BOUTIN : MISSIONS ET RAPPORTS

Avec l'affaire Boutin nous voici de nouveau appelés à une promenade
réellement mélancolique dans les multiples  arcanes de la « République
Fromagère » ce qui nous explique les causes réelles de la paupérisation
du peuple français. Rappelons une nouvelle fois pour ceux qui l'ignorent que
la « République Fromagère » ou tout simplement la R.F. est le système
dans lequel toute l'action publique a pour résultat et parfois pour objectif
l'enrichissement personnel des prédateurs publics, cet enrichissement se
produisant dans le cadre de la loi laquelle est fabriquée précisément par
les mêmes prédateurs à ces effets.

L'enrichissement dépasse largement le niveau des salaires, quel que soit leur
montant, et se produit pour l'essentiel, par une infinité de moyens qui se
révèlent sans cesse dans une variété indéfiniment renouvelée. Parmi eux,
les missions et les rapports.

Madame Christine Boutin avait une créance sur Sarkozy. La créance, dont nous
ne connaitrons jamais les arcanes secrètes, reposait sur plusieurs causes
éventuelles : il y avait, comme la presse l'a souligné, la faculté de nuire
ou celle de vendre son silence. Bien plus important, se trouve son droit
absolu à être reclassée dès lors qu'elle n'était plus dans le
gouvernement ; c'est l'un des éléments  de la « R.F. » que le droit
d'être reclassé en cas de panne quoi qu'il en coûte aux malheureux
« moujiks » qui alimentent ce mécanisme par les impôts qui leur sont
arrachés dans les conditions douteuses que chacun connaît. Ce droit au
reclassement, parfois la vie durant, est un élément de richesse absolument
inappréciable et que les prédateurs publics respectent scrupuleusement entre
eux car c'est une forme d'auto-assurance. 

Madame Christine Boutin a donc été gratifiée d'une « mission », après
avoir refusé avec hauteur certaines autres propositions qui ne
correspondaient pas à la valeur qu'elle se donnait elle-même sur le marché.
C'est alors que tout le monde a été informé du salaire qu'elle devait
recevoir à savoir 9 500 € par mois ; s'ajoutant à d'autres ressources
prises sur l'argent public, elle se trouvait toucher  17 500 €. Le total de
son enrichissement mensuel était probablement bien plus élevé pour une
première raison : ce sont les exonérations fiscales éventuelles dont
jouissent certaines de ces rémunérations, ce qui peut majorer fortement
l'ensemble.   Silence aussi, à cette occasion, sur les innombrables autres
avantages non monétaires tirés de ses fonction actuelles ou passées ; ce
silence s'explique par un  des principes de la R.F.  : « pas vu, pas pris ».

La capitulation de la dame devant l'opinion publique la conduit à renoncer à
la totalité de son nouveau salaire et a été célébré comme une victoire
de la sagesse. Or il n'en n'est rien, car la suppression  du salaire de la
patronne est une goutte d'eau dans la ruine occasionnée par la mission et
nous sommes probablement seuls à le souligner.

En effet, une administration complète a été  créée pour  satisfaire sa
cupidité : la  mission  concernait « la mondialisation et ses
conséquences sociales ». Conservant la mission, elle dispose de trois
salariés de très haut niveau ce qui implique une formidable pyramide :
collaborateurs subalternes,  locaux, dépenses adjacentes comme des voyages
sympathiques puisqu'il s'agit de mondialisation,  réceptions etc.  Aucun
calcul n'est possible sur la dépense correspondante mais il n'est pas
exagéré de l'évaluer à plusieurs millions d'euros.

