1 décembre 2021
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Faut-il brûler Ségolène Royal ?

En leur temps, Jean-Pierre Chevènement, Julien Dray ou Malek Boutih avaient, eux aussi, essuyé de leur camp des tirs nourris, et des discours haineux, leur reprochant, rien de moins, que de sombrer dans la lepénisation des esprits parce qu’ils osaient exprimer la gravité de la situation, et parler d’un nécessaire discours de gauche sur la sécurité, afin de ne pas laisser ce terrain à la droite et à l’extrême droite.

Il faut se souvenir du véritable lynchage médiatique subi par le président du MRC lorsqu’il a osé parler de sauvageon pour qualifier certains voyous.
Toute la bobocratie médiatique et politicienne lui est tombé dessus. On connaît le résultat. A force de tenir un discours totalement inaudible, entre Chevènement-Dray et Mamère-Buffet sur la sécurité, et d’abandonner le terrain à Chirac et à Le Pen, il y a eu le 21 avril 2002, et le vote massif pour le Front national dans les quartiers populaires où les citoyens et leurs familles avaient à juste titre le sentiment d’être abandonnés face à la tyrannie des voyous.

La gauche, dans sa majorité, n’a absolument pas évolué sur cette question.
Quand trois événements graves se produisent en moins d’un an (agressions au faciès de jeunes manifestants lycéens, émeutes avec morts et destructions d’écoles et de centres sociaux en novembre 2005, attaques de manifestants anti-CPE étudiants et ouvriers), elle est tétanisée, et se montre incapable d’avoir les réponses à la hauteur de la gravité de la situation.

Nous étions bien seuls, les républicains qui, comme Catherine Kintzler dans un papier « Les gros mots et la barbarie » (Respublica 396) refusaient le discours victimaire de la plupart des dirigeants de la gauche. Au lieu de défendre les vraies victimes, l’immense majorité des citoyens les plus démunis, ils voulurent voir dans ces nouveaux barbares qui brûlaient les écoles, les centres sociaux et les voitures des ouvriers et des chômeurs des victimes du système qui se trompaient de colère, voire la nouvelle avant-garde de la révolte des quartiers populaires.

Quand une enseignante poignardée rompt la loi du silence, et que les agressions continuent au sein de l’école publique, où il est de plus en plus difficile d’enseigner, on a droit à un discours édulcoré, qui amène nombre de parents laïques à mettre leurs enfants dans les écoles privées, souvent au prix de lourds sacrifices financiers.

Les classes populaires sentent bien que les réponses classiques, teintées d’humanisme, apportées par la gauche depuis plus de vingt ans, ne fonctionnent pas. Ils exigent que cela marche ! Ils ne veulent plus voir des barbares terroriser les quartiers, tout casser et imposer leur loi, comme à Montfermeil dernièrement. Ils veulent que la République se dote des moyens nécessaires pour les protéger.

Pourtant, pour une bonne partie de la gauche, il doit y avoir une répartition des rôles. La droite doit parler sécurité, et la gauche doit parler social. Ceux et celles qui, comme Ségolène Royal aujourd’hui, Jean-Pierre Chevènement et les républicains de gauche hier, osent sortir de cette ornière, sont violemment pris à partie, verbalement, mais aussi parfois physiquement, par certains groupuscules d’extrême gauche qui pensent que les débats doivent se régler de manière militaire, et par tous les bobos pour qui le mot répression est un gros mot.

Quand Bayrou, pendant la campagne présidentielle, met une gifle à un jeune voleur qui lui fait les poches, tout le monde donne raison au patron de l’UDF, il n’y a que Cohn-Bendit et les siens pour y voir un acte violent grave amenant au fascisme!

On peut ne pas partager tous les propos de Ségolène Royal, mais il n’est pas acceptable qu’elle soit insultée et diffamée comme elle l’est.
On a le droit de parler de la sécurité et de la nécessaire répression, sans être qualifié de fasciste.
On a le droit de ne pas être favorable au mariage homosexuel (de nombreux homosexuels y sont hostiles) sans se faire baptiser d’émule de Christine Boutin. Bien d’autres sujets (Europe, immigration, sans-papiers, nucléaire, services publics, fiscalité, protectionnisme, institutions, laïcité, service national, etc.) méritent un débat serein.
Certains partisans du « oui », lors de la campagne du TCE, ont multiplié invectives et amalgames contre les partisans du « non », qualifiés parfois de xénophobes et de racistes parce qu’ils entendaient lutter contre la concurrence libre et non faussée, et protéger les acquis des salariés français contre la déréglementation sauvage.
Il est dommage que ceux là même qui étaient invectivés hier reproduisent aujourd’hui les mêmes anathèmes contre une militante qui ne manque pas de courage.

