26 juin 2022
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Le ‘silence’ de Dieu – et celui du Pape

Où était Dieu en ce temps-là ? ” a demandé le Pape Benoît XVI lors de sa venue à Auschwitz la semaine dernière. ” Pourquoi était-il silencieux ? Comment a-t-il pu permettre ce massacre sans fin, ce triomphe du mal ? “

C’est la question inévitable à Auschwitz, cette vaste usine de mort où les nazis ont torturé, affamé, fusillé et gazé un million et demi d’êtres humains innocents, dont la plupart étaient juifs. ” Dans un lieu comme celui-ci, les mots manquent ” a déclaré Benoît XVI. ” En définitive, il ne peut y avoir qu’un silence terrifié qui est en soi un cri du cœur sincère vers Dieu : Pourquoi, Seigneur, es-tu resté silencieux ? “.

Les reportages des informations ont souligné la question du Pape. Chaque narrateur a remarqué que l’homme qui l’a prononcée était, comme il l’a formulé, ” un fils du Peuple allemand “. La signification historique intense d’un Pape allemand en pèlerinage en Pologne n’a échappé à personne, implorant des réponses de D.ieu dans le lieu du massacre où seulement 60 ans auparavant, les Allemands ont versé le sang juif en dépassant les limites de l’inouï.

Et pourtant certains commentateurs ont accusé Benoît XVI d’avoir esquivé la question de l’antisémitisme. Le directeur national de ” l’Antidefamation League ” [principale organisation de lutte contre l’antisémitisme aux USA ndt], a déclaré que le Pape n’avait ” pas prononcé un seul mot sur l’antisémitisme ; aucune reconnaissance explicite des vies juives interrompues pour le seul fait que les victimes étaient juives. ” Le Registre National Catholique ” a rapporté de même ” qu’il n’a fait aucune mention de l’antisémitisme moderne”.

En vérité, le Pape a non seulement reconnu la réalité de la haine antijuive, mais il a expliqué la pathologie qui la sous-tend. Les antisémites sont motivés par l’hostilité non exclusivement à l’égard des Juifs, a-t-il dit, mais envers le message de l’Ethique fondé sur Dieu qu’ils ont les premiers apportée au monde.

” Au plus profond, ces criminels malfaisants ” – il parlait de Hitler et de ses partisans – en éliminant ce Peuple, ont voulu tuer le Dieu qui a appelé Abraham, qui a parlé sur le Sinaï, et qui a posé des principes pour servir de guide à l’humanité, principes qui sont éternellement valides. Si ce Peuple par son existence même, était un témoin du Dieu qui s’est adressé à l’humanité et nous a entraînés vers lui, alors ce Dieu devait mourir et le pouvoir devait appartenir à l’homme seul – à ces hommes, qui pensaient qu’ils s’étaient rendus les maîtres du monde par la force “.

L‘objectif ultime des Nazis a avancé Benoît XVI, a été d’arracher la morale chrétienne de ses racines juives, en la remplaçant par une ” foi de leur invention : la foi dans la férule de l’homme, la loi du puissant “. Hitler savait que sa volonté de pouvoir ne pouvait triompher que s’il détruisait d’abord les valeurs judéo-chrétiennes. Dans le Reich de mille ans, Dieu et son code moral auraient été effacés. L’homme, débarrassé de sa conscience, aurait régné à sa place. C’est la plus ancienne des tentations, et Auschwitz est ce à quoi cela mène.

” Où était Dieu en ce temps là ? ” a demandé le Pape. Comment un créateur de justice et d’amour a-t-il permis que des êtres humains soient assassinés à Auschwitz, convois de trains après convois de trains ? Où, après tout, était D.ieu au Goulag ? Où était D.ieu quand les Khmers rouges ont massacré 1,7 millions de Cambodgiens ? Où était Dieu au Rwanda ? Où est Dieu au Darfour ?
Dans cet esprit, où est Dieu quand même une innocente victime est assassinée, ou violée, ou trompée ?

La réponse, bien que le Pape ne l’ait pas formulée si clairement, est qu’un monde dans lequel Dieu intervient sans cesse pour prévenir la cruauté et la violence serait un monde sans liberté – et la vie sans liberté serait dénuée de sens. D.ieu attribue aux êtres humains le pouvoir de choisir entre le bien et le mal. Certains choisissent d’aider leur prochain, d’autres choisissent de lui faire du mal. Il y eut ceux qui, dans l’Europe nazie, rassemblèrent les Juifs en troupeau vers les chambres à gaz. Et il y eut ceux qui risquèrent leur vie pour cacher des Juifs à la gestapo.

Le Dieu qui ” a parlé au Sinaï ” ne s’adressait pas lui-même à des anges ou à des robots qui n’auraient pas pu faire de mal même s’ils l’avaient voulu. Il s’est adressé à des gens réels, avec de vrais choix à faire, et les conséquences réelles qui découlaient de ces choix. Auschwitz n’a pas été la faute de D.ieu. Il n’a pas construit cette place. Et ce n’est qu’en transformant ceux qui la construisirent effectivement d’acteurs moralement libres en marionnettes, qu’il aurait pu les arrêter dans la commission de leurs horribles crimes.

Ce n’est pas Dieu qui échoua pendant l’Holocauste ou le Goulag, ou bien le 11 septembre, ou en Bosnie. Ce n’est pas Dieu qui échoue quand des êtres humains commettent des actes barbares sur d’autres êtres humains. Auschwitz n’est pas ce qui arrive quand le Dieu qui dit ” Tu ne tueras pas ” et ” Tu aimeras ton prochain comme toi-même ” est silencieux. C’est ce qui arrive quand des hommes et des femmes refusent d’entendre.

Par Jeff Jacoby

Adaptation française de Simon Pilczer

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