme. Et l'on peut même y voir là une réponse à l'immigration dite clandestine puisque la prospérité ainsi pensée et éprouvée éviterait que les populations aillent vers le Nord.

Bien sûr, le contre-exemple que sont devenus certains pays d'Amérique latine tendrait à laisser croire l'inverse. Sauf que, et Johan Norberg l'a bien montré, la prédominance des propriétaires fonciers, leur mainmise sur l'Etat, doublé d'une idéologie national-tiersmondiste croyant que l'économie pouvait se développer en se fermant au monde, ont accentué les déséquilibres résultant de cette hégémonie, tandis que les emprunts inconsidérés cherchèrent à en freiner les effets, toutes choses qui n'ont évidemment rien à voir avec la liberté d'entreprendre.

Loin de ces considérations, le chiraco-gauchisme qui se constitue sous nos yeux y répond par un conservatisme des plus banals. Il préfère par exemple accentuer l'étatisme, gréver l'effort, faire des économies de bout de chandelle en réduisant ici le budget tout en le dilapidant là, puisque le conservatisme comme l'a bien montré Hayek oscille entre étatisme et socialisme, entre dirigisme et populisme.

Ainsi, loin de trouver des solutions aux crises économiques et identitaires, le chiraco-gauchisme ne fait que les accentuer.

Paru le 26 janvier 2006

Lionel Castériou 29/10/2016

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