26 octobre 2026

Les Cosettes du Bitume et les Prophètes du Bégaiement Sociologique : Anatomie d’un Naufrage Industriel et Éducatif

Il est une posture commode chez l’idéologue petit-bourgeois en mal de Grand Soir : celle qui consiste à bégayer indéfiniment la geste hugolienne sans en posséder le dixième de la subtilité. À en croire cette sociologie de tréteaux, le monde se diviserait immuablement entre de purs « dominés » passifs, condamnés au crime par la fatalité de leur code postal, et de féroces «dominants » actifs. Pour maintenir ce logiciel binaire en état de marche, il faut faire profession d’amnésie. Il faut oublier les quarante milliards d’euros engloutis depuis quarante ans dans les sables mouvants de la « Politique de la Ville », tentative désespérée d’humaniser des grands ensembles de béton conçus à l’ère de Le Corbusier. Cette architecture tripartie (travail, repos, loisirs) répondait parfaitement au rythme des trois-huit des Trente Glorieuses ; elle s’est fracassée sur le mur d’un monde globalisé que nos élites n’ont pas vu venir.

Le véritable drame français ne naît pas d’une prétendue absence de générosité publique, mais d’une sédimentation d’erreurs stratégiques, industrielles et conceptuelles majeures.

La première erreur fut industrielle et technologique. Au tournant des années 1980, alors que la mondialisation naissante imposait des économies d’échelle fatales à la sidérurgie lorraine et au charbon, l’État stratège a sombré dans le gadget protecteur et le colbertisme hors-sol. On se souvient avec ironie du blocage des magnétoscopes japonais à la douane de Poitiers, mémorable contresens de la Direction de l’aménagement du territoire (DATAR) censé faire émerger une filière nationale ex nihilo. Pendant que François Mitterrand s’obstinait dans le culte du Minitel, les États-Unis et l’Asie investissaient massivement dans la fibre et posaient les fondations de la constellation Internet. Cette étatisation mal contrôlée — aux antipodes de la réussite historique et rigoureuse du plan nucléaire — a méthodiquement coulé nos champions nationaux, de Bull à Alcatel. Résultat : la France d’aujourd’hui ne compte aucun hyper-scaler, aucune entreprise “Magnifique” de la tech mondiale, devant se résoudre à ne briller que par son luxe, Air Liquide ou Total.

À ce naufrage industriel s’est agrégé le sabordage progressif de l’institution scolaire. Là encore, la responsabilité des disciples de Bourdieu est totale. En imitant de manière grotesque la microphysique — comme si l’individu n’était qu’une particule inerte entièrement conditionnée par son milieu —, et en reprenant les utopies d’un Lyotard ou d’un Trotski faisant croire que chaque être humain recèle un Mozart ou un Goethe endormi, ces théoriciens ont validé le nivellement par le bas. Pour réaliser cette égalité absolue et chimérique, ils ont réduit les programmes et dévalué les collèges et lycées professionnels, refusant de copier le modèle d’apprentissage dual qui fait la force de l’Allemagne. Contre ce fatalisme structural qui enferme l’élève dans son origine, le sociologue Raymond Boudon avait pourtant démontré que l’inégalité des chances se combat par l’exigence : de bons programmes d’enseignement non idéologisés et un tutorat robuste.

L’ultime refuge de nos néo-romantiques de gauche consiste à seriner que « la misère engendre mécaniquement le crime ». L’observation empirique du réel suffit à pulvériser ce dogme. Le Nord de la France, qui a subi une désindustrialisation féroce et une paupérisation violente, affiche des taux de criminalité et d’homicides bien moindres que des métropoles infiniment plus loties. Le basculement dans la délinquance n’est donc pas une affaire de portefeuille, mais une question d’éducation, de valeurs transmisent ou détruites, et parfois d’une volonté délibérée d’édifier des contre-sociétés étanches aux lois de la République, comme on l’observe de manière rampante des périphéries de Limoges aux banlieues techno-urbaines.

En transformant le voyou en victime systémique et le marginal en réincarnation de Gavroche, les faux imitateurs de Victor Hugo ne font pas de la sociologie : ils font de la diversion. Ils masquent leur propre responsabilité dans la destruction de l’ascenseur méritocratique et l’abandon des filières techniques. Car admettre que le salut réside dans l’effort, la transmission d’un savoir structuré et l’affinement de son Soi par la maîtrise pratique, les obligerait à brûler leurs idoles académiques. Et cela, le clergé petit-bourgeois ne peut s’y résoudre.



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