Quand donc des responsables de gauche seront-ils enfin capable de tenir un discours républicain, et de dire de dire que les classes populaires ont droit à toutes les sécurités, la sécurité du contrat de travail, la sécurité des retraites, la sécurité de pouvoir se soigner, et la sécurité de l’intégrité physique et matérielle (lire l’édito de Respublica 399) ? (…)”.

Faut-il attendre le grand soir pour en finir avec la barbarie ?

par Marie Perret et Jeanne Bourdillon (même numéro de respublica)


On entend souvent, à gauche, l’argument qu’on ne résoudra la délinquance qu’avec la réintroduction d’une politique sociale dans les quartiers. Cela parait un voeu pieux, et ce pour deux raisons.

1) Que faisons-nous hic et nunc des “jeunes” qui terrorisent les quartiers et qui introduisent violence et incivilités dans l’enceinte de l’école ? On ne peut tout de même pas attendre le grand soir de la révolution culturelle républicaine pour s’en occuper. On sait ce qui leur arrive aujourd’hui dans la plupart des cas : rien.
L’impunité est, de fait, totale : les plus agités, lorsqu’ils ont moins de 16 ans circulent d’établissement en établissement, ce qui donne lieu à négociations cocasses entre principaux de collège ; on sait par ailleurs à quel point la justice est dépassée par la délinquance des mineurs.

2). Cette thèse cache une évidence d’opinion : il faut s’attaquer aux causes profondes, disent, la main sur le cœur, ceux qui la défendent. Quelle est l’évidence d’opinion qui est ici présupposée ? La prévention est préférable à la sanction. Or je n’en crois rien. Sanctionner, c’est inscrire la loi dans le réel. C’est faire limite à la toute-puissance de la pulsion. Un enfant qui ne rencontre pas la sanction ignore tout du principe de réalité, et ne parvient pas à se construire. Il faudrait que les républicains n’aient plus peur de ce terme. En revanche, le mot de “prévention” a de quoi faire peur : il suppose une vigilance des agents sociaux (instituteurs, éducateurs, etc.), sommés d’ouvrir grand les yeux pour repérer les sujets potentiellement à risque. Derrière le doux mot de prévention se profile la figure la plus liberticide, celle de Big Brother. Le rapport de l’Inserm sur la prévention de la délinquance l’atteste, et de quelle manière ! Pour reprendre la distinction de Foucault, la société disciplinaire est préférable à la société de contrôle. Dans la société disciplinaire, la loi reste extérieure, elle est représentée (le flic porte un uniforme, tout comme le militaire) : dans la société de contrôle, la loi, comme instance extérieure, est niée. Revers de la médaille : la conformation. Il faut que tous intériorisent la loi, de telle sorte qu’ils échappent à la violence de la sanction. Quoi de plus liberticide ? L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Il faudrait réfléchir à certains termes, comme “délinquance de masse”. Le délinquant, peu ou proue, a un rapport à la loi. Mais on assiste aujourd’hui à l’émergence d’une figure inédite de la violence. Catherine Kintzler l’a appelée, à raison, barbarie. Le barbare n’a plus aucun rapport à la loi. Si la délinquance est une transgression de la loi, la barbarie en est la négation même. Comment faire en sorte que ces “jeunes” aient rapport à la loi ? Le problème est virulent : il ne s’agit pas de disserter, entre gens de bonne compagnie, sur la question de savoir comment sensibiliser les jeunes aux devoirs civiques. En la matière, on a tout essayé, des grands frères aux cours d’éducation civique, avec les résultats que l’on sait. La solution ne peut passer que par la coupure. Derrière le terme contesté d’encadrement militaire, que ce soit des militaires ou un personnel spécialisé qui s’en charge doit être approfondi, mais c’est secondaire. Ce qui importe, c’est que ces “jeunes” soient coupés de leur quartier qu’ils considèrent comme leur territoire, et confrontés au principe de réalité. Et que la confrontation au principe de réalité commence dès l’école. Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet. Force est de constater que l’école s’est coupée du principe de réalité (diplômes qui n’ont plus aucune valeur, remise en cause de la sanction jugée “humiliante”, valorisation de la spontanéité aux détriments du travail, réduction de la règle à un contrat, etc.).

C’est cela que toute la société paie aujourd’hui, et au prix fort.


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