La mission est totalement inutile. La mondialisation est un fait  extrêmement
ancien dans l'histoire des hommes et, si elle  comporte des aspects nouveaux,
la France a une grande quantité de fonctionnaires qui auraient pu l'analyser
sans dépenser davantage. La logique eut donc voulu de supprimer purement et
simplement cette mission. Mais le pouvoir ne le pouvait pas car un autre des
principes de la  R.F . est d'entraider, à charge de revanche,  les
camarades dans de multiples occasions : supprimer cette mission mettait en
danger toues les autres.  Xavier Darcos, ayant aussi une créance sur ses
amis, vient de recevoir un hochet dans le domaine de la culture,  alors que
nous avons déjà  un ministre de la culture. Quant à Michel Rocard, qui
dispose  du train de vie princier d'un ancien premier ministre, il a trouvé
le moyen  de se faire  nommer « Ambassadeur pour les négociations dans les
pôles », fonction luxueuse qui  doit gêner énormément les nombreux
diplomates tout à fait capables de gérer ces problèmes. 

Ce scandale des missions est à rapprocher de celui des « rapports » que
produisent les assemblées parlementaires et qui répondent au même objectif
d'enrichir les camarades. Sur Internet, l'on peut lire plus de 8000 rapports
produits par l'Assemblée nationale et dont personne n'a évidemment aucun
besoin réel.

Il en est de même pour d'autres assemblées : Sénat, Conseil Economique et
Social,  ou à d'autres niveaux : régional, départemental, etc. Tous les
rapports de toutes ces Assemblées sans exception sont des causes de ruine.

Leur seul résultat tangible est d'enrichir d'une façon substantielle
l'auteur du rapport et ce résultat est l'objectif visé dans les faits, car
bien évidemment les Assemblées, qui prennent aux citoyens leur argent par la
force fiscale pour payer les rapports, savent très bien qu'ils ne servent à
rien d'autre.

Ce fut le cas du sujet du rapport commandé à Madame Tiberi par le Conseil
Général de l'Essonne : « Réflexions sur les orientations du Conseil
Général de l'Essonne en matière de coopération décentralisée ». A une
autre époque Juppé avait commandé à Storelu un rapport sur « Une étude
de la proposition américaine pour l'effet de serre » ! Patrick Lelas,
camarade de Pierre Joxe, avait, naguère, été chargé d'un rapport sur
« l'information économique » ;  n'importe quel praticien sait qu'un tel
sujet n'a aucun intérêt et qu'aucune conclusion pratique ne peut en être
tirée  :  d'ailleurs, la seule hypothèse valable, celle de la  privatisation
de l'information économique, n'avait pas été envisagée.

D'autres rapports servent uniquement à gesticuler pour gagner du temps, tout
le monde sachant bien que le pouvoir ne veut rien changer. C'est le cas des
rapports sur la Corse. Un rapport de 1 000 pages avait été établi en 1997 ;
cela n'a pas empêché le pouvoir de demander un autre rapport en 1999 et de
rester parfaitement immobile sur la question.

Tout se passe dans une certaine opacité, mais de temps à autre
l'enrichissement de l'heureux auteur vient à filtrer ce qui permet de se
faire une idée du désastre. Monsieur Claude Barral, vice-président du
conseil général de l'Hérault,  avait reçu 320 000 F (49 000 euros) pour un
rapport sur la « démoustication du littoral ». Il a pondu la quantité
extraordinaire de 12 pages, indiquant que le moustique « est agressif et
pique du printemps à l'automne ». Il complétait en ajoutant que « les
larves du moustique se développent dans l'eau et viennent respirer à la
surface ».

L'intensité de l'effet de ruine suscité par les missions et rapports est
donc  absolument immense.

La triste histoire de Madame Boutin fait ainsi surgir en pleine lumière et
brusquement un aspect de la R.F., particulièrement douloureux pour les
« moujiks » que nous sommes. Les intérêts embusqués pour tirer le
maximum des fromages publics sont tels qu'il est à craindre que cela continue
encore longtemps jusqu'au moment où un  tsunami imprévisible emportera
l'édifice vermoulu de la R.F.

Michel de Poncins 14/6/2010

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