30 septembre 2022
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L’inquiétante progression du salafisme

Dans plusieurs cités des Yvelines, des habitants, que nous avons rencontré, évoquent la progression du phénomène salafi. Réunions militantes, démarchage quotidien des jeunes dans la rue, ventes d’ouvrages islamiques importés du moyen orient… Les barbus intégristes n’ont pas cessé de battre le pavé depuis une dizaine d’année, faisant de plus en plus d’émules, et leur influence va croissante auprès des jeunes, bien souvent frappés par le chômage, et en quête de repères.

Les salafistes se rattachent à la doctrine fondée par Abdul Wahhab (1720-1792). Elle est celle des « salafi », les successeurs de Mahomet. Tout ce qui s’oppose à cet islam, sévèrement codifié à partir d’une lecture littérale des textes coraniques, est considéré comme « bidâa » (invention humaine). Ainsi, des courants de l’islam plus récents comme les piétistes du Tabligh, à la morale non moins arriérée que le salafisme, sont dénoncés par les purs des purs comme une « invention » moderne.
Pour donner un bref aperçu de la largeur d’esprit du salafi moyen, sa doctrine interdit la mixité, le cinéma, la musique et le tabac… Rien de très original me direz-vous. Elle impose en outre le port de la barbe, qui ne doit pas dépasser deux longueurs de main à partir du menton, et le pantalon doit se porter au-dessus des chevilles. Le rituel est autant précis que névrotique.

Aux femmes l’obligation de se couvrir du « djelbab » (voile recouvrant le corps et le visage), ou au moins de « l’abaya » (vêtement ample cachant les formes du corps). Enfin, la morale et la pratique religieuse les obsèdent.
Les salafistes vouent à l’enfer tous les « mécréants » qui ne souscrivent pas à leur vision du monde. Même leurs parents, adeptes d’un islam souvent beaucoup plus ouvert et tolérant, sont suspects à leurs yeux.
Les grandes victimes de cet obscurantisme sont évidemment les femmes que ces sombres machos s’évertuent à cacher à la maison ou derrière de longs voiles. Aucun contact physique avec une femme n’est autorisé au croyant, hormis son épouse, bien sûr. Les femmes sont considérées comme des « tentatrices », des créatures démoniaques, car elles savent détourner le pieux musulman de la prière… les garces !

« Les salafis vivent les choses de manière très étroite. Ils ont une vision fausse de l’islam», explique un imam d’Ile-de-France qui ne tient pas les « salafis » dans son coeur. Selon lui, 80 % de la jeunesse musulmane française pourrait être touchée par le salafisme aujourd’hui, soit 10 à 15 % de la population musulmane vivant en France (environ 200 000 jeunes selon une note récente des Renseignements généraux).

Selon un autre rapport des RG qui date déjà de 2004, les salafistes seraient dix fois plus nombreux dans les cités qu’il y a dix ans. En 2004, ce rapport soulignait la «montée sensible du prosélytisme, essentiellement auprès des jeunes, musulmans ou pas, des quartiers sensibles». On peut croire, et nous faisons le constat quotidien, qu’en deux ans, la situation s’est considérablement dégradée.
En 2005, les RG dénombraient 5000 fidèles salafistes sur le territoire, ce qui semble peu sauf à ne dénombrer que les prédicateurs. La même enquête signalait que le salafisme s’était étendu dans toutes les régions, alors qu’en 2000, selon les mêmes sources, seulement six régions étaient concernées par le salafisme ! C’est à partir de 1999, que l’on a vu les prêcheurs étrangers commencer à se « produire » en région parisienne, à la mosquée Tarik-Ibn-Ziyad aux Mureaux, et à la mosquée As-Salam d’Argenteuil.

Ailleurs en région parisienne, les salafistes sont bien implantés à Sartrouville, Stains, Aulnay- sous-Bois, Bondy, Bobigny, Longjumeau, Villeneuve-la-Garenne, Mantes, Ecquevilly, Nanterre et Pontoise. Ils ont aussi essaimé en province dans les villes moyennes, à Amiens, Orléans, Grenoble, Valence, Beauvais, Pau, Bron, à Roubaix, Vénissieux ou Marseille.

Le même imam, qui se veut le promoteur d’un islam « harmonieux » avec la République, le souligne : « les salafis sont aujourd’hui très nombreux partout, et très influents. »

Comment agissent les salafistes auprès des jeunes pour connaître un tel succès ? Leur méthode de recrutement sont rodées. « Chaque nouveau converti est abordé par un discours sur les difficultés quotidiennes de la vie », explique l’imam, ce que constatent les habitants des cités qui côtoient ces prédicateurs, et ce que confirme la note des RG citée plus haut. Ensuite seulement ils abordent la question de la religion.
Selon l’imam francilien, « les nouveaux convertis sont ensuite assommés d’ouvrages d’un obscurantisme redoutable ». « Plusieurs fois, j’ai croisé des nouveaux convertis les bras chargés de livres… des livres de dogme, des traductions importés du moyen orient », complète—t-il.

Pourquoi une telle facilité de recrutement ? « Parce que la pratique religieuse qu’ils veulent transmettre ne demande aucun effort d’intégration de l’islam à la République, contrairement aux plus modérés qui cherchent à démontrer que l’islam a toute sa place en France », poursuit l’imam.
Ces barbus rétrogrades encouragent ainsi au « laissez faire », à « l’attentisme » des nouveaux convertis. Car les salafistes aiment à se répandre en lubies selon lesquelles les musulmans devront un jour quitter la terre des mécréants et retourner dans leur pays d’origine. Ce qui paraît simplement absurde car beaucoup de ces jeunes recrues ont la nationalité française. Peu importe, le discours n’a pas de mal à conquérir les esprits.

Ce mode de vie et de pensée, qui n’impose aucune contrainte par rapport au cadre républicain, convient à beaucoup de jeunes Français qui se sentent justement exclus de la République. Accablé et pas avare de confidences, l’imam n’hésite pas à parler du fardeau salafiste pour les musulmans nationaux : « C’est notre boulet, avec eux l’islam ne pourra pas vivre ses lumières ! »
Le résultat de ce mouvement de fond est frappant : on constate partout dans les cités populaires, notamment en région parisienne, un net repli communautaire. Les salafistes vivent en vase clos. Ils ont leurs propres commerces : pizzerias, téléphonie, magasins de sport, librairies. Le phénomène est identique partout.

Les petits commerces de quartier cèdent de plus en plus la place aux boutiques salafistes, ou identifiées comme telles, les activités sportives sont parfois prises en main par des associations très militantes, et dans le pire des cas on déplore même la création de structures éducatives « alternatives », telles que les crèches clandestines.

Le plus grave, estime l’imam que nous avons interviewé, c’est que « les salafis exacerbent le communautarisme. Avec des gens comme ça, on va arriver à des points de non retour où les musulmans vont haïr les non musulmans et vice-versa !» Il fait ensuite un parallèle heureux avec le modèle communautaire britannique qui a « échoué », et me confie qu’un Sarkozy élu président en 2007 ne ferait que « précipiter l’affrontement »… Ravie de voir un imam partager les thèses de Respublica !

Jeanne Bourdillon

2 réflexions sur « L’inquiétante progression du salafisme »

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