L’intolérance citoyenne

Comme l’a magistralement montré Orwell, dans son roman 1984, l’ennemi, qu’on le nomme, à l’intérieur, le juif, ou le koulak, ou, à l’extérieur, le «grand Satan », ou les firmes multinationales, est l’instrument indispensable du totalitarisme. Dans la France d’aujourd’hui, l’ennemi intérieur qui déchaîne toutes les passions vengeresses, c’est le libéral.

Parce qu’il ne tolère ni la liberté individuelle, ni les institutions démocratiques, le totalitarisme doit toujours trouver un bouc émissaire, un ennemi qui permet de mobiliser les foules (et de coaliser les « non » et autres « ni-ni ») en neutralisant les aspirations individuelles, perçues comme des réactions égoïstes et bourgeoises. Dans l’Allemagne hitlérienne (nationaliste et socialiste), les juifs étaient aussi pourchassés en tant que représentants caractéristiques du capitalisme (les sbires de la finance mondiale) et, à ce titre, symptôme intolérable du péché libéral. Il se trouve, en effet, qu’une grande partie de la population allemande méprisait les occupations marchandes et les laissait volontiers aux juifs, en leur interdisant, du même coup, les professions dotées d’un statut.

Souvenons-nous des attentats du World Trade Center et du Pentagone. Au delà du terrible drame humain qu’a représenté cet événement, tragique et historique, il est à noter que la disparition des fameux symboles du capitalisme mondial n’a pas mis à terre l’économie américaine. Loin de là ! Hausse des dépenses des ménages, retour de la confiance des consommateurs et reprise de l’investissement et de l’activité : l’économie américaine enregistrait, après ces événements, une série de bonnes nouvelles (1). Dans une économie totalement planifiée, où il existe un centre de commandement et une base vouée à exécuter les injonctions du centre sur le modèle de l’organisation des armées, un tel acte terroriste aurait été fatal à l’économie tout entière. Pour mettre en déroute une armée, il suffit de couper sa tête pensante en frappant l’état-major.

Rien de tel dans une économie de marché qui n’obéit à aucune tête pensante et unique, qui n’est soumise au plan d’aucun quartier général. Les conférenciers de Davos peuvent bien disparaître du jour au lendemain sous l’effet d’une catastrophe tragique, ou d’un attentat terrible, l’économie mondiale ne s’arrêtera pas de tourner. Les délégations étatiques peuvent bien chroniquement se fâcher et s’opposer, dans le cadre des négociations biaisées de l’O.M.C., cela n’empêchera nullement le commerce international de se déployer.

Car, il ne faut pas confondre les symboles et la réalité, comme le font les terroristes, les casseurs illettrés et certains médias qui se complaisent trop facilement dans le terrorisme intellectuel. L’économie de marché n’est pilotée par personne – et c’est heureux (bien que la plupart des politiques le regrettent). Il n’y a ni centre de commandement, ni base exécutante, et c’est bien cela qui fait sa force, sa souplesse et son dynamisme.

Même si c’est pourtant le modèle d’organisation de chaque entreprise considérée individuellement, l’économie dans son ensemble ne peut s’analyser comme une seule entreprise. Chaque entreprise est comme une cellule qui compose le tissu économique et social, à la manière dont les cellules vivantes tissent la peau du corps humain. Chaque cellule considérée isolément peut bien être fragile et vouée disparaître un jour, l’ensemble est dynamique, malléable et vivant.


Jean-Louis Caccomo 21/4/2006

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