1 novembre 2026

LE BON, LE MAUVAIS… ET LES BRIOCHES

Comédie guignolesque en cinq actes

AVANT-PROPOS : Cette pièce satirique, retrouvée dans les gravas d’un monde (idéal) disparu, s’inspire directement de l’analyse théorique développée dans l’article : Le manque de “recettes” reste une conséquence et non “la” cause. Elle met en scène le choc entre le Réel de l’effort indépendant et le Simulacre de la tyrannie bureaucratique.

PERSONNAGES :

  • MARCEL : Le bon boulanger. Le bon sens en tablier, l’œil goguenard, une grosse bécane rutilante.
  • CORENTIN : L’inspecteur de la Secte SHAA. Un Tartuffe de préfecture, au faciès de Rhinocéros, grand prêtre du tableur Excel, du Procès de Kafka et de la taxe punitive.
  • KÉVIN : Le mauvais boulanger. Aigri, adepte du surgelé et des larmes sur commande.
  • Mme VALÉRIE : L’avocate fine mouche, cliente historique. Ses mômes carburent aux chouquettes de Marcel.
  • ALIX : La jeune journaliste indépendante. Caméra au poing, le verbe droit, elle ne lâche rien.
  • ALI : L’épicier du coin. Fort en gueule, grand cœur.
  • TCHANG : Le patron du bar-tabac d’en face. Le balai facile, l’œil aiguisé sur le trottoir.
  • MOÏSE : Le traiteur de la rue. Toujours une formule bien assaisonnée en réserve.
  • INÈS & FATOU : Deux motardes du club local. Cuir noir, tempérament de feu et amoureuses du beurre doux.
  • LES POLICIERS : Serviteurs de l’État qui ont gardé le sens du devoir, du Code pénal et du pain croustillant.
  • LE MENEUR ANTIFA : Rhinocéros idéologique de Ionesco, dealer de quartier et amoureux éconduit.

SCÈNE I : LE PÉTRIN ET LE TABLEUR EXCEL

DÉCOR :
La boulangerie de Marcel. Ça sent le levain frais et la France qui se lève tôt. Marcel essuie son comptoir. Entrée de Corentin, costume gris souris, l’air d’un croque-mort de la finance.

CORENTIN (ouvrant son cartable avec une lenteur ecclésiastique) :
Monsieur Marcel ? Vos bilans sont une insulte à l’égalisation des chances. Votre miche est trop levée, votre croûte a un accent bourgeois indécent. Et vous osez ouvrir une succursale ? C’est de la provocation fiscale.
MARCEL (un sourire en coin) :
Ah, le voilà le précepteur du nihilisme français contemporain ! C’est un délit de savoir pétrir maintenant ? Je me lève à trois heures pendant que vous peignez vos graphiques, mon gars. Mon secret ? De la bonne farine, du savoir-faire et RTT à la Suisse…
CORENTIN :
Erreur ! Si vous réussissez, c’est purement mécanique : vos « conditions initiales » étaient favorables. Berceau douillet, capital culturel précoce. Alors que votre confrère d’en face, le pauvre Kévin, vend de la pâte crue parce qu’il a eu une enfance hostile aux glucides.
MARCEL :
Son capital culturel» ? Mais il achète ses sacs chez le même meunier ! La différence, c’est que lui passe ses nuits à refaire le monde sur son canapé et qu’il oublie le sel dans le pétrin. Qu’est-ce que la sociologie vient foutre dans la cuisson d’une miche ? Les idiots mécanistes de votre espèce croient qu’on fait lever la pâte avec des décrets.
CORENTIN :
Tout est structurel. Nous allons vous taxer, puis vous surtaxer. Avec votre pognon, on va donner des « moyens » au mauvais pour qu’il devienne bon. C’est le grand plan de redistribution.
MARCEL :
Vous allez me dépouiller pour payer les vacances d’un flemmard qui confond la farine et le plâtre ? C’est comme les vrais jumeaux monozygotes ! Même œuf, même soupe, mêmes parents. L’un réussit parce qu’il s’organise en interne, l’autre traîne les pieds, tergiverse et rate tout. La société n’y est pour rien, la famille non plus ! Ce n’est pas en me surtaxant que le voisin va s’améliorer ! S’il n’est pas fait pour le four, qu’il aille faire autre chose ! On ne transforme pas un navet en brioche à coups d’impôts.
CORENTIN (notant avec sévérité) :
Propos séditieux. Manque de solidarité citoyenne. Vous aurez une majoration.
MARCEL :
Et vous, vous aurez mon rouleau à pâtisserie sur le nez si vous touchez à ma caisse. Allez, ouste !

