L’innovation ou la pédagogie de l’échec

La science économique montre le rôle crucial des incitations dans le comportement des agents économiques, notamment dans leur comportement en matière d’innovation. En effet, la dimension psychologique va s’avérer cruciale : si les acteurs économiques considèrent, à tort ou à raison, qu’il est trop difficile et risqué d’innover, le fait qu’ils le pensent est justement ce qui va les motiver dans leur choix de retarder ou ralentir les innovations. Les « signaux » que produisent l’environnement sont à cet égard fondamentaux.

Considérons deux économies fictives caractérisées par le poids des prélèvements et des dépenses publiques. Dans l’économie A où les prélèvements et les dépenses publiques sont élevés, les incitations à travailler sont diminuées : le gain procuré par le revenu du travail est plus amputé par les prélèvements alors qu’une plus grande partie de la consommation des ménages (santé, éducation, loisir) est prise en charge par la collectivité et qu’une partie du revenu ne dépend plus du travail (c’est le revenu indirect). Il ne s’agit pas de porter un jugement de valeur sur l’existence d’un système de protection sociale qui traduit un degré élevé de développement et de civilisation mais d’en examiner tout simplement les conséquences en termes d’incitations. Percevoir des revenus du travail amoindris dans une telle économie qui offre des biens publics et du revenu social est moins dramatique ; mais cet environnement ne délivre plus d’incitations favorables au travail et à la production de richesses qui restent pourtant la condition nécessaire à la croissance et à l'innovation.

A l’inverse, dans l’économie B où les prélèvements et les dépenses publiques sont plus faibles, les incitations à produire sont augmentées : l’enrichissement issu du travail est moins amputé alors qu’une part plus faible de la consommation est prise en charge par la collectivité et que la part des revenus sociaux est moins importante. Bénéficier de services publics moindres dans une économie qui encourage l’enrichissement par le travail et permet la création des emplois – du fait de prélèvements modestes – est moins dramatique et incite à se procurer du revenu par le travail et l'innovation(revenu direct).

Imaginons maintenons que les économies A et B baignent dans le même environnement scientifique et technique qui lui ne connaît pas de frontières. Les habitants de A et B ont alors accès au même potentiel de connaissances. Mais, même si les deux économies partagent le même environnement scientifique et technique, les incitations à acquérir ces connaissances et les utiliser pour développer des innovations seront plus grandes dans la seconde économie B. Quoique ces deux situations extrêmes demeurent des cas d’école, il est clair que les économies du continent européen se rapprochent de la situation du pays A – ce qui permet d’éclairer ce que nous avons appelé dans notre livre le « paradoxe européen » – alors que les économies anglo-saxonnes sont plus proches de la situation du pays B.

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Jean-Louis Caccomo 27/6/2012

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