25 octobre 2021
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Philippe de Villiers contesté par les uns, mais majoritairement soutenu par les autres

C‘était lors de la marche organisée à la mémoire d’Ilan Halimi à Paris, le 26 février dernier. PCF et MRAP avaient décidé de ne pas y participer en raison de la présence annoncée du FN et de Philippe de Villiers dans ce qui devait être une manifestation unitaire et apolitique. Tout en affirmant sa solidarité « avec la famille et les proches d’Ilan Halimi, » le MRAP dénonçait ce qu’il considérait comme étant « le caractère ambigu de cette manifestation et de sa récupération politique. »

La venue de Philippe de Villiers ne posait pourtant guère problème au CRIF, l’un des organisateurs, qui avait refusé, en revanche, que soit officiellement présent le Front National, compte tenu des condamnations pour racisme et antisémitisme prononcées à l’encontre de son Président. Point de FN, donc. Ce qui a fait dire à Patrick Klugman, vice-président de SOS racisme, que les raisons invoquées par le MRAP pour ne pas participer à cette marche unitaire étaient « un argument crapuleux. » Donc point de FN, mais des représentants du Front s’étaient toutefois joints au cortège à titre personnel, dans la discrétion et sans heurts.

Philippe de Villiers, pour sa part, a été sorti du carré des personnalités manu militari par le service d’ordre de SOS Racisme sous les quolibets. Le vice-président de l’association avait d’ailleurs prévenu, notamment, dans « Vingt minutes » : « nous ne le laisserons pas intégrer le cortège aux endroits où SOS Racisme assure une responsabilité. » Patrick Klugman affirmait pourtant par ailleurs : « nous n’assimilons pas Villiers à Le Pen, » mais ajoutait que « l’identité même du parti choque certains organisateurs en raison des propos qu’a tenu son président sur les Maghrébins. » Or, il ne semble guère que Philippe de Villiers ait été poursuivi pour de quelconques propos tombant sous le coup de la loi. De quels propos voulait-il donc parler alors ?

Le 27 février le Conseiller général publiquement fort malmené portait plainte contre SOS Racisme qui lui demandait alors, sans obtenir satisfaction, de retirer cette plainte, la qualifiant de provocation et imputant toute « bousculade dont il a pu être victime » aux seules forces de l’ordre qui avaient participé à son évacuation du carré des personnalités.
Quoi qu’il en soit, sorti bel et bien avec vigueur de ce carré, Philippe de Villiers a décidé de rester dans le cortège même sans que cela ne pose problème. Pour, dit-il dans un communiqué publié ultérieurement, « comme tant d’autres, assurer la communauté juive de ma sympathie. »
Et de rappeler qu’il a été très bien accueilli lorsqu’il s’est rendu à la synagogue de la Victoire à Paris pour la cérémonie qui s’y est tenue à la mémoire d’Ilan Halimi.

Depuis cette affaire les soutiens ont afflué: ceux du CRIF, qui s’est dit « outré » de la manière dont il a été traité, de Jean Kahn, Président du Consistoire Central, qui a exprimé sa « vive réprobation, » le Président du B’nai B’rith, Marc Lumbroso, a fait savoir qu’il « n’a pas approuvé l’éviction de M. , de Villiers. » Quant à l’Union des Patrons et des Professionnels Juifs de France, elle s’est « désolidarisée totalement de l’initiative des militants de SOS Racisme, » estimant que la participation de Philippe de Villiers à cette manifestation était « un signe d’amitié et de fraternité et que sa présence était parfaitement bienvenue. »
Claude Barouch, son Président, ajoutait que « cet incident scandaleux » a été « condamné par une immense partie de la communauté juive. » Affirmation confirmée par « les centaines, les milliers de courriels reçus » par Philippe de Villiers. Venus d’un peu partout, « y compris des Etats-Unis et d’Israël, ce qui nous a fait chaud au coeur, » souligne Geoffroy de Dieuleveult, responsable du service de presse du MPF.

D‘autres courriels circulent. Dans l’un d’eux cette éviction du patron du MPF est décrite en ces termes : “nous avons été choqués de l’attitude sectariste et trotskyste des associations d’extrême gauche qui, contrairement au CRIF et en dépit de ses consignes, l’ont physiquement expulsé de la tête du cortège.”
Henri Dahan, qui s’exprime au nom du « Collectif des associations et mouvements juifs de France, » évoque, lui aussi, « un soutien massif » au Président du MPF, et ajoute : « il est aujourd’hui le seul homme politique français d’envergure nationale à dénoncer sans ambiguïté l’islamisation radicale de la France et ses conséquences. Nul autre plus que lui ne devait se tenir en tête de cette manifestation. »
Et voilà lâché le mot qui fâche… « islamisation radicale de la France. » Expression dont on peut débattre, que l’on peut estimer fondée ou infondée, mais qui, assurément ne constitue guère un délit. Dès lors, se saisir physiquement d’une personne, la contraindre à quitter un lieu ou elle se trouve, en l’invectivant et en invoquant cette raison est effectivement confondant.
De plus, le faire dans ces circonstances, lors d’une marche unitaire, se voulant apolitique, à la mémoire d’un jeune homme assassiné dans des circonstances dramatiques, entachées d’antisémitisme, semble particulièrement inacceptable.
Quant au fait que le PMF serait un mouvement in-fréquentable aux yeux du MRAP ou de SOS Racisme, alors qu’il n’a jamais été condamné pour des propos racistes, argument avancé par le CRIF, entre autres, pour accepter la présence de son Président lors de la marche, il étonne aussi.
Et il a donc semblé intéressant de creuser.
Certes, dans sa Charte le MPF dénonce une « immigration incontrôlée » mais il récuse aussi « toute xénophobie. » Et, surprise, que découvre-t-on, : un mouvement dont le Président, également patron du Conseil général de Vendée a mis en place « un accord de coopération décentralisé » entre sa région et le Bénin en 1992. Ce qui ne date pas d’hier et ne s’inscrit donc pas dans le cadre de discours de pure forme, dans celui de promesses électorales non tenues. Non, c’est bien d’un accord qui perdure dans le concret qu’il s’agit et qui a porté de nombreux fruits sur le plan local. Ce qui a valu à Philippe de Villiers d’être reçu « en chef d’Etat, » avec tapis rouge et liesse populaire dans ce pays africain en décembre dernier. Une manière de « lutter contre l’immigration clandestine, » certes, mais aussi « d’oeuvrer pour le développement du continent noir. » Cela vaut-il donc d’être jeté manu militari d’une marche qui était aussi contre racisme et antisémitisme ?

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