SCÈNE II : LA BOUTIQUE DU DÉSERT ET LES LARMES DE KÉVIN

DÉCOR :
La boulangerie de Kévin. Lumière blafarde de hall de gare. Trois baguettes grises et molles se battent en duel dans un panier. Une cliente entre, touche le pain, fait la grimace et ressort aussitôt sans un mot. Kévin est affalé sur le comptoir, l’œil hagard. Corentin entre.

KÉVIN (reniflant) :
Vous avez vu, Inspecteur ? Encore une qui fuit chez le « privilégié ». C’est un boycott bourgeois. Mon pain industriel est pourtant certifié « transition écologique » par le ministère ! Bon, d’accord, il a le goût de carton et la pâte arrive congelée de Pologne, mais j’y mets toute mon âme de victime !
CORENTIN :
Le peuple est aliéné par le croustillant, Kévin. C’est le drame du capitalisme sauvage.
KÉVIN (se jetant en pleurs sur l’épaule de Corentin) :
Pourquoi lui et pas moi ? C’est injuste ! Ma vie est un enfer, les clients sont des fascistes qui veulent de la croûte dorée !
CORENTIN (le repoussant avec une gêne bureaucratique) :
Séchez vos larmes, cher opprimé. La Secte SHAA va siffler la fin de la récréation. Puisque le public refuse votre pain, on va interdire le sien. L’égalité, c’est quand tout le monde mange de la bouillie. Cette nuit, on s’occupe de son disjoncteur…

SCÈNE III : COMPLOT, COPAIN ET SOURICIÈRE SÉCURITAIRE

DÉCOR :
La ruelle derrière chez Marcel, en pleine nuit. Un gros disjoncteur apparent. Kévin tient une cage à rats. Corentin discute à voix basse avec le Meneur Antifa, qui porte un sweat à capuche et tripote un pochon suspect.
CORENTIN (au Meneur Antifa) :
On est bien d’accord, mon grand. Tu abaisses la manette de son frigo général, tu coupes tout, et en échange, je déchire le rapport d’inspection sur ton petit « commerce de nuit » au skatepark. La Secte SHAA sait fermer les yeux sur les vrais trafics quand la cause avance.
LE MENEUR ANTIFA (ricanant) :
Donnant-donnant, l’ancien. Ton boulanger de droite va voir sa crème tourner en direct. (Il abaisse violemment la manette du disjoncteur). C’est fait. Plus de jus.
KÉVIN (s’approchant) :
Inspecteur, j’ai les bestioles. Trois rats d’égout bien gras. Je les jette par le soupirail ?
CORENTIN :
Parfait. Demain matin, constat de carence, et je sors mon arme fatale. J’ai pondu un arrêté d’urgence sanitaire de trois cents pages. On va le liquider par le Code. Le progrès n’attend pas.

SCÈNE IV : LE PROCÈS DES RHINOCÉROS

DÉCOR :
Le lendemain matin. Devant chez Marcel. Ruban rouge « FERMETURE SANITAIRE ». Corentin, Kévin et deux Policiers bloquent l’entrée. Des clients s’amassent, grognant. Au fond, la terrasse de Tchang. Les motards, dont Inès et Fatou en blousons de cuir, boivent leur café près de leurs grosses bécanes. Mme Valérie arrive avec ses deux enfants.

