15 avril 2021
Non classé

Quand le terrorisme intellectuel attise la rage des banlieues

D‘abord, les raisons politiques : la France ne s’est pas débarrassée d’une culture de gauche marxiste qui prospère sur l’exploitation du conflit social. Le discours ambiant entretient et exacerbe les tensions, qu’elles soient d’origine économique, ethnique ou religieuse. Deuxièmement, les motifs d’ordre religieux.

Les émeutes n’ont pas de source identitaire au sens strict, mais les chefs fondamentalistes musulmans travaillent un terreau social déstabilisé pour s’imposer comme un recours. Certains musulmans modérés ont réellement tenté de calmer le jeu, je n’en dirai pas autant de certains chefs religieux, installés pour certains clandestinement en France. Enfin, il y a des intérêts financiers énormes en jeu, avec les dealers en particulier, dont le commerce profite mieux du désordre que du renforcement de l’autorité publique.

L’intensification des émeutes vient de la structure même de la vie souterraine de nos banlieues. Il n’y a pas eu complot ou guerre organisés par une autorité organisatrice, mais une convergence d’intérêts et de motivations entre un grand nombre de groupes d’individus. Voilà pourquoi le «mal des banlieues» est très profond.

Les médias ont sans doute amplifié le phénomène en confondant un peu vite appel à l’aide et appel à la haine, comme s’il s’agissait pour les casseurs de purger seulement la rage qu’ils avaient dans le ventre, mais l’essentiel est ailleurs. Il existe une vraie colère, de vraies frustrations, parce que les jeunes désoeuvrés des banlieues n’entendent plus aucun discours sur le mérite, parce que nombre d’associations subventionnées pour les aider ne cherchent qu’à les occuper sans les inviter à donner le meilleur d’eux-mêmes autour de vrais projets de vie. Ce sont les ravages du clientélisme, quand l’exacerbation du droit à la différence rencontre le droit à l’indifférence, il ne faut pas s’étonner que cela explose.

Bien sûr, il y a des causes sociales, urbaines et économiques et nos responsables politiques se sont non seulement placés depuis longtemps dans un état d’impuissance mais certaines mesures sociales et économiques ont des effets pervers impitoyables. La mondialisation est un fait, la compétition économique s’impose à tous et jamais les 35 heures n’enrayeront le chômage. C’est le type même d’erreur dont on n’a pas fini de payer le prix.

Non seulement le travail cesse d’apparaître comme une valeur, mais l’augmentation du coût du travail affecte tous les emplois, et pas seulement les moins qualifiés. Désormais, on délocalise aussi de plus en plus les emplois qualifiés. En outre, le régime des minima sociaux décourage directement le travail : on gagne plus à ne rien faire qu’à toucher le smic. On persiste quand même à soi-disant «accueillir» chaque année 170 000 immigrés mal préparés aux réalités du marché du travail français. On voudrait résoudre le malaise des banlieues en donnant du travail, mais on ne «donne» pas du travail ! On le gagne, on le mérite, avant de l’obtenir. On s’y prépare.

Mais je l’affirme, la cause – et donc la solution – est avant tout culturelle. Ce n’est pas d’abord un problème de rattrapage. On peut donner des millions d’euros aux associations, et il faut le faire mais avec discernement. Les drames de la pauvreté sont là et de vrais problèmes d’urbanisation demeurent. Mais il faudra surtout que cesse la collusion entre terrorisme de rue et terrorisme intellectuel, qu’on accepte de traiter les causes de la crise au lieu de gérer leurs effets, qu’on maîtrise l’immigration, qu’on s’adapte enfin aux réalités économiques, qu’on sanctionne les dealers et les trafics en tous genres, qu’on contrôle les fondamentalistes religieux.

Pour cela, il nous faudra sortir du relativisme, intellectuel, moral, politique, culturel et spirituel dans lequel nous sommes englués. Que leur a-t-on donné à aimer ? Plus fondamentalement, deux systèmes de pensée s’affrontent, deux visions de l’homme et du monde qui ne considèrent pas la liberté, la responsabilité, la dignité de la personne, de la femme, de la même manière. Pour tenter de faire l’unité, on propose un modèle profondément matérialiste et individualiste où les règles de vie n’ont plus de sens.

A Montfermeil et ailleurs, persévérons sans relâche à rapprocher les populations autour de projets communs. La connaissance de l’autre précède toujours la reconnaissance. Découvrir ensemble que notre pays, la France, a un nom, une culture, des racines spirituelles et une histoire, c’est déjà un début. Connaître permet d’aimer. Aimer permet de respecter.
Et pour les familles prises en otages dans la résidence des Bosquets et qui ne souhaitent qu’aimer et respecter la France, je leur dis : Merci de votre patience, merci de votre courage. Comptez sur moi, je n’économiserai pas mes forces pour vous apporter des conditions de vie plus dignes et vous délivrer de la loi du silence.

Par Xavier Lemoine*

02 juin 2006, (Rubrique Opinions) Le Figaro

* Maire (UMP) de Montfermeil.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


%d blogueurs aiment cette page :