29 janvier 2022
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Hamas: l’inconséquence internationale

Celle-ci, bien que prévisible, aura néanmoins pris de court les chancelleries occidentales qui avaient largement sous-estimé l’exaspération des Palestiniens devant la corruption endémique et l’inefficacité chronique de l’appareil administratif et décisionnel de l’Autorité. Le mouvement pour la résistance islamique, derrière son slogan “changement et réforme“, apparaissait dès lors comme la seule alternative crédible au Fatah en l’absence d’une “troisième voie” suffisamment puissante et attractive. Le choc encaissé, la communauté internationale, et notamment le “Quartet” (Union Européenne – Etats-unis – Russie – O.N.U. ), après avoir exprimé sa vive inquiétude quant à la nouvelle donne politique palestinienne, s’est empressée de rappeler à la nouvelle majorité parlementaire palestinienne deux conditions sine qua non: l’abandon de la lutte armée et la reconnaissance de l’Etat hébreu.

Rappelons pour mémoire les déclarations gouvernementales qui avaient suivi l’accession au pouvoir du mouvement islamiste:
George W. Bush avait déclaré que “si vous avez la destruction d’Israël dans votre programme, vous n’êtes pas un partenaire pour la paix.” La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice avait quant à elle affirmé que “les aspirations [palestiniennes] ne peuvent être satisfaites que par une solution à deux Etats qui exige de renoncer à la violence, de se détourner du terrorisme, d’accepter le droit à l’existence d’Israël et désarmer les milices.”
La Fédération de Russie, par l’intermédiare de son emissaire diplomatique, s’était prononcée “pour un règlement pacifique et, par conséquent, pour la création d’un Etat palestinien indépendant qui vivrait en paix avec Israël.
Benita Ferrero-Waldner, commisaire européen aux affaires étrangères, avait affirmé que la Commission coopérerait avec un gouvernement palestinien “quel qu’il soit, du moment qu’il est déterminé à poursuivre ses objectifs de façon pacifique.
Le premier ministre français Dominique de Villepin avait quant à lui rappelé les conditions de la coopération française: “d’abord la renonciation à la violence, accepter d’avancer selon les objectifs de paix qui ont été fixés. Deuxièmement, la reconnaissance de l’Etat d’Israël et la reconnaissance des accords internationaux.

Les positions des membres les plus influents de la diplomatie internationale et les plus impliqués dans la résolution du conflit israélo-palestinien semblaient vraisemblablement converger; le Hamas se devait de renoncer à la violence et de reconnaître son voisin juif. Pourtant le “Quartet” et les chancelleries occidentales, au lieu d’envoyer conjointement un signal fort au mouvement islamiste, ont adopté jusqu’à présent un attitude contradictoire et inconséquente.

En effet, l’Autorité palestinienne étant constamment maintenue sous perfusion financière et budgétaire par la communauté internationale, celle-ci dispose de moyens de pression considérables sur la nouvelle majorité parlementaire palestinienne. “Give Hamas nothing for free“- ne rien donner au Hamas sans contrepartie – tel aurait du être le mot d’ordre du reste du monde qui aurait ainsi pu amener le mouvement islamiste à changer sa trajectoire idéologique et à s’engager dans un processus politique pacifique et purement démocratique.

Or cette opportunité unique a volé en éclats en raison de divisions, notamment au sein du “Quartet“, quant à l’usage des moyens de pression disponibles. Au lieu d’adopter une position unie et sans ambiguïté, la communauté internationale a présenté un front morcelé dans lequel le Hamas n’a pas manqué de s’engouffrer. En effet, si les Etats-unis n’ont pas tardé à brandir ostensiblement l’arme financière, la France a d’emblée écarter une telle éventualité, usant de son poids politique pour que l’U.E., premier bailleur de fonds de l’Autorité, fasse de même. Et alors que le gouvernement français affirmait privilégier des contacts purement techniques avec le groupe terroriste, posant l’adhésion de ce dernier aux conditions citée plus haut comme préalable à tout échange diplomatique, il n’a pas manqué de soutenir et de saluer, en contradiction flagrante avec ses précédentes déclarations, l’invitation officielle du Hamas à Moscou par la Russie, désireuse de retrouver son influence au Moyen-Orient.

C‘est donc une opportunité décisive que la communauté internationale, à commencer par les membres du “Quartet“, a manqué, faisant preuve d’une incohérence affligeante. Si cette erreur n’exclut pas définitivement la probabilité d’un virage politique du Hamas, elle constitue néanmoins une occasion de taille lamentablement gâchée. Et même si l’espoir d’une évolution idéologique du Hamas demeure, la perspective d’une “hezbollaïsation” se profile également. La communauté internationale a demandé au groupe terroriste palestinien de choisir entre la politique et la lutte armée. Mais face à un morcellement diplomatique encourageant, ce dernier pourrait bien, à l’image de son homologue libanais, décider de choisir la politique sans pour autant abandonner les armes.

Source: Ordre 66

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