UN CLIENT :
Mais enfin, pourquoi c’est fermé ? C’est une plaisanterie ?
CORENTIN (sortant un rouleau de papier infini, ton kafkaïen) :
Arrêté préfectoral SHAA numéro 9999. L’accusation est anonyme, la sentence est immédiate. Cet établissement est coupable de déviationnisme sanitaire et de prolifération faunique exogène !
ALI (sortant de son épicerie) :
Des rats chez Marcel ? C’est une Tartufferie ! Comment vous l’avez su avant tout le monde, vous ? Vous faites les trois-huit avec les souris ?
CORENTIN :
La bureaucratie n’a pas besoin de preuves, elle constate !
(Vrombissement d’enfer. Marcel arrive sur sa bécane, descend, le regard noir.)
MARCEL :
On m’a coupé le jus et saboté mes farines ! Quelqu’un a touché à mon disjoncteur dans la ruelle ! C’est un coup monté de ces deux nuisibles !
Mme VALÉRIE (s’approchant de Corentin, lui arrachant le décret des mains) :
Un sabotage ? Laissez-moi lire votre prose, Inspecteur… (Elle chausse ses lunettes, lit avec ironie). « Arrêté préfectoral SHAA portant interdiction d’exercer pour cause de rupture de la chaîne du froid et prolifération faunique exogène » ? C’est une imposture absolue ! Vous signez l’arrêté avant même que le boulanger n’ait pu ouvrir sa boutique et constater les faits ?
CORENTIN :
Les faits sont là, Madame. La fermeture est exécutoire.
Mme VALÉRIE (tranchante) :
Mais votre arrêté est un monument d’illégalité constitutionnelle ! Vous violez de front l’Article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme ! Est-il besoin de vous rappeler les termes fondamentaux ? « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » Or, que faites-vous ici ? Vous piétinez la liberté du travail, vous organisez l’oppression bureaucratique et vous utilisez un acte malveillant pour couvrir la faillite crasse du voisin d’en face !
ALIX (surgissant, caméra au poing) :
C’est en direct sur le web ! Expliquez-nous, Inspecteur, cette incroyable coïncidence temporelle entre le sabotage de la nuit et votre arrêté matinal ?
LE MENEUR ANTIFA (surgissant de la ruelle avec sa meute, hurlant comme un rhinocéros de Ionesco, bloquant Alix) :
Hé, la journaliste ! Coupe ta caméra ! Tu bosses pour CNews ou quoi ? Collabo ! (Il s’approche d’elle, le ton haineux et dépité). Tu préfères traîner avec les bourgeois au lieu de partager la richesse de ton corps avec moi ? On va te péter ton matos !
ALIX (sans reculer d’un pouce) :
Ta frustration amoureuse ne m’intéresse pas, mon grand. Raconte plutôt à la caméra combien l’Inspecteur te paie en fermant les yeux sur tes pochons de came pour que tu coupes les disjoncteurs la nuit !
LE MENEUR ANTIFA (déstabilisé, se tournant vers Valérie) :
Toi, l’avocate, ferme-la ou on te chope, on te viole, ton compte est réglé ! Ton pain blanc au levain est un symbole raciste et d’exclusion ! (Il lève un parpaing vers la moto de Marcel). À bas le privilège bourgeois !
Mme VALÉRIE (d’un ton de cour d’assises, façon Guignol qui lève son bâton juridique) :
Menaces de mort, menaces de viol en réunion, harcèlement sur journaliste et menaces sur mineurs. Vos visages sont nets sur la vidéo d’Alix, et vos pochons de came dépassent de vos poches. Vos copains magistrats n’auront même pas le temps de vous trouver des excuses sociologiques. Vous en avez pour dix ans fermes.
LE MENEUR ANTIFA :
On s’en fout, les rhinocéros font la loi ! Balance le parpaing !
(Inès et Fatou se lèvent de la terrasse de Tchang avec les autres motards. Elles arrivent en silence, saisissent le Meneur par la capuche et lui distribuent une volée de paires de claques magistrales à la Audiard. Les parpaings tombent sur les pieds des gauchistes qui hurlent. Les Policiers, regardant Corentin puis le dealer au sol, se retournent.)
LE PREMIER POLICIER :
Attendez une minute… L’arrêté n’est pas tamponné, c’est du bidon. En revanche, ce type au sol est le voyou du quartier en flagrant délit. On change de cible. Sécurisation de la boulangerie ! En joue !
LE MENEUR ANTIFA (au sol, menotté) :
Aïe ! Appelez Mediapart ! On se fait écraser par la convergence des luttes réelles !
TCHANG (brandissant son balai) :
Dehors les nuisibles ! Ici on aime le travail et le bon pain !

