7 février 2023
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Inattendu, terrible, inévitable

Chacun a un avis particulier sur l’énorme victoire électorale du Hamas aux élections palestiniennes.

Les cyniques de l’aile droite à l’égard du soutien américain pour la démocratie au Moyen-orient disent que nous avons les desserts de notre idéalisme naïf. Quelle folie de jamais penser que de tels Peuples tribaux puissent voter eux-mêmes pour un gouvernement responsable !

” Faites attention à ce que vous souhaitez “, carillonnent des gauchistes contents d’eux. Mais ils rabâchent que l’administration Bush est hypocrite en se lamentant sur les résultats. Après tout, comment les Etats-Unis peuvent-ils défendre la démocratie et puis reculer quand elle ne devient pas pro américaine ?

D‘autres esquivent : la victoire du Hamas signifie difficilement un gouvernement consensuel tel que nous le connaissons – du fait de l’absence chez les Palestiniens d’un système judiciaire indépendant, de la liberté d’expression, ou de l’Habeas Corpus.

Il y même moins de consensus sur l’avenir. Les pessimistes soulignent les élections en Allemagne en 1932 et 1933, qui ont intégré les nazis et leur ont permis de se saisir du pouvoir et de détruire ce système démocratique qui leur avait conféré la légitimité. Ensuite, les Frères musulmans vont-ils prendre le pouvoir en Egypte et achever la réforme (” une élection, une seule fois “) lorsque nous aurons forcé la dynastie de Moubarak à accepter un suffrage libre et sans entraves ?

Le plus optimiste réagit toujours avec l’exemple du Congrès National Africain [ANC, ndt] de Nelson Mandela autrefois hors-la-loi. Ces anciens militants ont évolué au-delà des attaques terroristes contre le gouvernement d’apartheid des Blancs, pour devenir le gouvernement dirigeant l’Afrique du Sud.

Les Israéliens aussi, sont divisés. Les libéraux assurent que le Hamas doit devenir modéré ; lorsqu’il sera obligé de nettoyer les égouts et de réparer les câbles électriques plutôt que de tirer au fusil dans les rues quand il ne trouve pas la voie libre.

Les conservateurs sont curieusement aussi sereins, mais avancent un autre argument. Désormais il n’y aura plus de pourparlers bidons sur l’aile ” militante ” du Hamas, ou une Autorité Palestinienne pleine de duplicité, se plaignant qu’elle ne peut contrôler des islamikazes à la bombe rebelles. Non, en tant que représentants légitimes du Peuple palestinien, le Hamas peut au moins conduire leurs braves jihadistes à une guerre ouverte contre les Juifs diffamés. Comme en 1967 et 1973, laissons le champ de bataille régler leur avenir de combattants.

Pourtant, il y a une constante à toutes les chamailleries sur la victoire du Hamas : la Démocratie, même au sein du Moyen-Orient violent, apporte une certaine clarté, et avec elle, au moins, l’honnêteté.

Le Hamas peut soit renoncer aux principes de sa Charte – ou les suivre en imposant très ouvertement son peuple pour empocher de l’argent pour davantage de brigades d’islamikazes à la bombe. En tant qu’Etat islamique, il peut établir la loi islamique, la sharia, et une alliance avec l’Iran elle aussi théocratique, profitant tous les deux de bénéfices à court terme – et des inconvénients mondiaux – d’un tel axe islamique. De tels radicaux anti-occidentaux n’ont pas non plus besoin d’accepter des centaines de millions de dollars des largesses de la part de l’Amérique et de l’Europe des infidèles.

Ici aux Etats Unis, nous devons exprimer du soulagement plutôt que l’anxiété. Personne ne peut accuser l’Amérique de soutenir les fantoches de l’aile droite qui font nos enchères. Nous avons non seulement soutenu les élections, mais nous les avons aussi subventionnées. Aussi maintenant, avec une parfaite cohérence, nous pouvons accepter la victoire du Hamas, en gardant notre argent et nos distances à l’égard de personnages aussi affreux.

Ce à quoi nous assistons, ce sont les contrecoups du retrait de Saddam Hussein, et de la démocratisation en désordre du Moyen-Orient. Ces secousses consécutives ont laissé en place des autocrates pro-américains du Golfe et d’Egypte, et des dictateurs hostiles en Syrie, Libye et en Iran, tremblant tous.

Le bouleversement dont nous sommes témoins est aussi dangereux et imprévisible qu’il est franc, puisqu’au moins l’Amérique mène une politique constante au Moyen-Orient. Nous encouragerons des élections libres et ouvertes, mais n’avons pas toujours besoin d’être les amis des gouvernements issus de ces élections.

Nous sommes dans une nouvelle ère dans laquelle la politique réaliste de financement des autocrates qui ont pompé le pétrole et écarté les communistes a achevé son cours. Les vieilles calomnies sur l’impérialisme américain et les coups d’Etat montés par la CIA peuvent désormais être mises au rebut. Le Moyen-Orient aura besoin de vivre – et d’évoluer au-delà du stade d’un demi-siècle de vieille rhétorique périmée sur l’Amérique, où nous les aurions ainsi retardés pour toujours. Insinuant que nous soutenions certains rois saoudiens corromps dans les années 1940, ou aurions ruiné une réforme de l’Iran dans les années 1950 –

Dans le même temps, les USA doivent eux-mêmes s’adapter à la nouvelle intégrité, en encourageant la démocratisation du Moyen-orient et, dans le futur prévisible, l’émergence probable de gouvernements islamiques anti-occidentaux issus du peuple. D’abord, nous devons nous retirer des remblais délabrés de l’autocratie, et cesser de donner le moindre argent pour le statu quo corrompu (comme la dynastie Moubarak). De tels fonds encouragent seulement la complainte de l’état de victimes de la part des rivaux islamistes, et leur donne des munitions anti-américaines pour les élections à venir.

Deuxièmement, nous devons nous tourner vers plus de forages pétroliers chez nous, de préservation de l’énergie, d’énergie nucléaire, et, le plus important pour nos besoins de transports, de production de méthanol et d’éthanol. Ce n’est qu’alors que nous pourrons cesser de dépenser des milliards de pétrodollars au Moyen-orient qui pervertissent son économie, alimentent des idéologies par ailleurs en déroute, et promettent une prochaine course aux armements nucléaire. Ainsi par tous les moyens, laissons les tous voter et élire tous ceux qu’ils veulent – et laissons des Etats-Unis confiants espérer le meilleur, et se préparer pour le pire

Victor Davis Hanson

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