SCÈNE V : LE BANQUET FRANÇAIS

DÉCOR :
Le soir même. C’est la soirée des voisins. La rue est bloquée et transformée en une immense fête. Des grandes tables trônent au milieu, couvertes de victuailles et de bouteilles de vin. Guirlandes lumineuses. Au loin, derrière une grille, un Journaliste de Mediapart et deux Antifas survivants regardent l’ambiance, l’air dépité, leurs caméras prêtes à filmer un « rassemblement suspect de l’extrême droite ».

LE JOURNALISTE DE MEDIAPART (chuchotant dans son micro) :
Ici le direct… Nous observons une cellule de résistance hétérogène… Un banquet assez semblable à celui du Canon français s’organise sous nos yeux… C’est hautement séditieux… Ils mangent du porc et de la charcuterie…
MARCEL (au milieu de la rue, une bouteille de vin rouge à la main, hurlant de rire) :
Approche donc, Mediapart ! Viens boire un coup au lieu de chercher du fascisme dans les rillettes ! Regarde un peu ce que c’est, le vrai peuple qui est plutôt que de seulement exister !
(Sur les tables, c’est le festin de la liberté, un repas final à la Astérix. Tout le monde a sorti ses tables, son vin et ses spécialités.)
FATOU (posant une immense marmite fumante au centre de la table) :
Place au poulet maffé des motardes ! Garanti 100 % beurre doux, pur levain de la route !
ALI (débarquant avec un plat géant) :
Et le couscous de l’amitié pour escorter le poulet ! Moins de paperasse, plus de semoule !
TCHANG (arrivant avec des plateaux géants) :
Nems de la résistance chauds et croustillants ! Pour digérer les décrets de la Secte SHAA !
MOÏSE (posant une montagne de falafels) :
Et les falafels du Sursaut ! Avec ça, les rhinocéros de la bureaucratie vont avoir des aigreurs d’estomac !
MARCEL (coupant des tranches épaisses de saucisson et de jambon du terroir) :
Et la charcuterie du Canon français, les amis ! C’est ça le goût du Réel !
Mme VALÉRIE (trinquant avec Ali et Fatou, un verre de rouge à la main) :
À l’Article 2 ! À la liberté et à la propriété réelle !
(Les enfants font des farandoles joyeuses autour des grosses motos d’Inès et de Fatou. Une musique d’accordéon et de guitare résonne. Les Policiers, attablés avec les Motards, trinquent joyeusement.)
MARCEL (attrapant la main d’Alix, la journaliste) :
Allez, Alix ! Lâche ta caméra deux minutes, on danse ! C’est la fête de notre Réel contre leur Simulacre !
ALIX (riant, dansant avec Marcel) :
En direct de la rue de la Liberté, Marcel ! Le pain est divin, le maffé est parfait et la vie est belle !
(Au loin, le groupe de Mediapart et les antifas enragent derrière leur grille, dépités par tant de joie française, de charcuterie partagée et de diversité réelle qui refuse de rentrer dans leurs cases de victimes….)
MARCEL (levant son verre vers toute la tablée) :
Que les Tartuffes s’enferment dans leurs ministères avec leurs décrets de rationnement ! Nous, on garde le goût des bonnes choses, du mérite et du savoir-vivre ! Vive le bon pain, vive les voisins, et vive la France !
(Toute la table se lève pour porter un toast dans un immense éclat de rire général et de cliquetis de verres.)

RIDEAU FINAL


En savoir plus sur Resiliencetv.fr de l'Observatoire International des Libertés (OIL) est avec vous depuis 2005

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Lucien SA Oulahbib

https://en.wikipedia.org/wiki/Lucien-Samir_Oulahbib

Voir tous les articles de Lucien SA Oulahbib →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


En savoir plus sur Resiliencetv.fr de l'Observatoire International des Libertés (OIL) est avec vous depuis 2005

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture